{"id":924844,"date":"2026-05-11T02:54:15","date_gmt":"2026-05-11T02:54:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/924844\/"},"modified":"2026-05-11T02:54:15","modified_gmt":"2026-05-11T02:54:15","slug":"quand-un-arbre-meurt-en-foret-ses-voisins-recoivent-un-dernier-envoi-massif-de-carbone-par-les-racines-on-sait-enfin-pourquoi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/924844\/","title":{"rendered":"Quand un arbre meurt en for\u00eat, ses voisins re\u00e7oivent un dernier envoi massif de carbone par les racines : on sait enfin pourquoi"},"content":{"rendered":"<p>Un ch\u00eane centenaire s\u2019effondre en for\u00eat. Ses racines, pourtant silencieuses depuis des d\u00e9cennies, envoient dans les heures suivantes une quantit\u00e9 massive de carbone vers les arbres voisins. Ce n\u2019est pas un hasard. Ce n\u2019est pas un accident biochimique. Lorsqu\u2019un arbre est en train de mourir, il augmente le transfert de ressources vers les jeunes arbres environnants, comme s\u2019il leur l\u00e9guait son h\u00e9ritage. La science commence seulement \u00e0 comprendre pourquoi.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul style=\"margin:0;padding-left:1.2em;color:#444;\">\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Un r\u00e9seau souterrain de champignons connecte les arbres d\u2019une for\u00eat dans un syst\u00e8me d\u2019\u00e9changes permanents<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Au moment de mourir, les arbres-m\u00e8res intensifient drastiquement leurs transferts de carbone vers la jeune g\u00e9n\u00e9ration<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Ce m\u00e9canisme pourrait \u00eatre cl\u00e9 pour la survie des for\u00eats face aux d\u00e9fis climatiques \u00e0 venir<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<ol style=\"margin:0;padding-left:1.5em;font-size:0.9em;line-height:1.6;\">\n<li><a href=\"#le-reseau-souterrain-que-personne-ne-voit\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Le r\u00e9seau souterrain que personne ne voit<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#ce-que-fait-un-arbre-mere-avant-de-disparaitre\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Ce que fait un arbre-m\u00e8re avant de dispara\u00eetre<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#pourquoi-un-arbre-mourant-libere-t-il-plus\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Pourquoi un arbre mourant lib\u00e8re-t-il plus ?<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#ce-que-ca-change-pour-la-foret-et-pour-nous\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Ce que \u00e7a change pour la for\u00eat, et pour nous<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>Le r\u00e9seau souterrain que personne ne voit<\/p>\n<p>Un r\u00e9seau mycorhizien se forme lorsque les racines de deux plantes sont colonis\u00e9es par un m\u00eame champignon mycorhizien et reli\u00e9es entre elles, ce qui affecte grandement la survie, la nutrition min\u00e9rale et l\u2019\u00e9tablissement des plantes dans un \u00e9cosyst\u00e8me. Ce r\u00e9seau, que les biologistes ont baptis\u00e9 le Wood Wide Web, est une infrastructure aussi dense et sophistiqu\u00e9e qu\u2019internet, mais construite sur plusieurs millions d\u2019ann\u00e9es d\u2019\u00e9volution plut\u00f4t que sur cinquante ans d\u2019ing\u00e9nierie humaine.<\/p>\n<p>C\u2019est la chercheuse canadienne Suzanne Simard qui est la premi\u00e8re \u00e0 mettre en \u00e9vidence en 1997 ce r\u00e9seau avec le transfert mycorhizien du carbone entre des arbres en conditions naturelles. Sa publication dans la revue Nature a chang\u00e9 la mani\u00e8re dont la biologie foresti\u00e8re envisage la for\u00eat : non plus comme un assemblage d\u2019individus en comp\u00e9tition f\u00e9roce pour la lumi\u00e8re et l\u2019eau, mais comme une communaut\u00e9 interconnect\u00e9e capable d\u2019\u00e9changes finement orchestr\u00e9s.<\/p>\n<p>Les arbres communiquent principalement par le biais de leur r\u00e9seau racinaire, en particulier gr\u00e2ce aux mycorhizes, ces champignons qui forment un r\u00e9seau souterrain \u00e9tendu de filaments appel\u00e9s hyphes, s\u2019\u00e9tendant entre les racines des arbres et parfois entre diff\u00e9rentes esp\u00e8ces. Le m\u00e9canisme est \u00e0 la fois simple dans son principe et vertigineux dans son \u00e9chelle : la symbiose mycorhizienne structure un r\u00e9seau comptant jusqu\u2019\u00e0 plusieurs centaines d\u2019esp\u00e8ces de champignons par arbre et une vingtaine d\u2019arbres colonis\u00e9s par un m\u00eame champignon.