{"id":923985,"date":"2026-05-10T16:36:32","date_gmt":"2026-05-10T16:36:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/923985\/"},"modified":"2026-05-10T16:36:32","modified_gmt":"2026-05-10T16:36:32","slug":"comment-diriger-la-france-sans-etre-president","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/923985\/","title":{"rendered":"Comment diriger la France sans \u00eatre pr\u00e9sident"},"content":{"rendered":"<p><strong class=\"text-product-accent\">Comment diriger la France sans \u00eatre pr\u00e9sident<\/strong><\/p>\n<p>Sociologie d&rsquo;un r\u00e9seau post-pr\u00e9sidentiel<\/p>\n<p>Le 5 mai 2026, vers seize heures, trois lignes tombent sur les \u00e9crans des r\u00e9dactions \u00e9conomiques. Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique envisage de nommer Emmanuel Moulin gouverneur de la Banque de France. Si la nomination est confirm\u00e9e par le Parlement le 20 mai, Moulin dirigera l&rsquo;institution pour six ans, jusqu&rsquo;en 2032. Il a 57 ans. Il a dirig\u00e9 le Tr\u00e9sor de 2020 \u00e0 2024. Il a \u00e9t\u00e9 directeur de cabinet de Bruno Le Maire \u00e0 Bercy de 2017 \u00e0 2020, puis de Gabriel Attal \u00e0 Matignon en 2024. Il est secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e depuis avril 2025. Le poste qu&rsquo;il occupe aujourd&rsquo;hui est celui qu&rsquo;occupait, jusqu&rsquo;en mars 2025, Alexis Kohler, devenu directeur g\u00e9n\u00e9ral adjoint de la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale en juin de la m\u00eame ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Le gouverneur sortant, Fran\u00e7ois Villeroy de Galhau, avait confirm\u00e9 son d\u00e9part anticip\u00e9 en f\u00e9vrier 2026. Mandat th\u00e9orique jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;automne 2027. D\u00e9part effectif en juin 2026. Dix-sept mois d&rsquo;avance. Motif personnel, pr\u00e9sidence de la fondation Apprentis d&rsquo;Auteuil. Le d\u00e9part anticip\u00e9 du gouverneur ouvre une fen\u00eatre de nomination que le pr\u00e9sident finissant peut signer.<\/p>\n<p>Cette nomination n&rsquo;est pas isol\u00e9e. Elle s&rsquo;inscrit dans une s\u00e9rie dont l&rsquo;ampleur, la coh\u00e9rence et le calendrier dessinent une m\u00e9canique pr\u00e9cise. Depuis janvier 2025, Emmanuel Macron a nomm\u00e9 ou propos\u00e9 \u00e0 la nomination quatre pr\u00e9sidents d&rsquo;institutions de contr\u00f4le dont les mandats couvriront l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du quinquennat suivant : Martin Ajdari \u00e0 l&rsquo;ARCOM en janvier 2025 pour six ans, Richard Ferrand \u00e0 la pr\u00e9sidence du Conseil constitutionnel en f\u00e9vrier 2025 pour neuf ans, Am\u00e9lie de Montchalin \u00e0 la premi\u00e8re pr\u00e9sidence de la Cour des comptes en f\u00e9vrier 2026 sans terme automatique, et d\u00e9sormais Moulin \u00e0 la Banque de France pour six ans. ARCOM jusqu&rsquo;en 2031, Banque de France jusqu&rsquo;en 2032, Conseil constitutionnel jusqu&rsquo;en 2034. Quatre institutions de contr\u00f4le, dont les titulaires demeureront en fonction bien au-del\u00e0 du mandat de celui qui les a plac\u00e9s.<\/p>\n<p>Macron sera, en mai 2027, le premier pr\u00e9sident de la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique \u00e0 sortir du pouvoir sans appareil partisan structurant. L\u00e0 o\u00f9 ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs disposaient d&rsquo;un parti pour les porter pendant le mandat et leur survivre apr\u00e8s, lui a pass\u00e9 huit ans \u00e0 tisser autre chose. Un maillage de fonctions, \u00e9tendu \u00e0 l&rsquo;ensemble des contre-pouvoirs et des positions strat\u00e9giques de la haute fonction publique, occup\u00e9 par des personnalit\u00e9s qui doivent leur poste \u00e0 une signature pr\u00e9sidentielle. Ce maillage ob\u00e9it \u00e0 une logique pr\u00e9cise, qui n&rsquo;est ni une intention coordonn\u00e9e ni un complot, mais une structure relationnelle. La dette.