{"id":921751,"date":"2026-05-09T14:10:24","date_gmt":"2026-05-09T14:10:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/921751\/"},"modified":"2026-05-09T14:10:24","modified_gmt":"2026-05-09T14:10:24","slug":"des-residus-dans-les-muscles-et-le-foie-comment-la-cocaine-fait-perdre-le-nord-aux-saumons-et-aux-requins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/921751\/","title":{"rendered":"Des r\u00e9sidus dans les muscles et le foie\u2026 Comment la coca\u00efne fait perdre le Nord aux saumons et aux requins"},"content":{"rendered":"<p>\n                                                                La pr\u00e9sence croissante de drogues dans les milieux aquatiques n\u2019est plus anecdotique. Une nouvelle \u00e9tude men\u00e9e en Su\u00e8de montre que, m\u00eame \u00e0 faibles doses, ces substances peuvent perturber les d\u00e9placements de poissons et potentiellement fragiliser des esp\u00e8ces d\u00e9j\u00e0 sous pression.<br \/>\u00a0\n                            <\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Du poisson ou des requins sous coca\u00efne : l\u2019image semble tout droit sortie d\u2019un sc\u00e9nario hollywoodien, mais la r\u00e9alit\u00e9 est bien moins divertissante. De plus en plus souvent, les scientifiques d\u00e9tectent de la coca\u00efne et d\u2019autres drogues puissantes dans les milieux aquatiques et les retrouvent jusque dans le cerveau et le corps des animaux sauvages.<\/p>\n<p>Une <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.scitotenv.2024.174798\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">\u00e9tude de 2024 men\u00e9e au Br\u00e9sil<\/a> a fait les <a href=\"https:\/\/www.abc.net.au\/news\/2024-07-24\/sharpnose-sharks-off-brazil-coast-test-positive-for-cocaine\/104134432\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">gros titres<\/a> apr\u00e8s avoir mis en \u00e9vidence la pr\u00e9sence de coca\u00efne dans les muscles et le foie de requins sauvages captur\u00e9s au large de Rio de Janeiro. Si cela peut surprendre, cette d\u00e9couverte refl\u00e8te un ph\u00e9nom\u00e8ne plus large et en expansion : les drogues consomm\u00e9es par les humains se retrouvent d\u00e9sormais dans les rivi\u00e8res, les lacs et les oc\u00e9ans du monde entier.<\/p>\n<p>Dans <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.cub.2026.03.026\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">notre nouvelle \u00e9tude<\/a>, publi\u00e9e r\u00e9cemment dans Current Biology, nous avons cherch\u00e9 \u00e0 comprendre ce que cela implique pour la faune sauvage.<\/p>\n<p>Des poissons \u00ab sous coca\u00efne \u00bb dans la nature<\/p>\n<p>Nous avons \u00e9tudi\u00e9 comment des concentrations de coca\u00efne comparables \u00e0 celles observ\u00e9es dans l\u2019environnement influencent le comportement des poissons \u00e0 l\u2019\u00e9tat sauvage. Nous nous sommes \u00e9galement int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 une substance appel\u00e9e benzoylecgonine, principal compos\u00e9 r\u00e9siduel issu de la d\u00e9gradation de la coca\u00efne par l\u2019organisme.<\/p>\n<p>Pour cela, nous avons men\u00e9 une exp\u00e9rience dans le lac V\u00e4ttern, en Su\u00e8de, le deuxi\u00e8me plus grand lac du pays, o\u00f9 nous avons suivi de jeunes saumons atlantiques pendant huit semaines.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019aide d\u2019implants chimiques \u00e0 lib\u00e9ration lente, nous avons expos\u00e9 les poissons soit \u00e0 la coca\u00efne, soit \u00e0 la benzoylecgonine, puis suivi leurs d\u00e9placements gr\u00e2ce \u00e0 la t\u00e9l\u00e9m\u00e9trie acoustique. Cette m\u00e9thode nous a permis d\u2019observer leur comportement en milieu naturel, plut\u00f4t que dans des bassins de laboratoire.