{"id":918106,"date":"2026-05-07T21:25:20","date_gmt":"2026-05-07T21:25:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/918106\/"},"modified":"2026-05-07T21:25:20","modified_gmt":"2026-05-07T21:25:20","slug":"un-diptyque-nikodijevic-et-britten-a-rennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/918106\/","title":{"rendered":"Un diptyque Nikodijevi\u0107 et Britten \u00e0 Rennes"},"content":{"rendered":"<p>COMPTE-RENDU \u2013 Nich\u00e9 confortablement dans les hauteurs de l\u2019Op\u00e9ra de Rennes \u2014 un vrai palace pour courlis en qu\u00eate de r\u00e9sonance \u2014 j\u2019ai eu tout le loisir d\u2019observer, plume au vent, cette repr\u00e9sentation de \u00ab Curlew River \u00bb, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de \u00ab\u00a0I didn\u2019t know where to put all my tears\u00a0\u00bb. D\u2019ailleurs, si jamais vous avez entendu quelques chuintements suspects, c\u2019\u00e9tait s\u00fbrement moi, ajustant mon nid entre deux projecteurs.\u00a0<\/p>\n<p>Britten affectionnait les univers stylis\u00e9s : il a repris une pi\u00e8ce du r\u00e9pertoire N\u00f4 japonais et l\u2019a transpos\u00e9e dans un monde o\u00f9 \u2014 tenez-vous bien \u2014 tout est chant\u00e9 par des hommes. Si un soir, vous entendez un long sifflement venu des cintres, ne cherchez pas, c\u2019est encore moi qui tente une imitation du r\u00f4le principal (et je dois admettre que la tessiture aigu\u00eb n\u2019est pas mon fort). Britten explore des th\u00e8mes qui lui sont chers : le rejet, la souffrance, la compassion.<\/p>\n<\/p>\n<p>Silvia Costa, qui doit avoir l\u2019\u0153il per\u00e7ant d\u2019un courlis (ou curlew), \u00e9largit la vision de Britten \u00e0 travers un effet miroir. Elle ajoute une nouvelle pi\u00e8ce, \u00ab I didn\u2019t know where to put all my tears \u00bb ( je ne savais que faire de mes larmes)\u00a0: je compatis, car moi non plus je n\u2019ai jamais su o\u00f9 mettre toutes mes plumes tomb\u00e9es lors des grands airs. Le livret, \u00e9crit par la metteure en sc\u00e8ne, prend la forme d\u2019une pr\u00e9quelle dont la composition musicale a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e \u00e0 Marko Nikodijevic. Cette extension met en sc\u00e8ne un ch\u0153ur de femmes entourant un personnage f\u00e9minin, dont les larmes de douleur fondent la terre en rivi\u00e8re, source du drame de Britten.<\/p>\n<p>Le texte de Silvia Costa picore habilement dans le livret original. La musique du compositeur serbe multiplie les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la parabole religieuse de Britten. Un vrai festin pour l\u2019oreille \u2014 m\u00eame pour un courlis habitu\u00e9 aux bruissements de roseaux. Les r\u00e9f\u00e9rences enrichissent cet univers unique o\u00f9 je me sens \u00e9trangement \u00e0 ma place.<\/p>\n<p>Ah, la rivi\u00e8re ! Mon domaine pr\u00e9f\u00e9r\u00e9\u2026 Dans l\u2019\u0153uvre, la rivi\u00e8re et les oiseaux \u2014 courlis (votre serviteur), corbeau charognard, go\u00e9land \u2014 sont cit\u00e9s et incarn\u00e9s sur sc\u00e8ne, messagers ou pr\u00e9sages. \u00ab Oiseaux du mar\u00e9cage (\u2026) oiseaux sauvages, je ne puis comprendre votre cri \u00bb, chante la Folle. Si seulement elle avait eu un traducteur courlis-fran\u00e7ais, elle aurait compris que certains cris signifient simplement \u00ab Attention, nid fragile ! \u00bb ou \u00ab Qui a piqu\u00e9 mon \u00e9crevisse ? \u00bb.<\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"663\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/I-Didnt-Know-Where-To-Put-All-My-Tears-Curlew-River-credits-Laurent-Guizard-1-1024x663.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-68916\"  \/>\u00a9 Laurent Guizard<\/p>\n<p>La rivi\u00e8re, symbole du passage est franchie par le Passeur, qui, lui, ne mouille jamais son plumage. Le Voyageur me rappelle certains cong\u00e9n\u00e8res migrateurs, tandis que la figure de la m\u00e8re, sombrant dans la folie apr\u00e8s la perte de son enfant, aurait trouv\u00e9 r\u00e9confort dans un bon nid au chaud (croyez-en mon exp\u00e9rience).<\/p>\n<p>Le Taikobashi, pont japonais pr\u00e9sent dans les jardins, fait office de passage du profane au sacr\u00e9, reliant salle et sc\u00e8ne par lequel arrivent les p\u00e9nitents. Ce pont, moi, je l\u2019aurais bien utilis\u00e9 comme perchoir d\u2019observation mais visiblement, c\u2019est r\u00e9serv\u00e9 aux humains en qu\u00eate de transcendance.<\/p>\n<p>Dans ce ballet de costumes, le blanc, couleur du deuil au Japon, rivalise avec le noir des moines encapuchonn\u00e9s. Les accessoires sont bien sp\u00e9cifiques \u00e0 chaque personnage : une corde verte pour le Passeur, une hotte pour le Voyageur (toujours utile pour transporter des \u0153ufs surprises), c\u0153ur saignant, appareil g\u00e9nital pour la Folle (seule faute de go\u00fbt, mais je n\u2019ai pas os\u00e9 le signaler de peur de me faire plumer). Les soieries color\u00e9es des costumes d\u2019esprit kimono, des masques japonais rappellent l\u2019Orient. Une statuette surmont\u00e9e d\u2019une bougie, des bancs d\u2019\u00e9glise, des tuniques \u00e0 capuches noires compl\u00e8tent cette dualit\u00e9 orient-occident.