{"id":924385,"date":"2026-05-10T21:16:29","date_gmt":"2026-05-10T21:16:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/924385\/"},"modified":"2026-05-10T21:16:29","modified_gmt":"2026-05-10T21:16:29","slug":"ce-que-le-film-dark-waters-dit-des-effets-de-lenvironnement-sur-la-sante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/924385\/","title":{"rendered":"Ce que le film Dark Waters dit des effets de l\u2019environnement sur la sant\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>                Du 8 au 11 avril, l\u2019Assistance Publique-H\u00f4pitaux de Marseille (APHM) et l\u2019Espace de R\u00e9flexion Ethique Paca Corse ont organis\u00e9 un festival de cin\u00e9ma sur l\u2019\u00e9thique en sant\u00e9, avec le soutien de l\u2019Agence R\u00e9gionale de Sant\u00e9 PACA. Cet \u00e9v\u00e8nement permet \u00e0 Marseille d\u2019apporter une contribution aux\u00a0<a href=\"https:\/\/www.espace-ethique.org\/etats-generaux-de-la-bioethique-2026\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">\u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux de la bio\u00e9thique 2026<\/a>, initiative du Comit\u00e9 Consultatif National d\u2019Ethique pour les sciences de la vie et de la sant\u00e9 (CCNE).<\/p>\n<p><strong>3\/10 \u2013 Avec Dark Waters de Todd Haynes (2019), <\/strong><strong>le d\u00e9bat a quitt\u00e9 le seul terrain judiciaire ou \u00e9cologique pour poser une question plus large : la sant\u00e9 publique doit-elle peser davantage dans les d\u00e9cisions environnementales ? Derri\u00e8re le combat d\u2019un avocat contre le groupe DuPont, deux enjeux ont travers\u00e9 les \u00e9changes : comment int\u00e9grer r\u00e9ellement la sant\u00e9 humaine dans les choix politiques, et qui doit assumer le co\u00fbt sanitaire d\u2019une pollution produite par d\u2019autres ?<\/strong><\/p>\n<p>Inspir\u00e9 d\u2019une histoire vraie, Dark Waters raconte le combat de Robert Bilott, avocat d\u2019affaires devenu lanceur d\u2019alerte malgr\u00e9 lui, apr\u00e8s avoir d\u00e9couvert l\u2019ampleur de la contamination li\u00e9e aux PFAS, ces substances chimiques persistantes utilis\u00e9es par l\u2019industrie. Le film montre l\u2019encha\u00eenement d\u00e9sormais classique des grands scandales sanitaires : r\u00e9tention d\u2019informations, fabrication du doute, inertie des pouvoirs publics, lenteur des proc\u00e9dures, et exposition prolong\u00e9e des populations.<\/p>\n<p><strong>Un thriller \u00e9cologique qui parle d\u2019abord de corps malades<\/strong><\/p>\n<p>Pour Benjamin de Sainte-Marie, m\u00e9decin interniste \u00e0 l\u2019APHM, cette m\u00e9canique n\u2019a rien d\u2019exceptionnel. \u00ab On a l\u2019impression que l\u2019histoire se r\u00e9p\u00e8te \u00bb, observe-t-il, en \u00e9voquant aussi bien le tabac que le d\u00e9r\u00e8glement climatique. Ce qui frappe dans le film, explique-t-il, c\u2019est la permanence des m\u00eames ressorts : \u00ab les lanceurs d\u2019alerte, la fabrique du mensonge, l\u2019industrie qui a des informations, qui fait de la r\u00e9tention d\u2019informations, qui sait les choses souvent bien avant les autres \u00bb.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat marseillais a ainsi d\u00e9plac\u00e9 la focale : l\u2019environnement n\u2019est pas une question p\u00e9riph\u00e9rique, mais une cause directe de maladies. \u00ab Les questions de sant\u00e9 et d\u2019environnement sont absolument symbiotiques \u00bb, insiste Benjamin de Sainte-Marie. Il rappelle que la pollution est responsable de millions de morts chaque ann\u00e9e et qu\u2019une part importante des pathologies actuelles est li\u00e9e \u00e0 des causes environnementales \u00e9vitables. Autrement dit : soigner sans agir sur l\u2019environnement revient \u00e0 r\u00e9parer sans jamais pr\u00e9venir.<\/p>\n<p><strong>La sant\u00e9 doit-elle guider les choix environnementaux ?<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 la premi\u00e8re question du d\u00e9bat, les intervenants ont r\u00e9pondu sans ambigu\u00eft\u00e9. Oui, la sant\u00e9 publique devrait intervenir beaucoup plus fortement dans les d\u00e9cisions environnementales. Mieux : pour eux, un choix environnemental est d\u00e9j\u00e0 un choix de sant\u00e9 publique.