<\/p>\n<p>Une nomination cr\u00e9e une obligation asym\u00e9trique. L&rsquo;institution qui re\u00e7oit le nomm\u00e9 ne doit rien \u00e0 celui qui nomme. Le nomm\u00e9, lui, doit sa fonction \u00e0 celui qui l&rsquo;a plac\u00e9. Cette obligation n&rsquo;est jamais formalis\u00e9e, jamais \u00e9nonc\u00e9e, jamais r\u00e9clam\u00e9e. Elle existe comme arri\u00e8re-plan permanent. Elle ne suppose ni all\u00e9geance d\u00e9clar\u00e9e ni contrepartie attendue. Elle structure les comportements de ceux qui occupent les fonctions, en orientant par d\u00e9faut les arbitrages mineurs, les calendriers de transmission, les formulations publiques, les signalements internes. Un dossier qui remonte avec quinze jours de retard plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 la date pr\u00e9vue. Une formulation publique qui se mesure plut\u00f4t que de trancher. Un signalement qui se transmet par voie informelle plut\u00f4t que par proc\u00e9dure \u00e9crite. Aucun de ces gestes n&rsquo;est un favoritisme caract\u00e9ris\u00e9. Leur accumulation, sur des centaines de positions, modifie pourtant la texture du fonctionnement institutionnel.<\/p>\n<p>Ce qui distingue cette m\u00e9canique d&rsquo;une nomination ordinaire, c&rsquo;est la concentration. Une nomination isol\u00e9e n&rsquo;a aucun effet structurel. Plusieurs centaines de nominations, \u00e9tendues \u00e0 l&rsquo;ensemble des contre-pouvoirs, des juridictions, des autorit\u00e9s administratives ind\u00e9pendantes, des entreprises publiques, des pr\u00e9fectures strat\u00e9giques et de la haute fonction publique r\u00e9galienne, en ont un. La dette, \u00e0 cette \u00e9chelle, devient infrastructure.<\/p>\n<p>Sept cas exemplaires permettent de saisir l&rsquo;architecture. Aucun n&rsquo;est suffisant \u00e0 lui seul. Leur juxtaposition fait appara\u00eetre la coh\u00e9rence d&rsquo;ensemble.<\/p>\n<p>Alexis Kohler tient le secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e du 14 mai 2017 au 31 mars 2025. Huit ans dans la fonction la plus proche du pr\u00e9sident, sans interruption, \u00e0 travers trois Premiers ministres successifs et deux quinquennats. En juin 2025, il rejoint la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale comme directeur g\u00e9n\u00e9ral adjoint et membre du comit\u00e9 ex\u00e9cutif. La premi\u00e8re banque fran\u00e7aise priv\u00e9e recrute le bras droit historique du pr\u00e9sident en exercice. Aucun d\u00e9lai de carence visible. Le secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e n&rsquo;est pas une fonction administrative neutre, c&rsquo;est le poste de pilotage des arbitrages pr\u00e9sidentiels les plus sensibles. Sa transition vers le sommet d&rsquo;une banque syst\u00e9mique, sans transition observable, illustre la premi\u00e8re forme du r\u00e9seau post-pr\u00e9sidentiel : le pantouflage priv\u00e9 du cercle le plus proche.