{"id":941269,"date":"2026-05-18T16:35:22","date_gmt":"2026-05-18T16:35:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/941269\/"},"modified":"2026-05-18T16:35:22","modified_gmt":"2026-05-18T16:35:22","slug":"shc-le-syndrome-des-consommateurs-chroniques-de-cannabis-national-geographic","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/941269\/","title":{"rendered":"SHC : le syndrome des consommateurs chroniques de cannabis | National Geographic"},"content":{"rendered":"<p>Naus\u00e9es. Vomissements. Douleurs abdominales aigu\u00ebs. Prise compulsive de douches chaudes.\u00a0Ces sympt\u00f4mes ne vous \u00e9voquent probablement pas une consommation r\u00e9guli\u00e8re de cannabis, surtout en connaissance des vertus anti-naus\u00e9euses de la substance, qui permettent notamment de lutter contre les effets secondaires de la chimioth\u00e9rapie.\u00a0<\/p>\n<p>Pourtant, ce sont bien les signes r\u00e9v\u00e9lateurs du syndrome d&rsquo;hyper\u00e9m\u00e8se cannabique (SHC), ou syndrome cannabino\u00efde, une myst\u00e9rieuse maladie gastro-intestinale souvent associ\u00e9e \u00e0 la consommation chronique de cannabis.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1136\/gut.2003.036350\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener noreferrer\">D\u00e9crite pour la premi\u00e8re fois en 2004 par des m\u00e9decins en Australie<\/a>, le SHC affecterait environ 2,75\u00a0millions de personnes aux \u00c9tats-Unis chaque ann\u00e9e et l&rsquo;incidence de la maladie est \u00e0 la hausse\u00b0: d&rsquo;apr\u00e8s une\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/jama.2024.9716\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener noreferrer\">\u00e9tude publi\u00e9e en octobre 2024 dans la revue JAMA<\/a>,\u00a0le nombre de consultations aux urgences li\u00e9es au SCH aurait doubl\u00e9 entre 2017 et 2021 aux \u00c9tats-Unis et au Canada.<\/p>\n<p>Suite \u00e0 la vague de l\u00e9galisation de son usage r\u00e9cr\u00e9atif qu&rsquo;ont connu le Canada et les \u00c9tats-Unis,<strong>\u00a0<\/strong>la disponibilit\u00e9 accrue du cannabis outre-Atlantique pourrait en partie expliquer ce ph\u00e9nom\u00e8ne. La recherche soutient cette explication. Dans une\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1097\/MCG.0000000000001857\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener noreferrer\">\u00e9tude publi\u00e9e en 2024 par le Journal of Clinical Gastroenterology<\/a>,\u00a0des chercheurs comparent les donn\u00e9es relatives au SHC dans un grand h\u00f4pital du Massachusetts en 2012 et en 2021, soit avant et apr\u00e8s la l\u00e9galisation dans cet \u00c9tat, et leur constat est sans appel\u00a0: le nombre d&rsquo;hospitalisations a fortement augment\u00e9.<\/p>\n<p>Autre facteur\u00a0: \u00ab\u00a0Le cannabis vendu de nos jours est bien plus puissant que celui d&rsquo;il y a 30\u00a0ans\u00a0\u00bb, indique Deepak Cyril D\u2019Souza, professeur de psychiatrie \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de m\u00e9decine de l&rsquo;universit\u00e9 Yale et directeur du Yale Center for the Science of Cannabis and Cannabinoids. Dans les ann\u00e9es 1960, la teneur en delta-9-tetrahydrocannabinol (THC), la substance \u00e0 l&rsquo;origine des effets psychotropes du cannabis, se situait entre 2 et 4\u00a0%, poursuit D&rsquo;Souza, alors que les produits actuels affichent une concentration comprise entre 18 et 35\u00a0% ou plus.