{"id":973995,"date":"2026-06-02T23:03:18","date_gmt":"2026-06-02T23:03:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/973995\/"},"modified":"2026-06-02T23:03:18","modified_gmt":"2026-06-02T23:03:18","slug":"de-tours-a-dnipro-une-cooperation-medicale-face-aux-blessures-invisibles-de-la-guerre-en-ukraine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/973995\/","title":{"rendered":"De Tours \u00e0 Dnipro : une coop\u00e9ration m\u00e9dicale face aux blessures invisibles de la guerre en Ukraine"},"content":{"rendered":"<p><strong>Le 27 mai \u00e0 la mairie de Tours, s\u2019est tenue une table ronde tr\u00e8s sp\u00e9ciale autour du psychotraumatisme. Des professionnels du Centre r\u00e9gional du psychotraumatisme et de la Cellule d\u2019urgence m\u00e9dico-psychologique 37, alors de retour d\u2019une mission en Ukraine, ont, \u00e0 leur tour, re\u00e7u une \u00e9quipe ukrainienne de psychiatres et psychologues, travaillant dans la prise en charge des cons\u00e9quences psychologiques du conflit.<\/strong><\/p>\n<p><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"620\" height=\"465\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/20260527-194555-1-620x465.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-370760\"  \/>La d\u00e9l\u00e9gation des femmes ukrainiennes de gauche \u00e0 droite : Svitlana Moroz, Docteur en sciences m\u00e9dicales ; Nataliia Halytska, psychiatre et directrice m\u00e9dicale ; Tetiana Vasylenko, psychiatre, cheffe du service de r\u00e9adaptation ; Diana Kholenko, psychiatre au sein du service de prise en charge des militaires ; Viktoria Poshtar, psychologue clinicienne sp\u00e9cialiste de la r\u00e9alit\u00e9 virtuelle. \u00a9A.B<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.magcentre.fr\/?s=Asmaa+Bouamama&amp;searchsubmit=\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Par Asmaa Bouamama.<\/a><\/p>\n<p>Une immersion dans les unit\u00e9s de soins ukrainiennes<\/p>\n<p>C\u2019est la premi\u00e8re dame ukrainienne Olena Zelenska qui est \u00e0 l\u2019origine de cette collaboration entre les h\u00f4pitaux europ\u00e9ens et ukrainiens dans laquelle la France se montre tr\u00e8s active. Ce mercredi 27 mai, c\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9quipe de l\u2019h\u00f4pital de Tours qui recevait la d\u00e9l\u00e9gation hospitali\u00e8re de Dnipro, ville ukrainienne o\u00f9 la guerre s\u00e9vit, et o\u00f9 les professionnels du traumatisme fran\u00e7ais ont pass\u00e9 une semaine. Pour ouvrir le d\u00e9bat, le professeur Wissam El Hage, responsable du CRP-CVL et pr\u00e9sident de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de psychotraumatologie, fait partager avec la salle le bruit de la sir\u00e8ne que les Fran\u00e7ais ont activ\u00e9e sur leurs t\u00e9l\u00e9phones d\u00e8s leur arriv\u00e9e sur le sol ukrainien, et que tous les Ukrainiens entendent plusieurs fois par jour. Cette sir\u00e8ne, tr\u00e8s fiable et pr\u00e9cise, les pr\u00e9vient de la menace d\u2019une frappe imminente et de la n\u00e9cessit\u00e9 de se mettre \u00e0 l\u2019abri. \u00ab On se met rapidement dans le bain car il n\u2019y a que 36 heures avant d\u2019arriver, raconte le professeur El Hage. Plus on entre dans le pays et plus on sent l\u2019\u00e9tat de vigilance, la prise de photos est interdite par exemple, et tr\u00e8s vite on installe des applications de s\u00e9curit\u00e9, nous-m\u00eames nous avons exp\u00e9riment\u00e9 un \u00e9tat d\u2019alerte. \u00bb<\/p>\n<p>Une fois sur place, l\u2019\u00e9quipe fran\u00e7aise a pu aller \u00e0 la rencontre de leurs confr\u00e8res ukrainiens et des patients qui comptent beaucoup de militaires et de civils. \u00ab Ce qu\u2019on a le plus r\u00e9alis\u00e9 est que les traumatis\u00e9s de la guerre le sont dans leur psychisme autant que dans leur chair et dans leur corps. Nous sommes all\u00e9s dans un centre qui prend en charge les amput\u00e9s, puis dans un service de r\u00e9animation de 300 lits qui a fait 35 000 amputations en 4 ans. Et derri\u00e8re, il faut les soigner sur le plan psychique et r\u00e9\u00e9ducatif \u00bb, explique Wissam El Hage.