{"id":996276,"date":"2026-06-12T23:21:15","date_gmt":"2026-06-12T23:21:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/996276\/"},"modified":"2026-06-12T23:21:15","modified_gmt":"2026-06-12T23:21:15","slug":"portrait-de-stephan-crasneanscki-architecte-du-son-pour-patti-smith-et-nan-goldin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/996276\/","title":{"rendered":"Portrait de Stephan Crasneanscki, architecte du son pour Patti Smith et Nan Goldin"},"content":{"rendered":"<p>Nan Goldin, Patti Smith ou Jean-Luc Godard ont crois\u00e9 celui qu\u2019on conna\u00eet mieux sous l\u2019alias Soundwalk Collective.<br \/>Artiste sonore curieux et habit\u00e9, il a pens\u00e9 l\u2019\u0153uvre pr\u00e9sent\u00e9e au Pavillon du Vatican \u00e0 la Biennale de Venise, o\u00f9 Hildegarde de Bingen rencontre Jim Jarmusch et FKA Twigs.<\/p>\n<p>\u201cJe suis tomb\u00e9 amoureux de la voix de Nan Goldin. On s\u2019est rencontr\u00e9s \u00e0 Venise il y a quinze ans, sur un tournage improbable d\u2019Abel Ferrara. Nan comme Abel sont des gens pour qui j\u2019ai un amour \u00e9norme et que je respecte dans le travail, mais ce sont aussi des voix incroyables. La voix de Nan est extr\u00eamement habit\u00e9e. Je lui ai propos\u00e9 de l\u2019enregistrer lisant un po\u00e8me de Sylvia Plath, sa po\u00e9tesse pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e.\u201d Celui qui parle est ce que l\u2019on appelle commun\u00e9ment un \u201chomme de l\u2019ombre\u201d. Il est, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, un artiste sonore, officiant sous l\u2019alias Soundwalk Collective, se m\u00e9fiant de la lumi\u00e8re comme des mots, qui ont une f\u00e2cheuse tendance, selon lui, \u00e0 enfermer.<\/p>\n<p>Stephan Crasneanscki cr\u00e9e les sons qui accompagnent les films de Nan Goldin, que l\u2019on peut actuellement voir et entendre au Grand Palais, souvent avec Mica Levi. En\u00a02022, le film de Laura Poitras, Toute la beaut\u00e9 et le sang vers\u00e9 \u2013\u00a0qui suivait le combat de Nan Goldin contre la famille Sackler, propri\u00e9taire d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 pharmaceutique tr\u00e8s impliqu\u00e9e dans la crise des opio\u00efdes\u00a0\u2013, remportait le Lion d\u2019or \u00e0 la Mostra de Venise. Soundwalk Collective en avait sign\u00e9 la composition originale.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u201cLes voix hant\u00e9es, les artistes habit\u00e9\u00b7es, les \u00e2mes errantes, les mondes invisibles, les spiritualit\u00e9s po\u00e9tiques\u201d<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Stephan travaille \u00e9galement \u00e9troitement avec Patti Smith. D\u2019ailleurs, lorsqu\u2019on l\u2019avait rejointe au Studio Saint-Germain \u00e0 Paris pour l\u2019interviewer pour notre num\u00e9ro d\u2019avril, Stephan \u00e9tait l\u00e0. Ensemble, il et elle pr\u00e9paraient le live qui sera pr\u00e9sent\u00e9 au Luma-Arles d\u00e9but juillet. Ensemble, il et elle ont cr\u00e9\u00e9 Evidence au Centre Pompidou en 2022, une installation sonore et visuelle sur les traces de trois de leurs totems\u00a0: Arthur Rimbaud, Ren\u00e9 Daumal et Antonin Artaud, qui partageaient le go\u00fbt du voyage. Une installation elle-m\u00eame tir\u00e9e de Perfect Vision, un triptyque d\u2019albums enregistr\u00e9s par la pr\u00eatresse rock et l\u2019homme de l\u2019ombre entre 2019 et 2021.<\/p>\n<p>Avec Patti Smith, Stephan semble partager beaucoup de choses\u00a0: l\u2019app\u00e9tence pour les voix hant\u00e9es, les artistes habit\u00e9\u00b7es, les \u00e2mes errantes, les mondes invisibles, les spiritualit\u00e9s po\u00e9tiques. \u201cJ\u2019ai rencontr\u00e9 Patti dans un avion. Je revenais de Serbie et elle de Tanger, o\u00f9 elle \u00e9tait all\u00e9e sur la tombe de Jean Genet. Nous avions tous deux une correspondance \u00e0 Paris pour rentrer \u00e0 New York et \u00e9tions assis l\u2019un \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019autre. Nous nous sommes mis \u00e0 parler. Je lui ai racont\u00e9 que j\u2019avais des po\u00e8mes \u00e9crits par Nico \u00e0 Ibiza, o\u00f9 elle est morte \u00e0 la suite d\u2019un accident de v\u00e9lo dans un champ. J\u2019y \u00e9tais all\u00e9 enregistrer des criquets. Elle m\u2019a demand\u00e9 si j\u2019avais une voix pour les lire. Je lui ai dit que je n\u2019avais que les criquets. Elle m\u2019a dit \u2018j\u2019arrive demain\u2019. Le lendemain, elle sonnait au studio. Depuis, on n\u2019a jamais cess\u00e9 d\u2019enregistrer ensemble, en permanence.\u201d<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u201cContempler, c\u2019est \u00eatre en pr\u00e9sence. Et il y a peu de choses qui permettent d\u2019\u00eatre en pr\u00e9sence comme le son ou la musique, non\u2009?