Par

Emma Berard

Publié le

21 août 2026 à 17h44
; mis à jour le 21 août 2026 à 17h58

La boutique jaune a perdu de son éclat. Située rue des Rosiers dans le 4e arrondissement de Paris, reconnaissable à sa célèbre devanture, l’emblématique boulangerie-pâtisserie-traiteur Finkelsztajn a été ravagée par un incendie dans la nuit du 18 août 2026. Aucun blessé n’est à déplorer. Mais si la façade a été relativement épargnée, l’intérieur de la boutique, son mobilier ancien et plusieurs tableaux ont été lourdement endommagés. Pour l’enseigne, c’est autant un commerce qu’une partie du patrimoine du quartier juif historique de Paris qui a été touchée. « On a tout perdu en une nuit, tout notre travail et nos efforts », regrette le responsable de la boutique, interrogé par actu Paris.

Les premières constatations orientent vers un incendie accidentel, sans caractère criminel. Le feu aurait notamment pris au niveau d’un réfrigérateur avant de ravager principalement le rez-de-chaussée. 

« Tout notre travail est parti en fumée »

Pour le responsable de la boutique, la perte est bien plus importante qu’un simple dommage matériel. Une grande partie du mobilier ancien, qui participait à l’identité de l’enseigne, a été détruite par les flammes. Plusieurs tableaux qui faisaient partie du décor historique de l’établissement ont également entièrement brûlé. « Tout le mobilier ancien des années 60 est parti en fumée », déplore le responsable de la boutique. Parmi les œuvres présentes dans la boutique figuraient notamment des tableaux attribués à Philippe de Champaigne et des œuvres liées à Henri Finkelsztajn, fils des fondateurs de l’établissement.

« Pour l’instant, on ne peut pas se permettre de savoir ce qui est récupérable », explique le responsable. Une société spécialisée doit intervenir pour nettoyer les lieux, notamment à l’aide de bicarbonate, puis procéder à une désinfection et une décontamination complètes. Une grande partie de ce qui se trouvait au rez-de-chaussée pourrait être définitivement perdu.

Une boutique intimement liée à l’histoire du quartier

Derrière la devanture jaune se trouve une histoire qui remonte à 1904. La boutique a été ouverte cette année-là par le couple Dora et Itzik Finkelsztajn. Après la Seconde Guerre mondiale, l’établissement rouvre ses portes en 1946, porté par la génération suivante. Henri Finkelsztajn, fils des fondateurs, reprend alors l’enseigne, et dans les années 1980, Sasha Finkelsztajn prend à son tour les commandes de la boutique.

Depuis, l’adresse est devenue une institution du quartier. Boulangerie, pâtisserie et traiteur, elle propose des préparations aussi bien sucrées que salées et s’est fait connaître pour sa cuisine traditionnelle yiddish, inspirée des recettes transmises de génération en génération. « Nous, on est amoureux de notre métier. On fait partie des derniers à faire ce genre de nourriture », insiste le responsable. Cette cuisine représente une véritable transmission pour l’enseigne. « On apportait aux clients des produits que leurs mamans leurs faisaient, des choses que nous sommes peut-être les seuls à faire encore aujourd’hui », poursuit-il. 

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« Les gens viennent retrouver leur madeleine de Proust »

La fermeture intervient en outre à un moment important pour l’établissement. Le mois de septembre et l’approche des fêtes juives de Roch Hachana et de Yom Kippour constituent une période forte pour la boutique. « Ça nous désole pour les gens qui viennent les fêter ici. On ne peut pas les fêter avec eux », regrette le responsable. Au-delà du manque à gagner, c’est aussi la frustration de ne pas pouvoir répondre aux attentes des clients qui pèsent sur la famille. « Notre nom est en jeu, on ne peut pas assurer les fêtes. On voit ça comme une petite défaite », explique-t-il. 

Depuis l’incendie, les messages affluent. Des habitués appellent, écrivent et viennent constater les dégâts devant l’enseigne. Pour le responsable de la boutique, ces témoignages montrent l’attachement qui lie les clients à l’établissement. « Les gens viennent retrouver leur madeleine de Proust », résume-t-il. Dans les rues, les commerçants ne sont pas indifférents. Situé juste en face, le responsable de la librairie Chir Hadach se montre compatissant face à l’incendie : « Nous savons aujourd’hui qu’il s’agit d’un incident, ce n’était pas voulu. Mais ce n’est pas évident pour autant. » 

« On espère rouvrir très prochainement » 

Pour l’heure, impossible de savoir combien de temps les travaux dureront. Le responsable veut toutefois se montrer rassurant : la volonté de rouvrir est intacte. La priorité est désormais de sécuriser et de remettre en état la boutique. « On met tout en œuvre pour rouvrir la boutique rapidement. On fait toutes les démarches nécessaires pour son bon fonctionnement, avec une désinfection totale et une décontamination. » Aucune date n’est cependant avancée. « On espère rouvrir très prochainement. On tiendra nos clients fidèles informés. »  

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