{"id":938683,"date":"2026-05-17T11:23:15","date_gmt":"2026-05-17T11:23:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/938683\/"},"modified":"2026-05-17T11:23:15","modified_gmt":"2026-05-17T11:23:15","slug":"qui-etait-jean-tricou-larchiviste-de-lhistoire-lyonnaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/938683\/","title":{"rendered":"Qui \u00e9tait Jean Tricou, l&rsquo;archiviste de l&rsquo;histoire lyonnaise ?"},"content":{"rendered":"<p>Les Tricou sont tout ce qu&rsquo;il y a de plus lyonnais. Jean Tricou nait en 1890 dans le 5e arrondissement au sein de cette famille traditionnelle de la bourgeoisie. A\u00een\u00e9 de six fr\u00e8res et soeurs, il est fils de notaire, petit-fils de notaire et arri\u00e8re petit-fils de notaire. Il le sera \u00e9videmment \u00e0 son tour.<\/p>\n<p>Jean Tricou h\u00e9rite d&rsquo;une double culture. D&rsquo;abord une culture musicale tr\u00e8s solide, ce qui est assez fr\u00e9quent dans la bourgeoisie lyonnaise. Ainsi qu&rsquo;une culture d&rsquo;\u00e9rudition re\u00e7ue de son p\u00e8re qui lui transmet la passion de l&rsquo;histoire de Lyon.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ses \u00e9tudes de droite et de notariat, le jeune homme obtient un poste de premier clerc. Puis il succ\u00e8de \u00e0 son p\u00e8re vers 1930. Son \u00e9tude, situ\u00e9e rue d&rsquo;Oran pr\u00e8s de la place des Terreaux, g\u00e8re beaucoup de dossiers familiaux. De taille moyenne, elle a une r\u00e9putation de s\u00e9rieux et de comp\u00e9tence.<\/p>\n<p>Jean Tricou est un petit homme tout menu, sec, tr\u00e8s vif. C&rsquo;est un gros travailleur qui exercera comme notaire jusqu&rsquo;\u00e0 ses 70 ans. S\u00fbr de lui et ind\u00e9pendant, il ne se g\u00eane pas pour dire aux gens ce qu&rsquo;il pense. Il n&rsquo;aime toutefois pas se mettre en avant ou chercher les honneurs. Vu de l&rsquo;ext\u00e9rieur, il para\u00eet bougon et renfrogn\u00e9, alors que c&rsquo;est un homme tr\u00e8s spirituel et dr\u00f4le.<\/p>\n<p>Avec sa femme Marthe Breton, tr\u00e8s cultiv\u00e9e \u00e9galement, il forme un couple ouvert et accueillant, mais pas du tout le genre \u00e0 donner de grandes r\u00e9ceptions.<\/p>\n<p>Politiquement, Tricou est de droite dans une ville r\u00e9solument \u00e0 gauche avec le r\u00e8gne des radicaux Antoine Gailleton et Edouard Herriot, et l&rsquo;interlude socialiste de Victor Augagneur.<\/p>\n<p>La Premi\u00e8re Guerre mondiale \u00e0 laquelle il participe \u00e0 24 ans le marque, m\u00eame s&rsquo;il en parlait peu. Et en 1940, \u00e0 50 ans, il vit tr\u00e8s mal la d\u00e9faite et l&rsquo;occupation. Favorable au mar\u00e9chal P\u00e9tain&#8230; comme beaucoup, il se r\u00e9jouit \u00e0 la Lib\u00e9ration&#8230; comme beaucoup.<\/p>\n<p><strong>Monnaies et blasons comme passions<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9rudition lui vient par la numismatique. En collectionnant monnaies, jetons et m\u00e9dailles anciennes d\u00e8s ses neuf ans, Jean Tricou verse logiquement dans l&rsquo;h\u00e9raldique, l&rsquo;\u00e9tude des blasons, ainsi qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;histoire des institutions et des personnages. Au point de devenir une sommit\u00e9 en France, incollable sur les blasons et les monnaies.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, l&rsquo;universit\u00e9 ne s&rsquo;int\u00e9ressait gu\u00e8re \u00e0 l&rsquo;histoire locale, pr\u00e9f\u00e9rant celle du pays qui peut servir de support \u00e0 de grands expos\u00e9s g\u00e9n\u00e9raux. Et ce sont alors les amateurs comme Jean Tricou qui jouent un r\u00f4le moteur pour diffuser ce savoir.