<\/p>\n<p>Emmanuel Moulin succ\u00e8de \u00e0 Kohler \u00e0 l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e le 14 avril 2025. Il a auparavant \u00e9t\u00e9 directeur de cabinet de Bruno Le Maire \u00e0 Bercy de 2017 \u00e0 2020, directeur du Tr\u00e9sor de 2020 \u00e0 2024, directeur de cabinet de Gabriel Attal \u00e0 Matignon en 2024. Treize mois apr\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e, en mai 2026, il est propos\u00e9 \u00e0 la Banque de France pour six ans. Une seule trajectoire couvre, en cinq ans, le Tr\u00e9sor, deux cabinets minist\u00e9riels de premier plan, le secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e et la banque centrale. La m\u00eame personne aura occup\u00e9 successivement les positions strat\u00e9giques du dispositif financier de l&rsquo;\u00c9tat, depuis l&rsquo;op\u00e9ration budg\u00e9taire au quotidien jusqu&rsquo;au si\u00e8ge fran\u00e7ais au Conseil des gouverneurs de la Banque centrale europ\u00e9enne. Cette continuit\u00e9 de profil sur l&rsquo;ensemble de la cha\u00eene financi\u00e8re publique n&rsquo;a pas de pr\u00e9c\u00e9dent comparable.<\/p>\n<p>Richard Ferrand est nomm\u00e9 pr\u00e9sident du Conseil constitutionnel le 20 f\u00e9vrier 2025. Il sortait de la pr\u00e9sidence de l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale, qu&rsquo;il avait occup\u00e9e de 2018 \u00e0 2022, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de La R\u00e9publique en marche d\u00e8s 2017. Sa nomination passe la proc\u00e9dure parlementaire \u00e0 une voix pr\u00e8s, 39 contre, 58 pour, 59 voix \u00e9tant n\u00e9cessaires pour bloquer. Mandat neuf ans, jusqu&rsquo;en 2034. Le Conseil constitutionnel contr\u00f4le la conformit\u00e9 des lois \u00e0 la Constitution, statue sur le contentieux \u00e9lectoral, et juge en dernier ressort les conflits de comp\u00e9tence entre les pouvoirs publics. Sa pr\u00e9sidence est confi\u00e9e \u00e0 un op\u00e9rateur politique direct, sans formation juridictionnelle particuli\u00e8re, dont le parcours ant\u00e9rieur s&rsquo;est enti\u00e8rement d\u00e9roul\u00e9 dans les structures partisanes de la majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n<p>Am\u00e9lie de Montchalin est nomm\u00e9e premi\u00e8re pr\u00e9sidente de la Cour des comptes par d\u00e9cret du 11 f\u00e9vrier 2026. Elle avait \u00e9t\u00e9 ministre de la Transformation et de la Fonction publiques de 2020 \u00e0 2022, puis ministre de la Transition \u00e9cologique en 2022, ambassadrice \u00e0 l&rsquo;OCDE de 2022 \u00e0 2024, puis ministre des Comptes publics de septembre 2024 \u00e0 f\u00e9vrier 2026. Elle prend la t\u00eate de la juridiction qui contr\u00f4le l&rsquo;ex\u00e9cution du budget qu&rsquo;elle g\u00e9rait jusqu&rsquo;\u00e0 sa nomination. Le poste, contrairement \u00e0 ceux du Conseil constitutionnel ou de la Banque de France, n&rsquo;est pas soumis \u00e0 validation parlementaire. La nomination est strictement pr\u00e9sidentielle, et le mandat n&rsquo;a pas de terme automatique : la limite est la limite d&rsquo;\u00e2ge, fix\u00e9e \u00e0 67 ans. Pour Montchalin, n\u00e9e en 1985, cela repr\u00e9sente potentiellement plus de vingt ans \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;institution charg\u00e9e de juger l&rsquo;usage des deniers publics.<\/p>\n<p>Jean Castex est Premier ministre du 3 juillet 2020 au 16 mai 2022. En novembre 2022, six mois apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 Matignon, il prend la pr\u00e9sidence de la RATP. En octobre 2025, il est nomm\u00e9 pr\u00e9sident-directeur g\u00e9n\u00e9ral de la SNCF, par d\u00e9cret du 29 octobre, pour quatre ans, jusqu&rsquo;en 2029. Il aura successivement dirig\u00e9 les deux principales entreprises publiques de transport du pays, qui emploient \u00e0 elles deux plus de deux cent mille personnes. Aucun ancien chef du gouvernement fran\u00e7ais n&rsquo;a connu, sous la Cinqui\u00e8me R\u00e9publique, ce double recyclage dans des entreprises publiques de cette taille, sans \u00e9tape par le secteur priv\u00e9 ou par une fonction d&rsquo;attente.