<\/p>\n<p>La relation fonctionne sur le mode du troc. Les arbres nourrissent les champignons avec du sucre produit gr\u00e2ce \u00e0 la photosynth\u00e8se, et en retour, les champignons facilitent l\u2019acc\u00e8s \u00e0 des min\u00e9raux et \u00e0 l\u2019eau. Ce n\u2019est pas de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, c\u2019est de la symbiose, mais le r\u00e9sultat, pour l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me entier, ressemble parfois \u00e0 de la solidarit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce que fait un arbre-m\u00e8re avant de dispara\u00eetre<\/p>\n<p>L\u2019une des figures centrales de ce r\u00e9seau forestier est ce que les chercheurs appellent les \u00ab\u00a0arbres m\u00e8res\u00a0\u00bb : ces individus matures, souvent situ\u00e9s au c\u0153ur des for\u00eats, connect\u00e9s \u00e0 des centaines d\u2019autres par les r\u00e9seaux mycorhiziens, jouant un r\u00f4le de v\u00e9ritables centres de distribution d\u2019\u00e9nergie et de nutriments. Un ch\u00eane ou un sapin de Douglas vieux d\u2019un si\u00e8cle peut \u00eatre reli\u00e9 \u00e0 plusieurs centaines de voisins. Quand il d\u00e9p\u00e9rit, quelque chose de remarquable se produit.<\/p>\n<p>Ces arbres-m\u00e8res seraient en mesure d\u2019aider les jeunes pousses afin qu\u2019elles re\u00e7oivent suffisamment de nutriments et de sources de carbone. Simard et son \u00e9quipe \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de la Colombie-Britannique ont montr\u00e9 que ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019intensifie pr\u00e9cis\u00e9ment dans les derniers moments de vie d\u2019un grand arbre. Les vieux arbres ne se laissent pas mourir tant que leur descendance n\u2019est pas assur\u00e9e, et m\u00eame qu\u2019avant de mourir certains transmettent les nutriments qu\u2019ils ont emmagasin\u00e9s \u00e0 leurs voisins.<\/p>\n<p>Les exp\u00e9riences men\u00e9es avec des isotopes radioactifs ont permis de quantifier ces transferts. Dans les ann\u00e9es quatre-vingt-dix, de jeunes bouleaux et sapins de Douglas ectomycorhiz\u00e9s par le m\u00eame champignon ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s par l\u2019apport de CO2 enrichi en isotopes. Ces marquages ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les arbres connect\u00e9s par les r\u00e9seaux mycorhiziens souterrains recevaient chacun du carbone l\u2019un de l\u2019autre, avec un flux net en faveur du sapin de Douglas, le carbone re\u00e7u \u00e9quivalant \u00e0 10 \u00e0 25% de sa photosynth\u00e8se. Une exp\u00e9rience similaire, men\u00e9e dans une for\u00eat du Jura suisse, a permis d\u2019\u00e9valuer qu\u2019environ 4% des compos\u00e9s carbon\u00e9s issus de la photosynth\u00e8se d\u2019un arbre sont transport\u00e9s vers les arbres voisins connect\u00e9s au m\u00eame r\u00e9seau ectomycorhizien.<\/p>\n<p>Ces chiffres paraissent modestes. Ramen\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019une for\u00eat enti\u00e8re avec des milliers d\u2019interactions simultan\u00e9es, ils repr\u00e9sentent des flux de carbone consid\u00e9rables, comparables, en volume d\u2019\u00e9changes permanents, \u00e0 un march\u00e9 de commodit\u00e9s fonctionnant sans interruption, sans bourse, sans courtier.<\/p>\n<p>Pourquoi un arbre mourant lib\u00e8re-t-il plus ?<\/p>\n<p>La question du \u00ab\u00a0pourquoi\u00a0\u00bb est celle qui fascine les chercheurs depuis une d\u00e9cennie. Plusieurs m\u00e9canismes compl\u00e9mentaires \u00e9mergent. Le premier est m\u00e9canique : le flux de carbone \u00e0 travers le myc\u00e9lium fongique est bien plus efficace qu\u2019\u00e0 travers le sol brut, car il contourne l\u2019assimilation et la transformation par les microbes du sol. Un arbre mourant cesse progressivement d\u2019utiliser ses propres r\u00e9serves pour sa croissance, ses puits carbon\u00e9s internes s\u2019effondrent. Le carbone qu\u2019il ne consomme plus suit alors le gradient de pression naturel du r\u00e9seau fongique vers les voisins encore actifs.<\/p>\n<p>Une \u00e9tude publi\u00e9e dans Plant Diversity en 2025 apporte un \u00e9clairage compl\u00e9mentaire sur ce que se passe au niveau racinaire quand un arbre est priv\u00e9 de carbone. Apr\u00e8s avoir artificiellement induit une limitation en carbone sur un pin (*Pinus taeda*), les chercheurs ont constat\u00e9 que l\u2019activit\u00e9 physiologique des racines d\u00e9clinait, accompagn\u00e9e d\u2019une augmentation de 110% et 340% respectivement de la colonisation mycorhizienne et de la longueur des hyphes extramatricaux. quand un arbre perd sa capacit\u00e9 \u00e0 produire du carbone, les champignons qui lui sont associ\u00e9s redoublent d\u2019activit\u00e9, ce qui intensifie m\u00e9caniquement les \u00e9changes avec le reste du r\u00e9seau.