<\/p>\n<p>Benjamin de Sainte-Marie le formule tr\u00e8s clairement : \u00ab Les plus grandes menaces pour la sant\u00e9 publique, c\u2019\u00e9tait la perte de la biodiversit\u00e9, le changement climatique, la pollution \u00bb. Il rappelle que les plus grandes revues m\u00e9dicales ont d\u00e9sormais repris ce constat, signe que le lien entre sant\u00e9 humaine et environnement n\u2019est plus une intuition militante, mais un fait scientifique solidement document\u00e9.<\/p>\n<p>Laurent Zielskiewicz, praticien hospitalier en anesth\u00e9sie-r\u00e9animation et coordinateur m\u00e9dical du d\u00e9veloppement durable \u00e0 l\u2019APHM, y voit aussi un levier pour faire \u00e9voluer les comportements. \u00ab C\u2019est un levier fondamental, la sant\u00e9 publique, justement pour faire prendre conscience au public des probl\u00e8mes \u00e9cologiques \u00bb, explique-t-il. Parce que lorsqu\u2019une pollution menace directement la sant\u00e9, elle devient plus concr\u00e8te, plus audible, plus mobilisatrice.<\/p>\n<p>Reste que cette prise de conscience demeure lente. Laurent Zielskiewicz rappelle que certaines mol\u00e9cules sont connues comme probl\u00e9matiques depuis des d\u00e9cennies, sans que les interdictions suivent au m\u00eame rythme. \u00ab C\u2019est \u00e7a qui est d\u00e9sesp\u00e9rant, en fait, c\u2019est de voir que \u00e7a fait trente ans qu\u2019on sait que ces mol\u00e9cules-l\u00e0 sont dangereuses \u00bb, dit-il. Le d\u00e9calage entre l\u2019\u00e9tat des connaissances, la r\u00e9glementation et les arbitrages \u00e9conomiques est au c\u0153ur du malaise soulev\u00e9 par le film.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9duire les expositions : agir, mais \u00e0 quelle \u00e9chelle ?<\/strong><\/p>\n<p>La seconde grande question portait sur l\u2019action concr\u00e8te. Que peut-on faire face \u00e0 des pollutions diffuses, durables, souvent invisibles ? Les \u00e9changes ont montr\u00e9 qu\u2019il n\u2019existe pas de r\u00e9ponse simple, mais un double niveau d\u2019action : collectif et individuel.<\/p>\n<p>Collectivement, les intervenants plaident pour une logique de pr\u00e9vention beaucoup plus ferme. Puisqu\u2019il est presque impossible de d\u00e9polluer massivement certains milieux \u00e0 un co\u00fbt supportable, l\u2019enjeu principal devient la substitution : emp\u00eacher au plus t\u00f4t l\u2019usage de substances dont les effets sont d\u00e9j\u00e0 suspect\u00e9s. Laurent Zielskiewicz d\u00e9fend ici une approche par famille chimique, et non mol\u00e9cule par mol\u00e9cule. \u00ab Il faut parler de classe enti\u00e8re et non pas raisonner du tout par mol\u00e9cule \u00bb, explique-t-il, faute de quoi l\u2019industrie garde toujours une longueur d\u2019avance.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9chelle individuelle, les marges de man\u0153uvre existent, mais elles restent in\u00e9galement accessibles. Manger bio, filtrer l\u2019eau, \u00e9viter certains rev\u00eatements ou produits du quotidien peut r\u00e9duire certaines expositions. Mais ces gestes ne suffisent pas \u00e0 compenser l\u2019ampleur du probl\u00e8me, ni les in\u00e9galit\u00e9s sociales qu\u2019il r\u00e9v\u00e8le. Dans la salle, plusieurs participants ont rappel\u00e9 qu\u2019une alimentation plus protectrice ou des alternatives moins polluantes co\u00fbtent souvent plus cher, alors m\u00eame que l\u2019exposition environnementale frappe d\u00e9j\u00e0 davantage les plus vuln\u00e9rables.<\/p>\n<p>Cette tension traverse tout le d\u00e9bat : on peut appeler chacun \u00e0 agir, mais on ne peut pas faire reposer sur les seuls individus la charge de pollutions produites \u00e0 grande \u00e9chelle. Comme le r\u00e9sume Benjamin de Sainte-Marie, \u00ab c\u2019est d\u2019abord l\u2019environnement qui va \u00eatre responsable de \u00e7a \u00bb. La maladie n\u2019est donc pas seulement le fruit d\u2019un destin biologique ou d\u2019un comportement individuel ; elle est aussi le produit d\u2019un syst\u00e8me \u00e9conomique et politique.<\/p>\n<p><strong>Qui paie le prix sanitaire de la pollution ?