<\/p>\n<p>Toutefois, \u00ab\u00a0cela n&rsquo;explique pas pourquoi certaines personnes semblent plus vuln\u00e9rables que d&rsquo;autres\u00a0\u00bb, ajoute D&rsquo;Souza. Si de nombreuses questions subsistent sur cette \u00e9trange maladie, les chercheurs ont d\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9 certaines de ses caract\u00e9ristiques, voici un aper\u00e7u de leurs connaissances.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Le premier facteur de risque du SHC est la consommation chronique de cannabis, c&rsquo;est-\u00e0-dire presque tous les jours ou plusieurs fois par jour pendant plusieurs ann\u00e9es. Le syndrome peut appara\u00eetre \u00e0 tout moment, m\u00eame apr\u00e8s plusieurs dizaines d&rsquo;ann\u00e9es d&rsquo;usage de la substance.<\/p>\n<p>Cela dit, \u00ab\u00a0la plupart des personnes qui fument quotidiennement du cannabis ne sont pas affect\u00e9es\u00a0\u00bb, indique Christopher N. Andrews, professeur de gastro-ent\u00e9rologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Calgary, au Canada. M\u00eame chez les personnes affect\u00e9es, la maladie n&rsquo;est pas permanente. \u00ab\u00a0Elle appara\u00eet et dispara\u00eet en cycles\u00a0\u00bb, reprend D&rsquo;Souza. \u00ab\u00a0Si elle \u00e9tait permanente, cela forcerait la personne concern\u00e9e \u00e0 mettre un terme\u00a0\u00bb \u00e0 sa consommation de cannabis.\u00a0<\/p>\n<p>Dans une\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/nmo.13606\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener noreferrer\">revue syst\u00e9matique de 271\u00a0cas publi\u00e9e en 2019<\/a>, les chercheurs ont constat\u00e9 que les individus affect\u00e9s par le SHC \u00e9taient en moyenne \u00e2g\u00e9s de 30\u00a0ans et que 69\u00a0% d&rsquo;entre eux \u00e9taient de sexe masculin. Ils ont \u00e9galement d\u00e9couvert que 68\u00a0% des sujets atteints du syndrome consommaient quotidiennement du cannabis et que la dur\u00e9e moyenne de consommation avant l&rsquo;apparition du SHC \u00e9tait de 6,6\u00a0ans.\u00a0<\/p>\n<p>Pourquoi certaines personnes sont-elles plus vuln\u00e9rables\u00a0? Pour D&rsquo;Souza, cela pourrait \u00eatre li\u00e9 \u00e0 leur syst\u00e8me endocannabino\u00efde.<\/p>\n<p>Le corps humain poss\u00e8de un\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.biopsych.2015.07.028\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener noreferrer\">syst\u00e8me cannabino\u00efde endog\u00e8ne (interne)<\/a> qui contr\u00f4le de nombreuses fonctions essentielles, comme l&rsquo;apprentissage et la m\u00e9moire, la perception de la douleur et les d\u00e9fenses immunitaires. Ce syst\u00e8me comprend des r\u00e9cepteurs cannabino\u00efdes, situ\u00e9s pour la plupart dans le cerveau et l&rsquo;estomac, qui r\u00e9pondent aux signaux de l&rsquo;organisme, mais aussi des compos\u00e9s appel\u00e9s cannabino\u00efdes endog\u00e8nes semblables \u00e0 ceux pr\u00e9sents dans le cannabis v\u00e9g\u00e9tal.<\/p>\n<p>Comme nous l&rsquo;explique Andrew, \u00ab\u00a0le SHC pourrait \u00eatre li\u00e9 \u00e0 un d\u00e9s\u00e9quilibre dans le syst\u00e8me de communication de l&rsquo;organisme, l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (HHS), qui contr\u00f4le les r\u00e9ponses au stress. Le syst\u00e8me endocannabino\u00efde de notre cerveau module la r\u00e9ponse au stress et le cannabis perturbe cette modulation\u00a0\u00bb, ce qui peut d\u00e9clencher les sympt\u00f4mes du SHC.