<\/p>\n<p>Bernard Fontana est nomm\u00e9 PDG d&rsquo;EDF le 30 avril 2025, apr\u00e8s validation parlementaire \u00e0 55 voix pour, 40 contre, 3 abstentions. Lors de son audition devant les commissions parlementaires, il d\u00e9clare que son action s&rsquo;inscrira \u00ab dans le cadre structurant du discours du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e0 Belfort le 10 f\u00e9vrier 2022 \u00bb. Son pr\u00e9d\u00e9cesseur Luc R\u00e9mont, nomm\u00e9 en 2022 par le m\u00eame pr\u00e9sident, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 reconduit apr\u00e8s d\u00e9saccord public sur la strat\u00e9gie tarifaire et nucl\u00e9aire. La s\u00e9quence est lisible. Le dirigeant qui s&rsquo;\u00e9carte de la ligne pr\u00e9sidentielle est remplac\u00e9. Le successeur d\u00e9clare publiquement, devant le Parlement, qu&rsquo;il s&rsquo;inscrira dans le cadre fix\u00e9 par le pr\u00e9sident. L&rsquo;alignement n&rsquo;est pas implicite, il est revendiqu\u00e9. EDF n&rsquo;est pas une entreprise comme les autres : elle pilote l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du parc nucl\u00e9aire fran\u00e7ais et porte le programme de relance le plus strat\u00e9gique de la d\u00e9cennie.<\/p>\n<p>Laurent Nu\u00f1ez occupe successivement six fonctions strat\u00e9giques en huit ans. Directeur g\u00e9n\u00e9ral de la s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure de 2017 \u00e0 2018. Secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat \u00e0 l&rsquo;Int\u00e9rieur de 2018 \u00e0 2020. Coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme \u00e0 l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e de 2020 \u00e0 2022. Pr\u00e9fet de police de Paris de juillet 2022 \u00e0 octobre 2025. Ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur depuis le 12 octobre 2025. La rotation alterne haute fonction publique r\u00e9galienne, position rapproch\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e, et fonction politique gouvernementale. Le m\u00eame profil traverse les configurations gouvernementales successives, survit \u00e0 chaque remaniement, et migre d&rsquo;une position \u00e0 une autre sans jamais sortir du cercle de confiance pr\u00e9sidentiel. Ce cas illustre la m\u00e9canique de circulation interne du noyau r\u00e9galien : ce n&rsquo;est pas une nomination, c&rsquo;est un parcours.<\/p>\n<p>Ces sept cas ne constituent pas l&rsquo;inventaire complet. Ils dessinent une g\u00e9ographie. Cercle proche de l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e, juridictions financi\u00e8res et constitutionnelles, autorit\u00e9s administratives ind\u00e9pendantes, entreprises publiques strat\u00e9giques, minist\u00e8res r\u00e9galiens. \u00c0 ces sept noms s&rsquo;ajoutent Emmanuelle Wargon \u00e0 la Commission de r\u00e9gulation de l&rsquo;\u00e9nergie depuis le 16 ao\u00fbt 2022 pour six ans, Christophe Castaner \u00e0 la pr\u00e9sidence du conseil d&rsquo;administration de la soci\u00e9t\u00e9 du tunnel du Mont-Blanc et du conseil de surveillance du Grand port maritime de Marseille depuis novembre 2022, Brigitte Bourguignon nomm\u00e9e inspectrice g\u00e9n\u00e9rale des affaires sociales par d\u00e9cret deux mois apr\u00e8s sa d\u00e9faite aux l\u00e9gislatives de juin 2022, Agn\u00e8s Buzyn plac\u00e9e \u00e0 la Cour des comptes par d\u00e9cret en septembre 2022. Plusieurs centaines de nominations, sur huit ans, suivent la m\u00eame logique relationnelle.<\/p>\n<p>Cette concentration de fonctions dans un d\u00e9lai aussi court appelle une question qui ne porte pas sur les nominations elles-m\u00eames, mais sur ce que leur convergence rend possible. Trois hypoth\u00e8ses peuvent \u00eatre formul\u00e9es, aucune n&rsquo;est d\u00e9montrable, toutes s&rsquo;appuient sur des \u00e9l\u00e9ments factuels.