\u201d Stephan Crasneanscki<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Stephan est un \u00eatre myst\u00e9rieux, happ\u00e9 par les sons environnants (\u201cque l\u2019on prend pour acquis\u201d), comme par les rencontres accidentelles qui jalonnent son existence. \u00c0 commencer par Jean-Luc Godard, qui, apr\u00e8s avoir \u00e9cout\u00e9 une cr\u00e9ation sonore pour France Culture sign\u00e9e de Jean-Luc Nancy et lui (imaginant la rencontre de Paul Celan et Martin Heidegger), l\u2019invite chez lui \u00e0 Rolle, en Suisse. \u201cJ\u2019ai vu toutes ses archives et je me suis dit\u00a0: mais \u00e9videmment qu\u2019il faut faire une pi\u00e8ce sonore sur tous les sons qui n\u2019ont pas eu la chance d\u2019exister.\u201d Cela donnera, apr\u00e8s deux ans de travail, What We Leave Behind\/Jean-Luc Godard Archives, o\u00f9 l\u2019on\u00a0peut entendre ce qu\u2019il se passait sur les tournages, hors cam\u00e9ras.<\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e, pour la Biennale de Venise, il a pens\u00e9 la cr\u00e9ation sonore du Pavillon du Vatican, curat\u00e9 par Hans Ulrich\u00a0Obrist. Au programme\u00a0: un monast\u00e8re de Carm\u00e9lites ferm\u00e9 au public depuis six cents ans, soudainement foul\u00e9 par des spectateur\u00b7rices, casques sur les oreilles, qui entendront diff\u00e9rents sons au fil de leur d\u00e9ambulation\u00a0: FKA Twigs, Brian Eno, Patti Smith, Kali Malone, Jim Jarmusch\u2026, \u201cune constellation d\u2019artistes qui, chacun \u00e0 leur fa\u00e7on, r\u00e9interpr\u00e8te l\u2019id\u00e9e de la contemplation. Chez Hildegarde de Bingen [musicienne, nonne, gu\u00e9risseuse du XIIe\u00a0si\u00e8cle qui lui a inspir\u00e9 cette installation], l\u2019aboutissement est l\u2019\u00e9tat de contemplation. Contempler, c\u2019est \u00eatre en pr\u00e9sence. Et il y a peu de choses qui permettent d\u2019\u00eatre en pr\u00e9sence comme le son ou la musique, non\u2009?\u201d<\/p>\n<p>Stephan est n\u00e9 \u00e0 Grenoble, mais s\u2019est sauv\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 New\u00a0York. C\u2019est l\u00e0-bas que le jeune ado en \u00e9chec scolaire d\u00e9barque dans les ann\u00e9es\u00a01980 et d\u00e9couvre l\u2019effervescence de l\u2019art. Il commence par la peinture, la sculpture, la photo, mais se prend un choc avec le son\u00a0: \u201cUne charge \u00e9motionnelle, un potentiel pour produire des r\u00e9alit\u00e9s, des voyages, moins balis\u00e9s que l\u2019image ou l\u2019\u00e9criture.\u201d Il encha\u00eene\u00a0: \u201cIl n\u2019y a pas de hi\u00e9rarchie de beaux et de mauvais sons. C\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 en mouvement, qui produit constamment des choses. Des r\u00e9alit\u00e9s multiples et infinies. Nous marchons dans un champ de possibilit\u00e9s, de r\u00eaves.\u201d Lorsqu\u2019on lui demande ce qu\u2019il recherche, il r\u00e9pond\u00a0: \u201cOn pense tous aller quelque part, mais le chemin s\u2019arr\u00eate un jour. Ce qui aura \u00e9t\u00e9 beau, c\u2019est la coupe du bois, le fait de rentrer dans la for\u00eat. De faire son chemin dans la for\u00eat, non\u2009?\u201d<\/p>\n<p><strong>Nan Goldin. This Will Not End Well au Grand Palais et \u00e0 la chapelle Saint-Louis de la Salp\u00eatri\u00e8re, Paris, jusqu\u2019au 21\u00a0juin.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Biennale d\u2019art de Venise jusqu\u2019au 22\u00a0novembre.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Nan Goldin, Patti Smith ou Jean-Luc Godard ont crois\u00e9 celui qu\u2019on conna\u00eet mieux sous l\u2019alias Soundwalk Collective.Artiste sonore&hellip;\n","protected":false},"author":2,"featured_media":996277,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_share_on_mastodon":"0"},"categories":[1358],"tags":[1348,1384,1385,8716,1386,58,59,1011,27],"class_list":["post-996276","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-arts-et-design","tag-arts","tag-arts-and-design","tag-arts-et-design","tag-cafeyn","tag-design","tag-divertissement","tag-entertainment","tag-fr","tag-france"],"share_on_mastodon":{"url":"https:\/\/pubeurope.com\/@fr\/116739708387445257","error":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/996276","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=996276"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/996276\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/996277"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=996276"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=996276"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.europesays.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=996276"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}