<\/strong><\/p>\n<p>Le film montre un industriel contraint de payer. Mais les intervenants ont soulign\u00e9 qu\u2019en France, cette logique du pollueur-payeur reste encore tr\u00e8s incompl\u00e8te. Or c\u2019est l\u00e0 que la question \u00e9thique devient particuli\u00e8rement aigu\u00eb : qui finance les soins, la d\u00e9pollution, la surveillance, quand les profits ont \u00e9t\u00e9 privatis\u00e9s mais les dommages collectivement subis ?<\/p>\n<p>Benjamin de Sainte-Marie r\u00e9sume ce d\u00e9s\u00e9quilibre d\u2019une formule brutale : \u00ab C\u2019est nous qui payons les cancers \u00bb. Aujourd\u2019hui, explique-t-il, le co\u00fbt sanitaire de la pollution p\u00e8se d\u2019abord sur les patients, sur l\u2019h\u00f4pital public, sur l\u2019assurance maladie, et donc sur la collectivit\u00e9. Dans le cas des PFAS, les op\u00e9rations de d\u00e9pollution \u00e0 grande \u00e9chelle sont si co\u00fbteuses qu\u2019elles deviennent presque irr\u00e9alistes. \u00ab \u00c7a a \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9 \u00e0 des centaines de milliards d\u2019euros de d\u00e9polluer rien que la France \u00bb, rappelle-t-il.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, le d\u00e9bat ne peut pas rester cantonn\u00e9 \u00e0 la responsabilit\u00e9 individuelle. Il renvoie n\u00e9cessairement \u00e0 la loi, \u00e0 la fiscalit\u00e9, \u00e0 la r\u00e9gulation europ\u00e9enne, aux rapports de force avec les lobbies. Plusieurs voix dans la salle l\u2019ont dit sans d\u00e9tour : le cancer, la qualit\u00e9 de l\u2019eau, les seuils d\u2019exposition, tout cela est politique.<\/p>\n<p><strong>Entre \u00e9co-anxi\u00e9t\u00e9 et passage \u00e0 l\u2019action<\/strong><\/p>\n<p>Dark Waters laisse un sentiment d\u2019\u00e9touffement. Pourtant, les intervenants ont aussi voulu d\u00e9gager une ligne de r\u00e9sistance. Elle passe par la formation des soignants, par la diffusion des connaissances, par la recherche ind\u00e9pendante, par la mobilisation citoyenne ainsi que le souligne une phrase du film, comme un rep\u00e8re : \u00ab Il ne faut pas compter sur les gouvernements, ni compter sur les entreprises. Il faut compter sur nous \u00bb. Le propos ne rel\u00e8ve pas d\u2019un renoncement, mais d\u2019un constat. En attendant que les politiques publiques soient \u00e0 la hauteur, l\u2019action demeure un antidote \u00e0 l\u2019impuissance. \u00ab La seule chose qui permet de lutter efficacement contre l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, c\u2019est l\u2019action \u00bb, rappelle encore Benjamin de Sainte-Marie.<\/p>\n<p>Le m\u00e9rite de Dark Waters est peut-\u00eatre l\u00e0 : montrer que l\u2019environnement n\u2019est pas un d\u00e9cor ext\u00e9rieur \u00e0 la sant\u00e9, mais l\u2019une de ses conditions fondamentales. Et rappeler qu\u2019en mati\u00e8re de pollution, r\u00e9parer apr\u00e8s coup co\u00fbte toujours plus cher \u2014 humainement, m\u00e9dicalement, politiquement \u2014 que pr\u00e9venir \u00e0 temps. \u2666<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Du 8 au 11 avril, l\u2019Assistance Publique-H\u00f4pitaux de Marseille (APHM) et l\u2019Espace de R\u00e9flexion Ethique Paca Corse ont&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":924386,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2814],"tags":[1111,11,436,1777,674,1011,27,884,12,882,25,71],"class_list":{"0":"post-924385","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-marseille","8":"tag-actu","9":"tag-actualites","10":"tag-environnement","11":"tag-eu","12":"tag-europe","13":"tag-fr","14":"tag-france","15":"tag-marseille","16":"tag-news","17":"tag-provence-alpes-cote-dazur","18":"tag-republique-francaise","19":"tag-sante"},"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/116552360835799792","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/924385","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=924385"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/924385\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/924386"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=924385"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=924385"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=924385"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}