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Le 15 avril 2019, un incendie ravage la toiture de Notre-Dame. Sept ans plus tard, c’est une pelleteuse qui ouvre le parvis. Pas pour réparer, cette fois, pour fouiller. Depuis janvier 2026, 1 250 mètres carrés de sol parisien sont passés au crible par des archéologues qui savent pertinemment ce qu’ils trouveront : tout, ou presque, sauf des surprises ordinaires.
À retenir
Un secret archéologique monumental dormait sous vos pas depuis des siècles
Des fouilles simultanées sur trois sites de l’île de la Cité réécrire l’histoire de Paris
Des découvertes spectaculaires qui changent notre compréhension du quartier medieval
Sommaire
Un chantier inédit sous l’asphalte de Paris
Deux mille ans superposés sous vos pieds
Un sol que personne n’avait le droit de toucher
L’île de la Cité, grand chantier archéologique de 2026
Un chantier inédit sous l’asphalte de Paris
L’opération, d’une ampleur inédite portant sur 1 250 mètres carrés pour les deux cours, a débuté en février 2026 et représente une opportunité supplémentaire de raconter l’histoire de l’île de la Cité. Pour comprendre ce que cela représente, pensez à l’empreinte au sol de trois maisons mitoyennes parisiennes creusées jusqu’à 4 mètres de profondeur, en plein cœur de la capitale. Ce n’est pas une fouille, c’est une plongée verticale dans le temps.
La fouille est menée conjointement par les archéologues de la Ville de Paris et de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP). Elle a été déclenchée non pas par une découverte fortuite, mais par un projet urbain : d’ici 2028, le parvis de la cathédrale Notre-Dame aura un tout autre visage, végétalisé, doté d’une promenade souterraine et de nouvelles commodités. Mais avant de procéder à un tel aménagement, il faut savoir ce qui se cache sous l’asphalte.
La réponse n’a pas tardé. Dès que la dalle de béton a été retirée en janvier 2026, des murs, potentiellement médiévaux, sont apparus. Résultat immédiat, presque logique pour ceux qui connaissent l’île de la Cité. Mais spectaculaire pour le reste du monde.
Deux mille ans superposés sous vos pieds
Au cœur de l’île de la Cité, les fouilles menées en 2026 livrent un même récit : celui d’un quartier qui concentre, sur quelques centaines de mètres, plus de 2 000 ans d’histoire. Fouiller ces trois sites aujourd’hui permet d’éclairer la fondation de Lutèce à l’époque gallo-romaine et le développement du Paris médiéval, jusqu’à la formation de la métropole contemporaine.
Chaque centimètre de profondeur correspond à une époque différente. L’archéologue et responsable de secteur Hugo Cador le sait bien : sur l’île de la Cité, l’occupation est continue depuis l’Antiquité. Sous le parvis actuel, presque au même niveau que celui des siècles passés, s’empilent les époques moderne, médiévale et peut-être même antique. Il savait donc qu’à cet endroit, des îlots d’habitations simplement nivelés lors des aménagements urbains devaient encore exister.
Ce que ce millefeuille stratigraphique a déjà révélé donne le vertige. Parmi les vestiges mis au jour figure notamment la Maison de la Huchette, un ensemble d’habitations médiévales disparues, connues par les sources anciennes et désormais attestées par l’archéologie. Leur découverte permet de mieux comprendre l’organisation de ce quartier au Moyen Âge et la proximité immédiate entre la vie quotidienne des Parisiens et la cathédrale. Un escalier en pierre conservé dans un état remarquable a également été dégagé. Sa lisibilité et son excellent état de conservation offrent un témoignage rare des circulations et de l’architecture médiévales, donnant presque l’impression de pouvoir emprunter un chemin resté intact à travers les siècles.
Plus bas encore, les couches antiques prennent le relais. Les niveaux les plus anciens remontent au commencement de l’Antiquité, avec la mise au jour de sols d’une demeure du tout début du Ier siècle, à 3,50 mètres de profondeur dans la cave Soufflot, au cœur de la cathédrale. Et pour le Bas-Empire, des vestiges liés à de l’habitat et de l’artisanat, sols et bois incendiés, ont été découverts sous le parvis.
Un sol que personne n’avait le droit de toucher
D’un point de vue archéologique, à l’exception du parvis, c’était un secteur très mal connu. Notre-Dame était considérée comme un monument historique, mais pas comme un gisement archéologique. Ce résumé, livré par Dorothée Chaoui-Derieux, conservatrice en chef du patrimoine à la DRAC Île-de-France, dit beaucoup sur les décennies perdues.
La seule grande campagne de fouilles précédente remonte aux années 1960-1970, motivée non par la curiosité scientifique mais par un projet bien moins romantique : en 1962, le conseil municipal de Paris a décidé d’aménager un parking en sous-sol. Deux ans plus tard, des fouilles préventives sous l’autorité de l’archéologue Michel Fleury ont été menées afin d’exhumer de potentiels vestiges. Le site présente des vestiges archéologiques de l’Antiquité au XIXe siècle, découverts lors de ces fouilles réalisées dans les années 1960-1970. Ces trouvailles sont aujourd’hui visibles dans la crypte archéologique, accessible sous le parvis, un musée que la plupart des touristes ignorent, piétinant sans le savoir des siècles d’histoire.
L’incendie de 2019 a changé la donne. Au lendemain de l’incendie du 15 avril 2019, les archéologues sont intervenus au chevet de la cathédrale. La loi d’exception du 29 juillet 2019 a confié à l’INRAP la responsabilité des interventions d’archéologie préventive. Les équipes ont depuis œuvré sur un programme de diagnostics et fouilles archéologiques, à l’extérieur et l’intérieur de la cathédrale. Le désastre a, malgré lui, ouvert un accès scientifique sans précédent.
L’île de la Cité, grand chantier archéologique de 2026
Le parvis n’est qu’une pièce d’un puzzle bien plus vaste. Des fouilles ont débuté en janvier 2026 sur le parvis de Notre-Dame, d’autres se poursuivent au sein de l’une des cours de l’hôpital Hôtel-Dieu, avant que ne commence, à la rentrée prochaine, la dernière phase du chantier de la cour du Mai au Palais de Justice. Trois sites simultanés, quelques centaines de mètres à vol d’oiseau les uns des autres, fouillés en même temps pour la première fois.
Les découvertes de la cour du Mai, voisine du Palais de Justice, avaient déjà mis la barre haute : la première phase, déroulée d’août à novembre 2025, avait notamment révélé la présence d’une aire funéraire inconnue grâce à la découverte de sépultures antiques et carolingiennes. Une nécropole enfouie sous les dalles d’un tribunal. Paris n’a décidément pas fini de livrer ses morts.
La simultanéité des fouilles de ces trois sites devrait permettre au Pôle archéologique de la Ville de Paris de proposer au public, aux chercheurs et aux riverains une lecture enrichie de l’évolution des quartiers insulaires de la Cité et du quotidien des Parisiens installés au cœur même de la capitale depuis 2 000 ans. Ce qui se joue ici dépasse la cathédrale. C’est le récit de naissance d’une ville entière, couche après couche, que les archéologues sont en train de réécrire, avec une truelle et un tachéomètre laser, avant que le béton ne referme définitivement le sol en 2028.
Sources : paris.fr | tribunechretienne.com