Printemps 2012. Évoquant le palais de Darulaman à Kaboul, l’AFP en donne alors une bien triste description. « Son toit est éventré, ses fenêtres ne sont plus que souvenir, des impacts d’obus criblent sa façade », écrit le journaliste de l’agence de presse française, n’hésitant pas à le qualifier de « ruine majestueuse, survivance d’un passé glorieux dans un pays ravagé par la guerre ».
Pour trouver l’origine de ce bâtiment, il faut remonter à l’année 1920. Émir d’Afghanistan, Amanullah Khan – qui a déclaré l’indépendance du pays le 9 juin 1919 – décide de se faire édifier un palais sur une colline dominant Kaboul à l’ouest. Lequel est destiné à faire partie intégrante d’une nouvelle capitale qu’une voie ferrée relierait à l’ancienne.
Un palais néoclassique signé d’Allemands et de Français
Tandis que le règne du nouveau souverain – que se proclamera roi le 9 juin 1926 – est guidé par sa volonté de moderniser l’Afghanistan, son regard se tourne vers l’Occident pour ce projet. Il s’adresse en effet à l’ingénieur allemand Walter Harten. Épaulé par une équipe de 22 architectes français et allemands, celui-ci signe un bâtiment en U de style néoclassique européen aux façades majestueuses.
Ce palais, dont le nom signifie « Demeure de la paix », le roi Amanullah Khan et son épouse la reine Soraya n’en profitent guère. Le 14 janvier 1929, de nombreux Afghans conservateurs des zones rurales jugeant les diverses réformes juridiques, sociales, économiques, militaires et politiques qu’il a initiées trop occidentales et les changements imposés contraires aux doctrines de l’islam, le monarque décide d’abdiquer le 14 janvier 1929 afin d’éviter une guerre civile. Laissant le trône à son frère aîné Inayatullah Khan – qui ne régnera que trois jours -, il quitta alors le pays avec les siens.
Deux incendies, des chars, la guerre civile et celle d’Afghanistan
Retour au début du XXIe siècle. Si le palais est en si piteux état, ce sont aux combats entre factions rivales afghanes lors de la guerre civile des années 1990, mais aussi à ceux de la guerre d’Afghanistan – notamment à une bombe américaine qui traversa ses trois étages en 2001, creusant un cratère en son centre., comme le rappelle le journal militaire américain « Stars and Stripes » – , qu’il le doit.
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Le palais de Darulaman à Kaboul, en 2015
Getty Images/iStockphoto
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© Philip John Sparrow
Mais il faut savoir que l’édifice avait précédemment été deux fois victime d’un incendie, en 1968 puis lors du coup d’État communiste de 1978. Et ce n’est pas tout. Lors du coup d’État manqué du général et ministre de la Défense Shahnawaz Tanai, le 6 mars 1990, il fut endommagé par des chars.

La grande salle de bal du palais Darulaman à Kaboul, en 2015
Getty Images/iStockphoto
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© Philip John Sparrow
Semblant destiné à ne plus être qu’une carcasse aux façades et aux toitures éventrées, le palais de Darulaman va cependant connaître une résurrection. Débutée en 2016, une restauration d’envergure est menée à l’initiative du gouvernement avec un triple objectif : effacer les stigmates des décennies de guerres que porte ce monument, préserver ce patrimoine culturel et historique, et attirer des touristes. Il est alors prévu que les deux premiers étages deviennent un musée, tandis que le troisième servira de résidence d’accueil pour les invités de marque du palais présidentiel.
Trois ans de travaux menés par 80 ingénieurs et architectes et plus de 1000 ouvriers
Après que 600 tonnes de débris soient évacuées de ses 150 pièces, le bâtiment retrouve sa splendeur d’antan moyennant un budget de 10 millions de dollars et le travail de plus de 80 ingénieurs et architectes afghans (dont 25% de femmes) et de plus de 1000 ouvriers. Et le 19 août 2019, jour anniversaire du centenaire de la proclamation de l’indépendance du pays, le président Ashraf Ghani inaugure le palais de Darulaman restauré.

Le palais de Darulaman à Kaboul, après sa restauration, le 24 juin 2021
AFP
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© ADEK BERRY
Deux ans plus tard, suite au retrait d’Afghanistan des troupes américaines qui y assuraient la paix, Kaboul tombe aux mains des Talibans. Si le palais, flambant neuf, est depuis utilisé ponctuellement, exit les projets museaux et touristiques… pour l’instant.
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Détail d’une des façades du palais de Darulaman à Kaboul restauré, alors utilisé comme centre de soins le 19 avril 2020, durant la pandémie de Covid-19
Anadolu via AFP
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© Haroon Sabawoon / Anadolu Agency