{"id":961817,"date":"2026-05-28T07:08:16","date_gmt":"2026-05-28T07:08:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/961817\/"},"modified":"2026-05-28T07:08:16","modified_gmt":"2026-05-28T07:08:16","slug":"certains-oiseaux-tapissent-leur-nid-de-plantes-medicinales-triees-une-par-une-quand-les-biologistes-ont-analyse-le-melange-ils-ont-trouve-une-logique-qui-na-rien-de-hasardeux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/961817\/","title":{"rendered":"Certains oiseaux tapissent leur nid de plantes m\u00e9dicinales tri\u00e9es une par une : quand les biologistes ont analys\u00e9 le m\u00e9lange, ils ont trouv\u00e9 une logique qui n\u2019a rien de hasardeux"},"content":{"rendered":"<p><strong>0,31 gramme.<\/strong> C\u2019est le poids moyen de plantes aromatiques qu\u2019une m\u00e9sange bleue en Corse apporte dans son nid chaque jour, selon les mesures r\u00e9alis\u00e9es par des chercheurs du CNRS. Rapport\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle humaine, en tenant compte du poids du corps, cela repr\u00e9senterait environ 2 kilogrammes de v\u00e9g\u00e9taux transport\u00e9s quotidiennement. Ce chiffre suffit \u00e0 couper court \u00e0 toute id\u00e9e de hasard ou de d\u00e9coration capricieuse. Les oiseaux qui tapissent leur nid de plantes m\u00e9dicinales pratiquent ce que les biologistes appellent d\u00e9sormais l\u2019autom\u00e9dication pr\u00e9ventive, un comportement document\u00e9, exp\u00e9rimentalement v\u00e9rifi\u00e9, et d\u2019une logique redoutable.<\/p>\n<p style=\"font-weight:700;font-size:1.05em;margin:0 0 0.7em 0;color:#333;\">\u00c0 retenir<\/p>\n<ul style=\"margin:0;padding-left:1.2em;color:#444;\">\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Les m\u00e9sanges bleues transportent quotidiennement 0,31 gramme de plantes sp\u00e9cifiques dans leur nid, un poids qui d\u00e9fie tout hasard<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Parmi 200 esp\u00e8ces de plantes disponibles en Corse, seule une dizaine est utilis\u00e9e, r\u00e9v\u00e9lant un tri s\u00e9lectif d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 et recherch\u00e9<\/li>\n<li style=\"margin-bottom:0.4em;\">Des exp\u00e9riences scientifiques montrent que les oisillons \u00e9lev\u00e9s dans ces nids herbalis\u00e9s affichent une meilleure croissance et moins de parasites<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight:700;margin:0 0 0.5em 0;color:#333;font-size:0.95em;\">Sommaire<\/p>\n<ol style=\"margin:0;padding-left:1.5em;font-size:0.9em;line-height:1.6;\">\n<li><a href=\"#un-tri-vegetal-qui-defie-les-probabilites\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Un tri v\u00e9g\u00e9tal qui d\u00e9fie les probabilit\u00e9s<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#ce-que-les-analyses-revelent-sur-le-melange\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Ce que les analyses r\u00e9v\u00e8lent sur le m\u00e9lange<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#l-etourneau-le-rapace-et-le-moineau-urbain\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">L\u2019\u00e9tourneau, le rapace et le moineau urbain<\/a><\/li>\n<li><a href=\"#inne-ou-appris-la-question-qui-rebat-toutes-les-cartes\" style=\"color:#444;text-decoration:none;\">Inn\u00e9 ou appris ? La question qui rebat toutes les cartes<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>Un tri v\u00e9g\u00e9tal qui d\u00e9fie les probabilit\u00e9s<\/p>\n<p>En Corse, l\u2019environnement local offre pr\u00e8s de 200 esp\u00e8ces de plantes aromatiques sauvages. Or, seulement une dizaine d\u2019entre elles se retrouvent dans les nids de m\u00e9sanges bleues : il y a donc clairement un choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de la part de ces oiseaux. Pas de cueillette au plus pr\u00e8s, pas de facilit\u00e9. Parfois, les plantes incorpor\u00e9es dans les nids ne se trouvent pas dans l\u2019environnement imm\u00e9diat du site de nidification, ce qui suppose une recherche active.