<\/p>\n<p>Simard a observ\u00e9 que des sapins de Douglas et des bouleaux, pourtant consid\u00e9r\u00e9s comme des esp\u00e8ces concurrentes, \u00e9changent en r\u00e9alit\u00e9 du carbone selon les saisons : en \u00e9t\u00e9, quand les bouleaux sont en pleine photosynth\u00e8se, ils transf\u00e8rent du carbone aux sapins qui poussent \u00e0 l\u2019ombre ; en automne, quand les bouleaux perdent leurs feuilles, ce sont les sapins qui leur renvoient l\u2019ascenseur. Cette r\u00e9ciprocit\u00e9 saisonni\u00e8re sugg\u00e8re que le r\u00e9seau n\u2019est pas simplement un tuyau passif, mais un syst\u00e8me qui r\u00e9gule activement les flux selon les besoins de chacun, y compris au moment du d\u00e9clin.<\/p>\n<p>Le r\u00f4le des champignons dans ce m\u00e9canisme reste encore partiellement d\u00e9battu. Il est tout aussi probable que le transfert entre les plantes soit motiv\u00e9 par l\u2019app\u00e9tit fongique que par une forme d\u2019altruisme. Le champignon, en cherchant \u00e0 maintenir ses propres approvisionnements en sucres depuis les arbres encore vivants, devient involontairement le vecteur du \u00ab\u00a0dernier don\u00a0\u00bb de l\u2019arbre mourant. Ce n\u2019est pas forc\u00e9ment du sacrifice v\u00e9g\u00e9tal, mais l\u2019effet, pour l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me, est identique.<\/p>\n<p>Ce que \u00e7a change pour la for\u00eat, et pour nous<\/p>\n<p>Ces transferts carbon\u00e9s au moment de la mort d\u2019un arbre ne sont pas anecdotiques pour la dynamique foresti\u00e8re. Les plus grands et plus anciens arbres, dits arbres m\u00e8res, partagent carbone et nutriments avec les jeunes pousses poussant dans des zones particuli\u00e8rement ombrag\u00e9es o\u00f9 la lumi\u00e8re est insuffisante pour une photosynth\u00e8se ad\u00e9quate. Ce m\u00e9canisme explique en partie comment des semis survivent dans des sous-bois denses, l\u00e0 o\u00f9 toute logique comp\u00e9titive impliquerait leur disparition rapide.<\/p>\n<p>Pour la gestion foresti\u00e8re, ces d\u00e9couvertes posent des questions pratiques directes. Certaines actions humaines comme la d\u00e9forestation, l\u2019agriculture intensive ou l\u2019utilisation excessive de produits chimiques dans le sol peuvent gravement perturber voire \u00e9liminer ces r\u00e9seaux, entra\u00eenant un affaiblissement g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me forestier. Une coupe rase ne supprime pas seulement des arbres. Elle d\u00e9truit le r\u00e9seau lui-m\u00eame, privant les survivants de leur infrastructure d\u2019\u00e9change au moment pr\u00e9cis o\u00f9 ils en auraient le plus besoin.<\/p>\n<p>Les for\u00eats stockent environ 80% du carbone dans les \u00e9cosyst\u00e8mes terrestres. Ce chiffre d\u00e9pend non seulement des arbres debout, mais de tout ce qui circule sous nos pieds. Une \u00e9quipe internationale publi\u00e9e dans Trends in Ecology &amp; Evolution en 2025 propose d\u2019ailleurs un nouveau cadre de restauration foresti\u00e8re qui int\u00e8gre explicitement les associations mycorhiziennes, au lieu de ne compter que sur la biomasse a\u00e9rienne pour mesurer la sant\u00e9 d\u2019une for\u00eat. Les partenariats entre plantes et champignons arbusculaires g\u00e9n\u00e8rent des r\u00e9seaux souterrains \u00e9tendus qui favorisent la formation de mati\u00e8re organique stable dans les couches profondes du sol, permettant un stockage \u00e0 long terme du carbone et am\u00e9liorant la r\u00e9tention d\u2019eau. Le \u00ab\u00a0dernier envoi\u00a0\u00bb d\u2019un arbre mourant, loin d\u2019\u00eatre une curiosit\u00e9 biologique, pourrait ainsi s\u2019av\u00e9rer un m\u00e9canisme cl\u00e9 dans la r\u00e9silience des for\u00eats face aux s\u00e9cheresses et aux perturbations climatiques \u00e0 venir.<\/p>\n<p class=\"source-link\">Sources\u00a0: <a href=\"https:\/\/orelnienergie.com\/2023\/02\/13\/les-rseaux-mycorhiziens-communs-entre-les-arbres-dans-les-forts-mythe-ou-ralit\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">orelnienergie.com<\/a> | <a href=\"https:\/\/www.expliquepourquoi.com\/sciences-naturelles\/ecologie\/explique-pourquoi-les-arbres-communiquent-entre-eux-via-un-reseau-souterrain\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">expliquepourquoi.com<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Un ch\u00eane centenaire s\u2019effondre en for\u00eat. 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