Par

Marie Amelie Marchal

Publié le

21 juil. 2026 à 8h18

Malgré l’opposition farouche des Vitriotes, du département du Val-de-Marne et des groupes d’opposition au conseil de Paris, la ville a franchi une nouvelle étape dans le projet Thermo-sur-Seine. Vendredi 17 juillet 2026, la majorité a adopté le protocole d’accord pour l’acquisition de parcelles en vue d’ériger un nouvel incinérateur. On vous résume les débats.

De quels déchets parle-t-on et pour quel usage ?

De Sophia Chikirou (Nouveau Paris populaire) à Karl Astié (Paris Liberté), nombreux ont été les élus à interpeller la majorité contre Thermo-sur-Seine. Le projet porté par le groupement Dalkia, Eiffage et RATP Solutions Ville, qui a raflé le contrat de production et de distribution du réseau de chaleur urbain à la CPCU (filiale d’Engie), n’en finit pas de provoquer de vives contestations. 

Christophe Prudhomme (Nouveau Paris populaire) a rappelé l’origine des déchets qui seront brûlés pour chauffer les 16 communes dont Paris. Des combustibles solides de récupération (CSR), composés de déchets plastiques, papiers, cartons et bois, destinés à alimenter les incinérateurs (selon la Fnade, Fédération nationale des activités de la dépollution et de l’environnement) et du bois b (traité, vernis ou peint, recyclables en partie).

Leur combustion permettra ensuite d’envoyer de la vapeur dans les quelque 500 km de tuyaux pour chauffer des logements, établissements de santé, écoles, établissements publics et entreprises.

« Le réseau dont la ville a hérité a 100 ans. Il fonctionne à la vapeur et se déploie sur 500 km », a rappelé Irénée Frerot (Écologiste et social).

« Verdir » le réseau mais à quel prix ?

Pendant longtemps, la commune a brûlé du charbon et du fioul lourd pour alimenter ce réseau. Mais c’est terminé. « Paris sort des énergies fossiles, on commence à brûler du bois au lieu du charbon. On brûle des ordures ménagères pour environ 50 % de l’énergie produite à Vitry, Issy-les-Moulineaux et Saint-Ouen et on brûle du gaz pour un tiers de l’énergie produite », récapitule le conseiller de Paris.

Et de rappeler la « nécessité de sortir du gaz » pour des raisons climatiques et géopolitiques. C’est là qu’arrivent Thermo-sur-Seine et son ambition de « verdir » le réseau. Maîtrise de la facture pour les clients et décarbonation sont également brandies par le conseiller communiste Adrien Tiberti.

Mais l’installation d’un nouvel incinérateur charrie de vives inquiétudes. Le Val-de-Marne compte déjà trois incinérateurs (Ivry-sur-Seine, Créteil et Rungis) et une alerte est en cours sur la pollution aux abords de celui d’Ivry. Depuis 2022, l’ARS recommande d’ailleurs de ne plus manger les œufs des poulaillers domestiques après la découverte de taux record de pollution proche du plus grand incinérateur d’Europe.

Christophe Prudhomme insiste : « Il faut appliquer le principe de précaution. » D’autant que face à l’infrastructure à venir, 8 000 logements sortent de terre.

« Une mauvaise nouvelle pour les enfants qui respireront cet air »

« Ce projet est une bien mauvaise nouvelle à apporter aux générations futures et notamment pour les enfants qui respireront cet air qui mettra en péril leur santé », abonde Rodrigo Arenas (Nouveau Paris populaire).

Émile Meunier (Nouveau Paris populaire) le promet : « Nous allons en faire un gros sujet de cette mandature, ça va être une lutte. Nous n’en sommes qu’au début, il va y avoir des recours devant les tribunaux, des mobilisations. »

« On me dit ces déchets si on ne les brûlait pas […] on devrait les enfouir et c’est pire […]. On parle de CSR et de bois b. Des déchets fabriqués pour l’incinération et s’il n’y avait pas de débouchés pour l’incinération, ce ne serait pas du tout des déchets à brûler. La plupart, notamment le bois b, à 53 % vous pouvez le recycler. Et s’il n’est pas recyclé c’est parce qu’il y a des gens comme nous qui créons de gros incinérateurs et qui avons besoin d’alimenter ces gros incinérateurs avec le bois b. L’alternative elle n’est pas entre l’enfouissement et l’incinération, elle est avec un autre modèle […] Vous avez compris que ça sera une lutte à mort. »

De son côté, Sophia Chikirou relève que la délibération soumise au vote a trait à « l’achat d’un terrain où le prix ne figure même pas ».

Sur les bancs de la droite, Julie Boillot (Paris apaisé) soutient l’objectif « mais n’approuve pas la méthode ». Et de préciser : « Il y a une question d’équité territoriale. Le réseau de chaleur bénéficie aujourd’hui très majoritairement aux Parisiens tandis que les communes qui accueillent les installations industrielles en retirent une part bien plus limitée. Environ 80 % de la chaleur distribuée profite à Paris, contre seulement 20 % au Val-de-Marne. Si un territoire accueille des contraintes d’un équipement structurant pour toute la métropole, il est bien légitime qu’il bénéficie de ses avantages. » Et de défendre la mise en place de mesures de compensations.

« La ligne rouge, c’est la santé des habitantes et des habitants »

Face aux détracteurs, Alice Timsit adjointe au maire de Paris chargée de la transition écologique, du Plan Climat, de l’eau et de l’énergie (Écologiste et sociale de Paris) et qui porte le projet de Thermo-sur-Seine l’assure : « Cette délibération ne vaut pas autorisation environnementale […], n’est pas une décision définitive sur le projet Thermo-sur-Seine. »

Pour l’heure, il s’agit uniquement d’acquérir un foncier alors que le bail avec EDF arrive à échéance – foncier que la Ville utilise déjà par ailleurs, pour « préserver la continuité du service public ».

« La qualité de l’air, les impacts sanitaires, les effets cumulés des pollutions, la juste répartition des efforts… Ce sont des préoccupations qui sont les nôtres et elles nous obligent […] Je souhaite rappeler un principe très clair : notre ligne rouge, la ligne rouge de cette majorité, c’est la santé des habitantes et des habitants. »

Et d’évoquer la concertation sous l’égide de la Commission nationale du débat public qui débutera à la fin de l’été. « Après la concertation, il est important de noter que viendront les études environnementales, les études d’impact avec avis de l’autorité environnementale indépendante, viendra également l’enquête publique au cours de laquelle les habitants pourront s’exprimer sur un dossier complet et enfin, en bout de chaîne, l’autorisation délivrée ou non par l’État ».

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