<\/p>\n<p>Les m\u00e9sanges bleues de Corse utilisent notamment la lavande (Lavandula stoechas), la menthe (Mentha suaveolens) et l\u2019h\u00e9lichryse (Helichrysum italicum). Toutes ces plantes sont connues pour avoir des propri\u00e9t\u00e9s antiseptiques et donc \u00e9loigner les parasites, notamment certaines puces qui se nourrissent du sang des oiseaux. Ce n\u2019est pas de la botanique intuitive. C\u2019est une pharmacop\u00e9e h\u00e9rit\u00e9e, affin\u00e9e par la s\u00e9lection naturelle sur des mill\u00e9naires.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quipe de l\u2019ornithologue Marcel Lambrechts, au Centre d\u2019\u00e9cologie fonctionnelle et \u00e9volutive (CEFE) de Montpellier, a transform\u00e9 ce constat en protocole exp\u00e9rimental. Une fois les \u0153ufs \u00e9clos, les exp\u00e9rimentateurs ont pr\u00e9lev\u00e9 les herbes aromatiques. Dans la moiti\u00e9 des nids, ces plantes ont \u00e9t\u00e9 purement et simplement supprim\u00e9es. Les m\u00e8res partaient alors imm\u00e9diatement \u00e0 la recherche de ces herbac\u00e9es manquantes pour les remettre dans le nid de leurs oisillons. Le comportement est compulsif, non facultatif. Les m\u00e9sanges ne ramenaient que les esp\u00e8ces aromatiques dont elles avaient besoin. M\u00eame si pour cela, il leur fallait parcourir plusieurs centaines de m\u00e8tres.<\/p>\n<p>Ce que les analyses r\u00e9v\u00e8lent sur le m\u00e9lange<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes ont montr\u00e9 que cette habitude, qui a longtemps intrigu\u00e9 les ornithologues, est b\u00e9n\u00e9fique aux poussins : les plantes aromatiques \u00e9mettent des compos\u00e9s volatils aux vertus antibact\u00e9riennes et antiparasitaires. Mais c\u2019est la coh\u00e9rence du m\u00e9lange qui a le plus surpris les biologistes. D\u2019apr\u00e8s les recherches du Centre d\u2019\u00e9cologie fonctionnelle et \u00e9volutive de Montpellier, en Corse, cet oiseau compose de v\u00e9ritables \u00ab bouquets \u00bb pour une synergie optimale. Pas une plante au hasard, donc. Un assemblage raisonn\u00e9.<\/p>\n<p>Des chercheurs de l\u2019Ohio Wesleyan University sugg\u00e8rent que certains oiseaux s\u00e9lectionnent des mat\u00e9riaux de nidification contenant des agents antimicrobiens pour prot\u00e9ger leurs jeunes des bact\u00e9ries nocives. Leurs r\u00e9sultats ont montr\u00e9 que plusieurs types d\u2019extraits v\u00e9g\u00e9taux, dont l\u2019acide usnique, l\u2019acide ascorbique, l\u2019achill\u00e9e millefeuille et deux esp\u00e8ces de ch\u00eane \u2014 inhibent la croissance de bact\u00e9ries pathog\u00e8nes. La fonction est double : r\u00e9duire la charge bact\u00e9rienne sur les coquilles d\u2019\u0153ufs et dans l\u2019environnement direct des oisillons, et repousser les ectoparasites h\u00e9matophages.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats parlent d\u2019eux-m\u00eames : les poussins \u00e9lev\u00e9s dans des nids contenant des herbes aromatiques affichent des taux de croissance corporelle et de croissance des plumes sup\u00e9rieurs. Ces herbes r\u00e9duisent aussi la quantit\u00e9 et la diversit\u00e9 des bact\u00e9ries vivant sur les oisillons. Un avantage de survie concret, mesurable, reproductible.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tourneau, le rapace et le moineau urbain<\/p>\n<p>La m\u00e9sange bleue n\u2019est pas seule dans cette d\u00e9marche. L\u2019\u00e9tourneau sansonnet d\u00e9core parfois son nid avec les feuilles vertes ou les fleurs de plantes aux propri\u00e9t\u00e9s insecticides. Il est capable de s\u00e9lectionner des plantes sp\u00e9cifiques, comme l\u2019achill\u00e9e millefeuille, pour tapisser son nid, ces plantes ayant des propri\u00e9t\u00e9s antiparasitaires.