{"id":930262,"date":"2026-05-13T13:54:17","date_gmt":"2026-05-13T13:54:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/930262\/"},"modified":"2026-05-13T13:54:17","modified_gmt":"2026-05-13T13:54:17","slug":"sur-1-054-personnes-les-depressifs-avaient-tous-un-point-commun-il-manquait-les-memes-deux-bacteries-dans-leurs-intestins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/930262\/","title":{"rendered":"Sur 1 054 personnes, les d\u00e9pressifs avaient tous un point commun : il manquait les m\u00eames deux bact\u00e9ries dans leurs intestins"},"content":{"rendered":"<p>La d\u00e9pression n\u2019est pas dans votre t\u00eate. Enfin, pas seulement. En 2019, une \u00e9quipe de l\u2019universit\u00e9 KU Leuven (Belgique) publiait dans Nature Microbiology une d\u00e9couverte qui allait rebattre les cartes de la psychiatrie : en combinant les donn\u00e9es du microbiome f\u00e9cal avec les diagnostics de d\u00e9pression pos\u00e9s par des m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes sur 1 054 individus inscrits au Flemish Gut Flora Project, les chercheurs ont mis au jour quelque chose de frappant. Parmi tous les participants, ceux qui souffraient de d\u00e9pression partageaient un m\u00eame manque : deux bact\u00e9ries, absentes, syst\u00e9matiquement.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul style=\"margin:0;padding-left:1.2em;color:#444;\">\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Chez 1 054 personnes, les chercheurs ont d\u00e9cod\u00e9 un signal identique chez tous les d\u00e9pressifs<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Deux genres bact\u00e9riens syst\u00e9matiquement appauvris : une corr\u00e9lation valid\u00e9e par trois cohortes ind\u00e9pendantes<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">L\u2019intestin communique avec le cerveau via des mol\u00e9cules oubli\u00e9es des psychiatres classiques<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<ol style=\"margin:0;padding-left:1.5em;font-size:0.9em;line-height:1.6;\">\n<li><a href=\"#deux-bacteries-un-signal-d-alarme\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Deux bact\u00e9ries, un signal d\u2019alarme<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#l-intestin-qui-parle-au-cerveau\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">L\u2019intestin qui parle au cerveau<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#ce-que-ca-change-concretement\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Ce que \u00e7a change, concr\u00e8tement<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>Deux bact\u00e9ries, un signal d\u2019alarme<\/p>\n<p>Les deux genres bact\u00e9riens en question \u2014 Coprococcus et Dialister \u2014 \u00e9taient syst\u00e9matiquement appauvris chez les individus d\u00e9pressifs, et ce quel que soit leur traitement aux antid\u00e9presseurs. Ce dernier point est capital. On aurait pu objecter que les m\u00e9dicaments alt\u00e8rent le microbiote, cr\u00e9ant un artefact statistique. Les chercheurs ont anticip\u00e9 la critique : le d\u00e9ficit persiste m\u00eame chez les patients sous traitement, ce qui \u00e9carte l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un effet secondaire pharmaceutique.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 valid\u00e9s dans une cohorte ind\u00e9pendante de 1 063 individus issus du projet n\u00e9erlandais LifeLinesDEEP, ainsi qu\u2019aupr\u00e8s d\u2019un groupe de patients cliniquement d\u00e9pressifs aux h\u00f4pitaux universitaires de Leuven. Trois cohortes distinctes. M\u00eame signal. C\u2019est le genre de convergence qui transforme une corr\u00e9lation en piste s\u00e9rieuse.<\/p>\n<p>Pourquoi ces deux bact\u00e9ries en particulier ? Dialister, Faecalibacterium et Coprococcus \u00e9taient positivement li\u00e9s au score de qualit\u00e9 de vie, en lien avec le fait que deux d\u2019entre eux produisent du butyrate, un acide gras \u00e0 cha\u00eene courte que l\u2019on retrouve en quantit\u00e9s plus faibles chez les personnes d\u00e9pressives. Le butyrate est une mol\u00e9cule aux propri\u00e9t\u00e9s anti-inflammatoires bien document\u00e9es, et l\u2019inflammation chronique est de plus en plus identifi\u00e9e comme un facteur dans l\u2019apparition de la d\u00e9pression.