<\/p>\n<p>Parmi les figures lyonnaises qui l&rsquo;int\u00e9ressaient le plus, il admirait Henri Morin-Pons, issu d&rsquo;une grande famille de banquiers protestants. Cet homme qui a v\u00e9cu entre 1820 et 1905 fut un banquier comp\u00e9tent mais aussi un numismate, un musicien compositeur d&rsquo;op\u00e9ras et un orateur membre \u00e9minent de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Lyon. Un trait d&rsquo;union id\u00e9al entre la comp\u00e9tence professionnelle et la culture artistique.<\/p>\n<p>Jean Tricou a publi\u00e9 pas moins de 130 r\u00e9f\u00e9rences, sans compter d&rsquo;innombrables notes et articles. Il a aussi \u00e9crit plusieurs m\u00e9moires et \u00e9tudes sur des sujets tr\u00e8s divers : \u00ab\u00a0Le testament de S\u00e9bastien Gryphe\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Les mulets du cardinal de Tancin\u00a0\u00bb, Le tr\u00e9sor mon\u00e9taire de Saint Martin du Fresne\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 ses moyens financiers personnels, bien qu&rsquo;il ne dispose pas d&rsquo;une immense fortune, Jean Tricou finan\u00e7ait lui-m\u00eame ses publications.<\/p>\n<p>Son oeuvre majeure, \u00ab\u00a0Armorial et r\u00e9pertoire lyonnais\u00a0\u00bb, est un gigantesque fichier alphab\u00e9tique de personnages lyonnais du pass\u00e9. Une oeuvre colossale, r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 partir d&rsquo;innombrables notes, qui recensent pour chaque personnage toutes les r\u00e9f\u00e9rences de livres et d&rsquo;archives.<\/p>\n<p>Plusieurs dizaines de milliers de noms de Lyonnais y sont repertori\u00e9s. C&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9 le travail de cinq vies : la sienne, celle de son p\u00e8re, et de trois grands \u00e9rudits Beyssac, Sachet et Eug\u00e8ne Vial. Quand Jean Tricou est mort, il en \u00e9tait \u00e0 la lettre \u00ab\u00a0D\u00a0\u00bb et avait d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 sept volumes de 200 pages ! S&rsquo;il \u00e9tait arriv\u00e9 au terme de son ouvrage, cela aurait repr\u00e9sent\u00e9 des milliers de pages.<\/p>\n<p>La suite n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e mais l&rsquo;ensemble de ses notes ont \u00e9t\u00e9 confi\u00e9es par ses h\u00e9ritiers aux archives municipales o\u00f9 elles peuvent \u00eatre consult\u00e9es. Il n&rsquo;y a pas que les familles qui sont r\u00e9pertori\u00e9es, mais aussi les institutions, les confr\u00e9ries de m\u00e9tiers, les corporations\u2026 Un instrument de travail unique pour les historiens, m\u00eame si le style est tr\u00e8s notarial et pr\u00e9cis : un nom, une famille, ses membres, un blason s&rsquo;il existe et les r\u00e9f\u00e9rences aux archives.<\/p>\n<p>En introduction de son \u00ab\u00a0Armorial\u00a0\u00bb que les historiens appellent \u00ab\u00a0le Tricou\u00a0\u00bb, on peut lire : \u00ab\u00a0Ceux qui poursuivront cette t\u00e2che, c&rsquo;est-\u00e0-dire les travailleurs d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s, \u00e0 la recherche de l&rsquo;in\u00e9dit, retiendront dans ces notices quelques sources d&rsquo;archives locales (\u2026) qui leur \u00e9viteront des pertes de temps et qui les mettront dans la voix d&rsquo;autres documents\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Jean Tricou a v\u00e9cu toute sa vie dans l&rsquo;amour et le culte de sa ville. En payant de sa personne, de son temps et de son argent. C&rsquo;est au fond en artiste qu&rsquo;il a aim\u00e9 l&rsquo;histoire et qu&rsquo;il s&rsquo;est passionn\u00e9 pour cette soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;autrefois.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Les Tricou sont tout ce qu&rsquo;il y a de plus lyonnais. 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