<\/p>\n<p>Plus surprenant encore : une exp\u00e9rience a ajout\u00e9 de l\u2019achill\u00e9e millefeuille dans des nids d\u2019hirondelles bicolores, qui n\u2019utilisent pas normalement de plantes m\u00e9dicinales. R\u00e9sultat : l\u2019abondance des puces suceurs de sang a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite dans les nids contenant la plante. L\u2019effet est bien dans les mol\u00e9cules v\u00e9g\u00e9tales, pas dans un comportement appris propre \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce. Les aigles et les cigognes bois, de leur c\u00f4t\u00e9, choisissent des mat\u00e9riaux de nidification issus d\u2019arbres et d\u2019arbustes contenant des r\u00e9sines r\u00e9pulsives contre les insectes.<\/p>\n<p>Et puis il y a le cas du moineau mexicain, qui illustre avec un certain cynisme jusqu\u2019o\u00f9 peut aller cette logique. Au Mexique, des moineaux int\u00e8grent des m\u00e9gots de cigarette \u00e0 leurs nids : ils collectent les filtres, retirent l\u2019enveloppe et incorporent les fibres. Ils exploitent ainsi les propri\u00e9t\u00e9s de la nicotine, une toxine naturelle qui paralyse et tue de nombreux parasites, r\u00e9duisant la pr\u00e9sence d\u2019acariens pour prot\u00e9ger les oisillons. On retrouve six \u00e0 huit m\u00e9gots en moyenne dans ces nids, certains pouvant en contenir jusqu\u2019\u00e0 48. L\u2019adaptation est r\u00e9elle, les effets secondaires sur les oisillons, en termes de perturbateurs chromosomiques, le sont aussi.<\/p>\n<p>Inn\u00e9 ou appris ? La question qui rebat toutes les cartes<\/p>\n<p>Ce comportement de fumigation du nid, qui consiste \u00e0 incorporer des fragments de plantes vertes fra\u00eeches contenant des compos\u00e9s volatils r\u00e9pulsifs contre les ectoparasites, reste relativement rare parmi les esp\u00e8ces d\u2019oiseaux, et le d\u00e9bat persiste quant \u00e0 ses b\u00e9n\u00e9fices r\u00e9els sur le succ\u00e8s reproductif. Ce que les exp\u00e9riences du CEFE ont apport\u00e9 de d\u00e9cisif, c\u2019est la d\u00e9monstration que le comportement n\u2019est pas un simple r\u00e9flexe de confort. La m\u00e9sange dispose de bulbes olfactifs assez d\u00e9velopp\u00e9s pour rep\u00e9rer les odeurs, et elle utilise, comme l\u2019humain, des plantes aux vertus th\u00e9rapeutiques, antiseptiques, insecticides et fongicides, pour prot\u00e9ger ses petits des parasites.<\/p>\n<p>Les pratiques d\u2019autom\u00e9dication chez les insectes constituent pour certains chercheurs \u00ab\u00a0la d\u00e9couverte des ann\u00e9es 2000\u00a0\u00bb dans ce domaine. Le fait que des esp\u00e8ces aux capacit\u00e9s cognitives plus limit\u00e9es que les primates pr\u00e9sentent ce type de facult\u00e9s sugg\u00e8re que de tels comportements pourraient aussi \u00eatre le r\u00e9sultat d\u2019un processus instinctif dict\u00e9 par les g\u00e8nes. Chez les oiseaux, la fronti\u00e8re entre instinct et apprentissage social reste un chantier ouvert. Ce qui est certain, c\u2019est que chacune des plantes mentionn\u00e9es dans les \u00e9tudes a une longue histoire d\u2019usages m\u00e9dicinaux chez les humains. La m\u00e9sange et l\u2019herboriste ont donc converg\u00e9, ind\u00e9pendamment, vers les m\u00eames mol\u00e9cules. Ce parall\u00e8le, plus que tout le reste, m\u00e9rite qu\u2019on s\u2019y arr\u00eate.<\/p>\n<p class=\"source-link\">Sources\u00a0: <a href=\"https:\/\/theses.fr\/2008MON20044\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">theses.fr<\/a> | <a href=\"https:\/\/biodiversitefrance.com\/etourneau-sansonnet\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">biodiversitefrance.com<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"0,31 gramme. 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