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re concerne le statut juridique post-pr\u00e9sidentiel. L&rsquo;article 67 de la Constitution dispose que le pr\u00e9sident, durant son mandat, ne peut faire l&rsquo;objet d&rsquo;aucune action, acte d&rsquo;information, instruction ou poursuite devant aucune juridiction fran\u00e7aise. Cette immunit\u00e9 s&rsquo;\u00e9teint un mois apr\u00e8s la fin du mandat. Plusieurs proc\u00e9dures judiciaires sont actuellement ouvertes par le Parquet national financier. Deux informations judiciaires, ouvertes en octobre 2022, portent l&rsquo;une sur les conditions d&rsquo;intervention de cabinets de conseil dans les campagnes pr\u00e9sidentielles de 2017 et 2022, l&rsquo;autre sur des soup\u00e7ons de favoritisme dans l&rsquo;attribution de march\u00e9s publics. Une enqu\u00eate pr\u00e9liminaire pour blanchiment aggrav\u00e9 de fraude fiscale aggrav\u00e9e est ouverte depuis mars 2022. Trente-six commandes de l&rsquo;\u00c9tat au cabinet McKinsey, pour vingt-quatre millions d&rsquo;euros entre janvier 2021 et juin 2022, sont sous instruction. Des perquisitions ont eu lieu en mai 2022, en janvier 2023, en novembre 2025. Sur les actes qui ne rel\u00e8vent pas de l&rsquo;exercice des fonctions pr\u00e9sidentielles, et notamment ceux ant\u00e9rieurs au mandat ou li\u00e9s aux campagnes \u00e9lectorales, l&rsquo;immunit\u00e9 de l&rsquo;article 67 ne s&rsquo;applique pas. Disposer de fonctions de confiance dans l&rsquo;appareil de contr\u00f4le financier, juridictionnel et budg\u00e9taire ne garantit pas une immunit\u00e9 de fait, mais cela modifie la texture des transmissions, des signalements, des arbitrages mineurs qui composent le quotidien d&rsquo;une proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me hypoth\u00e8se concerne la prolongation de l&rsquo;influence politique. Macron sortira en mai 2027 sans appareil partisan susceptible de prolonger sa pr\u00e9sence dans le d\u00e9bat public. Renaissance n&rsquo;a pas la consistance d&rsquo;un parti. Horizons existe en partie contre lui. Sans structure partisane, un ancien pr\u00e9sident devient inaudible en quelques mois. Hollande l&rsquo;a exp\u00e9riment\u00e9 avec un Parti socialiste exsangue. Sarkozy avait d\u00fb reprendre la pr\u00e9sidence de l&rsquo;UMP pour exister. Le r\u00e9seau plac\u00e9 constitue alors la seule infrastructure de continuit\u00e9 disponible. Continuer \u00e0 peser sur les arbitrages europ\u00e9ens via la Banque de France au Conseil des gouverneurs de la BCE, sur les arbitrages budg\u00e9taires via la Cour des comptes, sur la r\u00e9gulation m\u00e9diatique via l&rsquo;ARCOM, sur le contr\u00f4le de constitutionnalit\u00e9 via le Conseil constitutionnel, sur les choix \u00e9nerg\u00e9tiques via EDF et la CRE. Cette pr\u00e9sence ne s&rsquo;exerce pas par autorit\u00e9. Elle s&rsquo;exerce par d\u00e9f\u00e9rence, par signaux discrets, par acc\u00e8s maintenus.<\/p>\n<p>La troisi\u00e8me hypoth\u00e8se concerne la possibilit\u00e9 d&rsquo;un retour. La Constitution interdit un troisi\u00e8me mandat cons\u00e9cutif. Elle n&rsquo;interdit pas une candidature ult\u00e9rieure apr\u00e8s une p\u00e9riode d&rsquo;interruption. Cinq ans d&rsquo;observation, l&rsquo;effondrement \u00e9ventuel du successeur, la d\u00e9structuration du paysage politique, et la candidature de 2032 redevient envisageable. Pr\u00e9server pendant cette p\u00e9riode une influence dans l&rsquo;appareil d&rsquo;\u00c9tat, c&rsquo;est garder ouverte une option que d&rsquo;autres anciens pr\u00e9sidents ont d\u00fb fermer faute de structure d&rsquo;attente. Cette hypoth\u00e8se est explicitement rejet\u00e9e par l&rsquo;entourage du pr\u00e9sident. Le rejet ne suffit pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9carter analytiquement.