<\/p>\n<p>Ce que nous avons observ\u00e9 est frappant. Les poissons expos\u00e9s \u00e0 la benzoylecgonine parcouraient jusqu\u2019\u00e0 1,9 fois plus de distance par semaine que les poissons non expos\u00e9s et se dispersaient jusqu\u2019\u00e0 12,3 kilom\u00e8tres plus loin \u00e0 travers le lac. Les poissons expos\u00e9s \u00e0 la coca\u00efne pr\u00e9sentaient une tendance similaire, mais l\u2019effet \u00e9tait plus faible et moins constant.<\/p>\n<p>Des eaux us\u00e9es aux milieux aquatiques<\/p>\n<p>Comment ces substances se retrouvent-elles dans les environnements aquatiques ?<\/p>\n<p>Apr\u00e8s consommation, la coca\u00efne est rapidement d\u00e9grad\u00e9e par l\u2019organisme, principalement en benzoylecgonine. Des compos\u00e9s de ce type \u2013 r\u00e9sidus issus de la transformation d\u2019une substance par le corps \u2013 sont appel\u00e9s des m\u00e9tabolites. La drogue initiale comme son m\u00e9tabolite sont ensuite excr\u00e9t\u00e9s et rejoignent les syst\u00e8mes d\u2019eaux us\u00e9es.<\/p>\n<p>Or, les stations d\u2019\u00e9puration ne sont pas con\u00e7ues pour \u00e9liminer compl\u00e8tement ces compos\u00e9s : ils traversent donc les traitements et sont rejet\u00e9s dans les rivi\u00e8res, les lacs et les eaux c\u00f4ti\u00e8res.<\/p>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n\u2019a rien de localis\u00e9. La coca\u00efne est d\u00e9sormais l\u2019une des drogues illicites les plus fr\u00e9quemment d\u00e9tect\u00e9es dans les milieux aquatiques \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale.<\/p>\n<p>Une <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.watres.2024.122165\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">analyse globale<\/a> a mis en \u00e9vidence des concentrations moyennes dans les eaux de surface d\u2019environ 105 nanogrammes par litre pour la coca\u00efne et 257 nanogrammes par litre pour la benzoylecgonine, avec des pics atteignant plusieurs milliers de nanogrammes. Si ces niveaux restent faibles, ils suscitent n\u00e9anmoins des inqui\u00e9tudes, car ces compos\u00e9s ciblent des syst\u00e8mes c\u00e9r\u00e9braux partag\u00e9s par de nombreux animaux : m\u00eame \u00e0 faibles doses, ils peuvent donc potentiellement affecter la faune sauvage.<\/p>\n<p>Pourquoi le comportement est crucial<\/p>\n<p>Les changements de comportement comptent parmi les indicateurs les plus pr\u00e9coces et les plus sensibles d\u2019une perturbation environnementale affectant la faune. Ils peuvent influencer des fonctions essentielles, depuis la recherche de nourriture et l\u2019\u00e9vitement des pr\u00e9dateurs jusqu\u2019aux interactions sociales, \u00e0 la reproduction et \u00e0 la survie.<\/p>\n<p>Lorsque des contaminants modifient les comportements, leurs effets peuvent se r\u00e9percuter bien au-del\u00e0 de l\u2019individu. De l\u00e9gers changements dans la mani\u00e8re dont les animaux se d\u00e9placent, s\u2019alimentent ou r\u00e9agissent aux menaces peuvent, \u00e0 plus grande \u00e9chelle, affecter la dynamique des populations, les interactions entre esp\u00e8ces et le fonctionnement des \u00e9cosyst\u00e8mes dans leur ensemble.<\/p>\n<p>Les changements que nous avons observ\u00e9s dans la mani\u00e8re dont les poissons se d\u00e9placent dans leur environnement apr\u00e8s une exposition \u00e0 la coca\u00efne pourraient entra\u00eener une d\u00e9pense \u00e9nerg\u00e9tique accrue, une fr\u00e9quentation d\u2019habitats de moindre qualit\u00e9 ou encore une exposition plus importante au risque de pr\u00e9dation.<\/p>\n<p>Pour des esp\u00e8ces comme le saumon atlantique, d\u00e9j\u00e0 soumises aux pressions du changement climatique, de la perte d\u2019habitat et d\u2019autres polluants, m\u00eame de l\u00e9g\u00e8res perturbations comportementales peuvent venir aggraver les difficult\u00e9s auxquelles elles sont confront\u00e9es.