<\/p>\n<p>Les techniques th\u00e9rapeutiques se ressemblent entre la pratique de soin ukrainienne et fran\u00e7aise : l\u2019art-th\u00e9rapie, les th\u00e9rapies cognitives et comportementales, ou les techniques de r\u00e9alit\u00e9 virtuelle (qui consistent \u00e0 simuler des expositions \u00e0 des sc\u00e8nes de danger traumatiques sur \u00e9cran) sont utilis\u00e9es. \u00ab Avec les militaires, il y a de bons r\u00e9sultats, assure Diana Kholenko, psychiatre dans la prise en charge des militaires. M\u00eame s\u2019ils ont des situations tr\u00e8s complexes de stress permanent avec des troubles du sommeil et d\u2019agitation, notre but est de leur apporter un espace s\u00e9curis\u00e9. \u00bb \u00c0 un paradoxe pr\u00e8s dans le regard d\u2019un Fran\u00e7ais, \u00e0 savoir que ces soins apport\u00e9s aux militaires ukrainiens ont pour but de leur permettre de regagner le front du combat. \u00ab On s\u2019est pos\u00e9 la question de savoir si, peut-\u00eatre, certains des soldats qui d\u00e9veloppent de graves sympt\u00f4mes psychiatriques ou d\u2019addiction auront un b\u00e9n\u00e9fice \u00e0 \u00eatre exclus du combat, contrairement \u00e0 d\u2019autres qui auront un diagnostic de stress post-traumatique et seront trait\u00e9s pour retourner sur le front \u00bb, explique le professeur Wissam El Hage.<\/p>\n<p>L\u2019Ukraine r\u00e9pare ses bless\u00e9s tant bien que mal<\/p>\n<p>C\u2019est avec beaucoup d\u2019\u00e9motion et de modestie que l\u2019\u00e9quipe de l\u2019h\u00f4pital de Dnipro a tent\u00e9 de raconter le quotidien de leur travail au milieu de la guerre. Lorsque la parole est donn\u00e9e au Dr Tetiana Vasylenko, psychiatre cheffe de service de r\u00e9adaptation, le ton se fait humble et digne. \u00ab\u00a0La v\u00e9rit\u00e9 est que nous ne sommes pas adapt\u00e9s \u00e0 la situation, nous travaillons car personne ne le fera \u00e0 notre place. Pour moi, la guerre a commenc\u00e9 en 2014, o\u00f9 on nous a amen\u00e9s les premiers militaires bless\u00e9s de la Crim\u00e9e, on a compris que la guerre avec la Russie avait commenc\u00e9, et puis 8 ans plus tard c\u2019\u00e9tait la guerre \u00e0 grande \u00e9chelle. \u00c0 l\u2019\u00e9poque on pensait que seuls les militaires seraient concern\u00e9s, aujourd\u2019hui nous vivons la guerre depuis plus de 4 ans et nous en sommes \u00e0 30 000 victimes. \u00bb Les situations complexes des prises en charge du psychotraumatisme incluent aussi le fait que les militaires et civils ont souvent perdu des proches, et que le soin psychique n\u00e9cessite une prise en charge du deuil, voire de toute une famille.<\/p>\n<p>Le traumatisme de guerre chez les enfants et adolescents<\/p>\n<p>La difficult\u00e9 de prise en charge des enfants a aussi \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e. Pour ceux qui sont rest\u00e9s en Ukraine, les professionnels consid\u00e8rent que la sant\u00e9 psychique de l\u2019enfant passe par la prise en charge de la sant\u00e9 mentale de sa m\u00e8re ou de sa figure d\u2019attachement charg\u00e9e alors de le s\u00e9curiser \u00e0 son tour. \u00ab Tout d\u00e9pend de la tranche d\u2019\u00e2ge de l\u2019enfant, explique le Dr Tetiana Vasylenko, il y a beaucoup de cas o\u00f9 l\u2019enfant est d\u00e9plac\u00e9 avec sa m\u00e8re tandis que son p\u00e8re est au front. Nous les s\u00e9curisons comme nous pouvons, parfois lorsqu\u2019il y a une explosion et qu\u2019un enfant demande si c\u2019est un orage ou une frappe, on lui r\u00e9pond que c\u2019\u00e9tait un tonnerre, par exemple. \u00bb Pour les nombreux Ukrainiens qui ont trouv\u00e9 la paix en France, certains revivent le traumatisme jusque dans les \u00e9coles, comme le raconte Doroth\u00e9e Ruegger, professeur en lyc\u00e9e \u00e0 Tours : \u00ab Dans les \u00e9tablissements scolaires, il y a un moment toujours d\u00e9licat, c\u2019est celui des entra\u00eenements de mise en s\u00e9curit\u00e9 o\u00f9 on s\u2019entra\u00eene \u00e0 g\u00e9rer un incendie. Mais plus r\u00e9cemment a \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9 l\u2019exercice de gestion de l\u2019intrusion, qui ne consiste pas \u00e0 quitter la pi\u00e8ce mais \u00e0 y rester. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai constat\u00e9 chez les jeunes Ukrainiens une mont\u00e9e de stress tr\u00e8s importante qui se manifeste par des tremblements, des p\u00e2leurs voire des vomissements, et des enfants qui se rapprochent du professeur dans la panique. \u00bb Ces jeunes lyc\u00e9ens, bien qu\u2019ayant des profils plut\u00f4t discrets et peu bavards, se sont parfaitement int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement et \u00e0 l\u2019apprentissage du fran\u00e7ais, mais restent habit\u00e9s par un important traumatisme. \u00ab On peut les encourager \u00e0 rencontrer la psychologue \u00e9ducative mais la barri\u00e8re de la langue fait parfois d\u00e9faut pour ceux qui ne sont pas en France depuis longtemps. Mais des groupes de parole pourraient \u00eatre int\u00e9ressants pour eux avec d\u2019autres jeunes Ukrainiens, cela pourrait leur permettre de mettre des mots sur ce qu\u2019ils vivent, et mieux avancer vers leur avenir \u00bb, ajoute Doroth\u00e9e Ruegger, engag\u00e9e dans l\u2019association Touraine-Ukraine.<\/p>\n<p>Bien que la psychiatrie ait fait de nombreux progr\u00e8s dans le traitement du psychotraumatisme, le soin psychique reste un vrai sujet de soci\u00e9t\u00e9 compte tenu de la dur\u00e9e du conflit et des autres qui menacent l\u2019ordre du monde. C\u2019est la survie psychique qui d\u00e9pend de l\u2019unit\u00e9 de soin que l\u2019on appelle tristement \u00ab le parent pauvre \u00bb de l\u2019h\u00f4pital, en France comme en Ukraine.<\/p>\n<p><strong><br \/>Plus d\u2019infos autrement :<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.magcentre.fr\/279145-des-livres-pour-comprendre-la-guerre-entre-lukraine-et-la-russie\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Des livres pour comprendre la guerre entre l\u2019Ukraine et la Russie<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Le 27 mai \u00e0 la mairie de Tours, s\u2019est tenue une table ronde tr\u00e8s sp\u00e9ciale autour du psychotraumatisme.&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":973996,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[1590],"tags":[11,102606,102607,16276,102608,1777,674,131,102609,102610,12,102611,235,102612,102613,102614,27072,2072,63083,1390,102615,220,102616],"class_list":["post-973995","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-ukraine","tag-actualites","tag-chru-de-tours","tag-civils-ukrainiens","tag-dnipro","tag-enfants-ukrainiens","tag-eu","tag-europe","tag-guerre-en-ukraine","tag-hopital-de-tours","tag-militaires-ukrainiens","tag-news","tag-olena-zelenska","tag-psychiatrie","tag-psychiatrie-de-guerre","tag-psychologues-ukrainiens","tag-psychotraumatisme","tag-refugies-ukrainiens","tag-sante-mentale","tag-stress-post-traumatique","tag-tours","tag-traumatisme-de-guerre","tag-ukraine","tag-wissam-el-hage"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/116683015822263164","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/973995","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=973995"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/973995\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/973996"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=973995"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=973995"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=973995"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}