<\/p>\n<p>Aucune de ces trois hypoth\u00e8ses n&rsquo;est n\u00e9cessaire \u00e0 la m\u00e9canique. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui la rend op\u00e9rante. Une fois le maillage tiss\u00e9, la dette s&rsquo;active dans chacun des trois sc\u00e9narios, et m\u00eame dans aucun. Elle structure les comportements de ceux qui occupent les positions, ind\u00e9pendamment des intentions de celui qui a nomm\u00e9. Macron n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;avoir un projet pr\u00e9cis pour 2027 et au-del\u00e0. Il a fait, pendant huit ans, le choix structurel de garder les options ouvertes. La m\u00e9canique op\u00e8re pour lui sans qu&rsquo;il ait \u00e0 la mobiliser. Le proc\u00e8s d&rsquo;intention est inutile. La description suffit.<\/p>\n<p>Ce qui restera apr\u00e8s mai 2027 ne porte plus son nom. Mais cela porte sa signature.<\/p>\n<p><strong>Jerem Maniaco<\/strong> Auteur du <a href=\"https:\/\/lecodexdelamanipulation.com\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Codex de la Manipulation<\/a> \u2014 Analyste des m\u00e9caniques de pouvoir <a href=\"https:\/\/jeremmaniaco.com\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">jeremmaniaco.com<\/a> \u2014 <a href=\"https:\/\/lecodexdelamanipulation.com\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">lecodexdelamanipulation.com<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Comment diriger la France sans \u00eatre pr\u00e9sident Sociologie d&rsquo;un r\u00e9seau post-pr\u00e9sidentiel Le 5 mai 2026, vers seize heures,&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":260375,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[11,6493,13850,4690,98388,24240,37070,98389,98390,39211,15721,1647,4527,10670,1073,1011,27,98391,34214,98392,5454,92766,98393,12,98394,98395,34446,25,98396,66886],"class_list":{"0":"post-923985","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-france","8":"tag-actualites","9":"tag-alexis-kohler","10":"tag-amelie-de-montchalin","11":"tag-arcom","12":"tag-article-67-constitution","13":"tag-banque-de-france","14":"tag-bernard-fontana","15":"tag-cinquieme-republique","16":"tag-codex-de-la-manipulation","17":"tag-conseil-constitutionnel","18":"tag-cour-des-comptes","19":"tag-edf","20":"tag-elysee","21":"tag-emmanuel-moulin","22":"tag-emmanuel-macron","23":"tag-fr","24":"tag-france","25":"tag-haute-fonction-publique","26":"tag-jean-castex","27":"tag-jerem-maniaco","28":"tag-laurent-nunez","29":"tag-mckinsey","30":"tag-mecaniques-du-pouvoir","31":"tag-news","32":"tag-nominations-presidentielles","33":"tag-pantouflage","34":"tag-parquet-national-financier","35":"tag-republique-francaise","36":"tag-reseau-post-presidentiel","37":"tag-richard-ferrand"},"share_on_mastodon":{"url":"","error":"Validation failed: Text character limit of 500 exceeded"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/923985","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=923985"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/923985\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/260375"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=923985"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=923985"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=923985"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}