<\/p>\n<p>Il pourrait \u00e9galement exister une\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1089\/can.2021.0046\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener noreferrer\">pr\u00e9disposition g\u00e9n\u00e9tique au SHC<\/a>. Par ailleurs, la d\u00e9pression ainsi que l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sont \u00e9galement fr\u00e9quentes chez les personnes atteintes du syndrome. \u00ab\u00a0Le paradoxe \u00e9tant que nous ne savons pas pourquoi ces sympt\u00f4mes se d\u00e9clenchent \u00e0 tel ou tel autre moment\u00a0\u00bb, d\u00e9clare David Levinthal, directeur du Neurogastroenterology and Motility Center au centre m\u00e9dical de l&rsquo;universit\u00e9 de Pittsburgh. Le manque de sommeil et le stress intense figurent parmi les principaux suspects.\u00a0<\/p>\n<p>Le tableau des sympt\u00f4mes associ\u00e9s au SHC se rapproche \u00e9galement du\u00a0<a href=\"https:\/\/www.nationalgeographic.com\/science\/article\/what-is-cyclic-vomiting-syndrome\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener noreferrer\">syndrome des vomissements cycliques (SVC)<\/a>, une maladie chronique impliquant l&rsquo;axe intestin-cerveau et caract\u00e9ris\u00e9e par des \u00e9pisodes r\u00e9currents de naus\u00e9e, de vomissements et de haut-le-c\u0153ur s\u00e9par\u00e9s de p\u00e9riodes sans sympt\u00f4mes.<\/p>\n<p>La principale diff\u00e9rence entre les deux syndromes est la suivante\u00a0: dans le cas du SHC, c&rsquo;est la consommation chronique de cannabis qui d\u00e9clenche les pouss\u00e9es de la maladie. \u00ab\u00a0Certains sugg\u00e8rent m\u00eame que le syndrome d&rsquo;hyper\u00e9m\u00e8ses cannabique serait un sous-type de syndrome des vomissements cycliques avec un d\u00e9clencheur diff\u00e9rent\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise Levinthal.<\/p>\n<p>Quelle que soit sa classification, \u00ab\u00a0cette maladie peut \u00eatre grave et entra\u00eener des complications en l&rsquo;absence de traitement\u00a0\u00bb, indique Maria Isabel Angulo, professeure adjointe de m\u00e9decine interne et de p\u00e9diatrie au sein de l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;\u00c9tat de l&rsquo;Illinois \u00e0 Chicago. Parmi ces complications figurent notamment une d\u00e9shydratation s\u00e9v\u00e8re et un d\u00e9s\u00e9quilibre \u00e9lectrolytique, pouvant provoquer des l\u00e9sions r\u00e9nales, des anomalies du rythme cardiaque et des crises d&rsquo;\u00e9pilepsie. En outre, quelle qu&rsquo;en soit leur cause, les vomissements fr\u00e9quents peuvent conduire \u00e0 une \u00e9rosion de l&rsquo;\u00e9mail dentaire, ajoute-t-elle.<strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Pour \u00e9mettre un diagnostic de SHC, l&rsquo;American Gastroenterological Association a \u00e9tabli les crit\u00e8res suivants\u00a0: subir trois \u00e9pisodes ou plus de naus\u00e9es, vomissements et douleur abdominale au cours d&rsquo;une ann\u00e9e, chaque \u00e9pisode durant moins d&rsquo;une semaine\u00a0; consommer du cannabis plus de quatre jours par semaine depuis plus d&rsquo;un an\u00a0; et voir les sympt\u00f4mes dispara\u00eetre apr\u00e8s avoir arr\u00eat\u00e9 le cannabis pendant au moins six mois.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Pour confirmer le diagnostic, il est n\u00e9cessaire de stopper la consommation de cannabis afin de prouver de mani\u00e8re r\u00e9trospective que les sympt\u00f4mes \u00e9taient bien caus\u00e9s par cette consommation\u00a0\u00bb, indique Andrew. D&rsquo;apr\u00e8s les experts, puisque cela n\u00e9cessite plusieurs mois d&rsquo;abstinence, de nombreux consommateurs chroniques de cannabis refusent de suivre le processus de diagnostic du SHC.