<\/p>\n<p>L\u2019intestin qui parle au cerveau<\/p>\n<p>L\u2019image de \u00ab\u00a0l\u2019intestin, deuxi\u00e8me cerveau\u00a0\u00bb est devenue un clich\u00e9 de vulgarisation. Mais derri\u00e8re le raccourci, il y a une r\u00e9alit\u00e9 anatomique : ce r\u00e9seau d\u2019\u00e9changes complexe que les chercheurs appellent \u00ab\u00a0l\u2019axe intestin-cerveau\u00a0\u00bb repose sur trois grandes voies de communication : le syst\u00e8me nerveux (notamment via le nerf vague), le syst\u00e8me hormonal et le syst\u00e8me immunitaire.<\/p>\n<p>Le nerf vague, justement, a fait l\u2019objet d\u2019une \u00e9tude publi\u00e9e en 2023 par une \u00e9quipe de l\u2019Institut Pasteur, du CNRS et de l\u2019Inserm. Ces chercheurs ont montr\u00e9 que le transfert du microbiote intestinal d\u2019une souris ayant un comportement d\u00e9pressif vers une souris indemne suffisait \u00e0 induire des sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs chez cette derni\u00e8re. Ils ont par la suite d\u00e9couvert que le microbiote exer\u00e7ait son action via le nerf vague, et que le sectionner permettait de pr\u00e9venir le d\u00e9veloppement des sympt\u00f4mes. : couper la ligne de communication entre l\u2019intestin et le cerveau prot\u00e8ge contre la contagion d\u00e9pressive microbienne. Une d\u00e9couverte qui ouvre des perspectives th\u00e9rapeutiques concr\u00e8tes, sans passer par les antid\u00e9presseurs classiques.<\/p>\n<p>Les chercheurs ont aussi \u00e9tabli que la capacit\u00e9 des micro-organismes \u00e0 produire le DOPAC, une substance li\u00e9e au neurotransmetteur dopamine, \u00e9tait associ\u00e9e \u00e0 une meilleure qualit\u00e9 de vie mentale. La d\u00e9pression, souvent r\u00e9duite \u00e0 un d\u00e9ficit de s\u00e9rotonine dans le grand public, engage en r\u00e9alit\u00e9 une chimie bien plus complexe, que l\u2019intestin r\u00e9gule en partie.<\/p>\n<p>Ce que \u00e7a change, concr\u00e8tement<\/p>\n<p>Plusieurs \u00e9tudes ont montr\u00e9 que les personnes souffrant de d\u00e9pression pr\u00e9sentent une alt\u00e9ration de la diversit\u00e9 microbienne avec une baisse significative des bact\u00e9ries b\u00e9n\u00e9fiques. La dysbiose, ce d\u00e9s\u00e9quilibre de la flore, n\u2019est plus seulement associ\u00e9e aux maladies digestives ou m\u00e9taboliques. Elle s\u2019invite dans le champ de la psychiatrie. Un microbiote perturb\u00e9 entra\u00eene la lib\u00e9ration de mol\u00e9cules pro-inflammatoires qui, en exc\u00e8s, peuvent traverser la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique et provoquer une inflammation au niveau du cerveau, processus identifi\u00e9 comme un facteur dans l\u2019apparition de troubles de l\u2019humeur.<\/p>\n<p>La question qui s\u2019impose alors : peut-on agir sur son microbiote pour am\u00e9liorer son \u00e9tat mental ? Une revue syst\u00e9matique publi\u00e9e en 2025 et recensant 224 \u00e9tudes sur le sujet montre que les compl\u00e9ments \u00e0 base de probiotiques, de pr\u00e9biotiques, de synbiotiques et m\u00eame de postbiotiques peuvent avoir un effet b\u00e9n\u00e9fique sur l\u2019humeur, en particulier chez les personnes souffrant de d\u00e9pression l\u00e9g\u00e8re \u00e0 mod\u00e9r\u00e9e. Les r\u00e9sultats sont encourageants, sans \u00eatre miraculeux.<\/p>\n<p>Reste une mise en garde que les chercheurs eux-m\u00eames formulent avec constance : le microbiote n\u2019est pas la cause unique de la d\u00e9pression. La d\u00e9pression est une maladie multifactorielle, aux causes biologiques, psychologiques et sociales. En France, la d\u00e9pression touche une personne sur cinq au cours de sa vie. L\u2019enjeu n\u2019est donc pas de remplacer les traitements existants par des g\u00e9lules de probiotiques, mais d\u2019ajouter un levier suppl\u00e9mentaire, microbien, alimentaire, mesurable, \u00e0 un arsenal th\u00e9rapeutique qui, pour environ 30 % des patients r\u00e9sistants aux antid\u00e9presseurs, reste insuffisant. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour ces cas-l\u00e0 que la piste intestinale devient autre chose qu\u2019une curiosit\u00e9 scientifique.<\/p>\n<p class=\"source-link\">Sources\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.agiretdevenir.fr\/microbiote-intestinal-et-depression-ce-que-la-science-nous-apprend-sur-le-lien-entre-nos-bacteries-et-notre-humeur\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">agiretdevenir.fr<\/a> | <a href=\"https:\/\/www.pasteur.fr\/fr\/journal-recherche\/actualites\/microbiote-intestinal-implique-troubles-depressifs\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">pasteur.fr<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"La d\u00e9pression n\u2019est pas dans votre t\u00eate. Enfin, pas seulement. 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