\u00a0<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/I-Didnt-Know-Where-To-Put-All-My-Tears-Curlew-River-credits-Laurent-Guizard-4-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-68918\"  \/>\u00a9 Laurent Guizard<\/p>\n<p>La sc\u00e9nographie se d\u00e9ploie comme une s\u00e9rie de tableaux, et le clou du spectacle reste la travers\u00e9e en bateau sous la brume, un m\u00e2t cruciforme ou une ancre g\u00e9ante surgissant selon l\u2019inspiration de chacun. Les Ostinatos, glissandos, touches de couleurs sombres venant de l\u2019ensemble instrumental opacifient une rivi\u00e8re ondulante. L\u2019atmosph\u00e8re, entre humidit\u00e9 et myst\u00e8re, est si r\u00e9ussie que j\u2019ai presque eu envie d\u2019y prendre un bain.\u00a0<\/p>\n<p>La direction d\u2019acteur est sobre et mesur\u00e9e, le pathos s\u2019exprimant avec justesse, m\u00eame moi, courlis aguerri, j\u2019ai eu la gorge nou\u00e9e quand la Folle s\u2019est avanc\u00e9e sur le pont, distillant son chagrin au plus pr\u00e8s des spectateurs.\u00a0<\/p>\n<p>La salle de l\u2019Op\u00e9ra de Rennes, parfaite pour l\u2019intimisme vocal mais petite, r\u00e9sonne parfois un peu trop fort pour les instruments, notamment la percussion rythmant implacablement le r\u00e9cit.\u00a0<\/p>\n<p>Le langage musical, singulier et puissant ne sombre jamais dans la caricature orientalisante (juste des sonorit\u00e9s traversent certaines phrases m\u00e9lodiques).\u00a0 Le chant liturgique, source et aboutissement du r\u00e9cit, fait vibrer l\u2019ensemble \u2014 m\u00eame mes plumes se sont mises \u00e0 frissonner. Chaque personnage trouve son double instrumental, dialogue avec lui, comme l\u2019eau dialogue avec le vent. Les chanteurs\u00a0rendraient jaloux n\u2019importe quel rossignol\u00a0: la Folle, port\u00e9e par la soprano Chelsea Lehnea et le ch\u0153ur f\u00e9minin \u00e0 l\u2019unisson, puis par le t\u00e9nor Zhengyi Bai, incarnent la douleur et le pathos du drame. Les autres personnages  contribuent \u00e0 cette fresque vocale, o\u00f9 l\u2019eau, toujours pr\u00e9sente, relie et transcende les voix et les destins, dans un climat d\u2019espoir lumineux, promesse de renouveau.<\/p>\n<p>Tout ce beau monde est dirig\u00e9 par Alphonse Cemin de son harmonium, dont l\u2019\u00e9coute attentive force le respect.\u00a0<\/p>\n<p>Quant \u00e0 moi, je veille toujours, pr\u00eat \u00e0 applaudir d\u2019un battement d\u2019ailes discret d\u00e8s le baisser de rideau. Et si par malheur vous retrouvez une plume sur votre si\u00e8ge, gardez-la comme porte-bonheur : c\u2019est peut-\u00eatre le signe d\u2019une soir\u00e9e inoubliable \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Rennes\u2026 version courlis.<\/p>\n<p>\u00c0 Lire \u00e9galement sur \u00d4lyrix : <a href=\"https:\/\/www.olyrix.com\/articles\/production\/8889\/i-didn-t-know-where-to-put-all-my-tears-curlew-river-nikodijevic-britten-29-mars-2026-article-critique-compte-rendu-opera-national-nancy-lorraine-silvia-costa-plomer-cemin-assaf-taborelli-giusti-lehnea-le-balcon-bawab-jakubek-lorans-nachman-nahoun-poul\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\" title=\"Curlew River de Britten revu et augment\u00e9 \u00e0 Nancy\">Curlew River de Britten revu et augment\u00e9 \u00e0 Nancy<\/a><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/I-Didnt-Know-Where-To-Put-All-My-Tears-Curlew-River-credits-Laurent-Guizard-3-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-68917\"  \/>\u00a9 Laurent Guizard<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"COMPTE-RENDU \u2013 Nich\u00e9 confortablement dans les hauteurs de l\u2019Op\u00e9ra de Rennes \u2014 un vrai palace pour courlis en&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":918107,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2821],"tags":[1111,11,829,1777,674,1011,27,12,584,25],"class_list":{"0":"post-918106","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-rennes","8":"tag-actu","9":"tag-actualites","10":"tag-bretagne","11":"tag-eu","12":"tag-europe","13":"tag-fr","14":"tag-france","15":"tag-news","16":"tag-rennes","17":"tag-republique-francaise"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/116535409391835507","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/918106","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=918106"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/918106\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/918107"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=918106"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=918106"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=918106"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}