<\/p>\n<p>Pourquoi le m\u00e9tabolite compte<\/p>\n<p>L\u2019un des r\u00e9sultats les plus surprenants de notre \u00e9tude est que la benzoylecgonine a eu un effet plus marqu\u00e9 sur le comportement des poissons que la coca\u00efne elle-m\u00eame. C\u2019est un point crucial, car les \u00e9valuations des risques environnementaux se concentrent g\u00e9n\u00e9ralement sur les substances consomm\u00e9es par les humains, comme la coca\u00efne, plut\u00f4t que sur celles qu\u2019ils rejettent ensuite, comme la benzoylecgonine.<\/p>\n<p>Or ces m\u00e9tabolites sont souvent plus abondants et plus persistants dans les milieux aquatiques. Nos r\u00e9sultats sugg\u00e8rent que nous sous-estimons peut-\u00eatre les risques \u00e9cologiques li\u00e9s \u00e0 ces polluants.<\/p>\n<p>Notre \u00e9tude s\u2019est concentr\u00e9e sur le comportement, et non sur les effets \u00e0 long terme sur la sant\u00e9. Nous n\u2019avons pas encore \u00e9valu\u00e9 si ces changements influencent la survie ou la reproduction.<\/p>\n<p>Cependant, des <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/s11356-020-08375-2\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">travaux ant\u00e9rieurs<\/a> montrent que la coca\u00efne et des compos\u00e9s apparent\u00e9s peuvent modifier la chimie du cerveau, accro\u00eetre le stress oxydant et perturber le m\u00e9tabolisme \u00e9nerg\u00e9tique chez les animaux aquatiques. Ces processus \u00e9tant \u00e9troitement li\u00e9s \u00e0 la sant\u00e9 et \u00e0 la condition physique, ils laissent entrevoir des effets plus larges.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de \u00ab poissons sous coca\u00efne \u00bb peut faire sourire, mais elle renvoie \u00e0 un probl\u00e8me bien plus vaste. Les milieux aquatiques sont de plus en plus contamin\u00e9s par des m\u00e9langes complexes de substances d\u2019origine humaine, des m\u00e9dicaments aux drogues illicites. Beaucoup de ces compos\u00e9s sont biologiquement actifs \u00e0 de tr\u00e8s faibles concentrations, et nous commen\u00e7ons \u00e0 peine \u00e0 en comprendre les effets.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/1778335824_653_count.gif\" alt=\"The Conversation\" width=\"1\" height=\"1\" style=\"border: none !important; box-shadow: none !important; margin: 0 !important; max-height: 1px !important; max-width: 1px !important; min-height: 1px !important; min-width: 1px !important; opacity: 0 !important; outline: none !important; padding: 0 !important\" referrerpolicy=\"no-referrer-when-downgrade\"\/><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/theconversation.com\/profiles\/marcus-michelangeli-2661552\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Marcus Michelangeli<\/a>, Lecturer, Environmental Sustainability and Management, <a href=\"https:\/\/theconversation.com\/institutions\/griffith-university-828\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Griffith University<\/a> et <a href=\"https:\/\/theconversation.com\/profiles\/jack-brand-2367785\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Jack Brand<\/a>, Researcher in Behavioural and Movement Ecology, <a href=\"https:\/\/theconversation.com\/institutions\/swedish-university-of-agricultural-sciences-1146\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Swedish University of Agricultural Sciences<\/a><\/p>\n<p>Cet article est republi\u00e9 \u00e0 partir de <a href=\"https:\/\/theconversation.com\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">The Conversation<\/a> sous licence Creative Commons. Lire l\u2019<a href=\"https:\/\/theconversation.com\/les-residus-de-coca-ne-dans-les-rivieres-et-les-oceans-modifient-les-deplacements-des-saumons-281545\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">article original<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La pr\u00e9sence croissante de drogues dans les milieux aquatiques n\u2019est plus anecdotique. 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