\u00a0<\/p>\n<p>Pendant les pouss\u00e9es de SHC, les vomissements sont abondants et le patient risque la d\u00e9shydratation, c&rsquo;est pourquoi il est n\u00e9cessaire de solliciter une aide m\u00e9dicale. Ainsi, le patient pourra recevoir une perfusion contenant des \u00e9lectrolytes en intraveineuse et des m\u00e9dicaments anti\u00e9m\u00e9tiques comme l&rsquo;ondans\u00e9tron, la prom\u00e9thazine ou la prochlorp\u00e9razine pour mettre un terme aux vomissements. Dans certains cas, il peut \u00e9galement recevoir des benzodiaz\u00e9pines, comme l&rsquo;alprazolam, ou un antipsychotique, comme l&rsquo;halop\u00e9ridol, pour tenter d&rsquo;enrayer un \u00e9pisode.\u00a0<\/p>\n<p>Pendant une pouss\u00e9e, les personnes atteintes de SHC ont tendance \u00e0 prendre des bains ou des douches chaudes, parfois plusieurs fois par jour, dans le but de soulager les sympt\u00f4mes. \u00ab\u00a0Souvent, les patients signalent que l&rsquo;eau chaude apaise leurs sympt\u00f4mes, ce qui peut entra\u00eener une prise compulsive de douches ou de bains\u00a0\u00bb, t\u00e9moigne Angulo. Cela sugg\u00e8re que la zone du cerveau responsable de la r\u00e9gulation de la temp\u00e9rature, l&rsquo;hypothalamus, pourrait \u00eatre impliqu\u00e9e dans le SHC, ajoute D&rsquo;Souza.<\/p>\n<p>Un autre rem\u00e8de moins connu existe\u00a0: l&rsquo;application d&rsquo;une cr\u00e8me contenant de la capsa\u00efcine (\u00e0 0,1\u00a0%) sur le haut de la poitrine peut r\u00e9duire les naus\u00e9es et les vomissements associ\u00e9s aux SHC. Selon une\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/acem.14062\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener noreferrer\">\u00e9tude publi\u00e9e dans la revue Academic Emergency Medicine<\/a>,\u00a0l&rsquo;utilisation de ce type de cr\u00e8me dans le traitement des patients atteints de SHC permet de r\u00e9duire consid\u00e9rablement les naus\u00e9es en moins d&rsquo;une heure.<\/p>\n<p>\u00c0 ce jour, la solution la plus durable reste l&rsquo;arr\u00eat du cannabis. Cependant, un arr\u00eat brutal risque de provoquer des\u00a0<a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/add.15743\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow noopener noreferrer\">sympt\u00f4mes de sevrage du cannabis<\/a>, parmi lesquels\u00a0: anxi\u00e9t\u00e9, irritabilit\u00e9, col\u00e8re, troubles du sommeil, humeur d\u00e9pressive et perte d&rsquo;app\u00e9tit. Solliciter l&rsquo;aide d&rsquo;un sp\u00e9cialiste pour recevoir un \u00e9ventuel traitement antid\u00e9presseur tricyclique peut \u00ab\u00a0contribuer \u00e0 faciliter le sevrage du cannabis\u00a0\u00bb, assure Angulo. Une autre option consiste \u00e0 diminuer progressivement la consommation de THC.<\/p>\n<p>Pour celles et ceux qui n&rsquo;envisagent pas d&rsquo;arr\u00eater le cannabis, \u00ab\u00a0il est \u00e9galement possible d&rsquo;att\u00e9nuer les sympt\u00f4mes du SHC en r\u00e9duisant la consommation et en renon\u00e7ant \u00e0 l&rsquo;utilisation de concentr\u00e9s\u00a0\u00bb, indique Andrews. Il ajoute que le passage \u00e0 une formulation plus \u00e9quilibr\u00e9e entre le THC et d&rsquo;autres cannabino\u00efdes, comme le cannabidiol (CBD) qui ne provoque pas d&rsquo;euphorie, repr\u00e9sente \u00e9galement une alternative. Ces formulations hybrides sont moins puissantes.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, la science continue d&rsquo;explorer les m\u00e9canismes \u00e0 l&rsquo;origine de cette myst\u00e9rieuse maladie et ses \u00e9ventuels traitements. \u00ab\u00a0Il est clair que nous devons \u00e9tudier davantage le probl\u00e8me\u00a0\u00bb, conclut D&rsquo;Souza.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Naus\u00e9es. Vomissements. Douleurs abdominales aigu\u00ebs. 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