La première version de la carte était un triangle reliant Saint-Denis, Créteil et Versailles. Elle a été élargie pour inclure les cinq « Villes Nouvelles », symboles du développement urbain de la région au 20e siècle, à l’aube du Grand Paris. Dans un effort utopique pour créer des villes autonomes dans les banlieues et ainsi contenir l’étalement urbain, les Villes Nouvelles ont été reliées par les nouveaux RER.
La carte finale du Sentier a la forme d’un trèfle, les trois arcs imbriqués rendant hommage à la fois aux origines celtiques de Paris et à l’architecture gothique médiévale que l’on trouve le long du parcours. Bientôt, l’équipe du Sentier créera des liens entre les sentiers et le cœur de Paris, à Châtelet-Les Halles. On espère que de la signalisation pourra un jour être ajoutée sur les sentiers, malgré les difficultés administratives.
Tout au long de son parcours, le Sentier révèle l’histoire de la culture de la randonnée en croisant d’autres parcours, dont les sentiers de Grande Randonnée (GR) qui traversent la France. « Nous créons une porte ouverte sur les sentiers existants en hommage à la randonnée et à son histoire. La randonnée a été inventée au 19e siècle comme moyen de sortir de la ville industrielle, par des groupes [communautaires] comme « Les Excursionnistes » à Marseille qui se rendaient aux Calanques », explique Denissen.
Les constructeurs du Sentier se sont également inspirés de figures du 20e siècle, comme l’artiste de land art américain Robert Smithson, qui a organisé des visites industrielles guidées à New York, et le collectif Stalker, qui a commencé à explorer les terrains abandonnés autour de Rome dans les années 1990.
Au fil du temps, Paris s’est agrandie et a externalisé ses fonctions : fortifications défensives en temps de guerre, champs agricoles pour l’alimentation, et même la mort lorsque les cimetières ont été déplacés en dehors des limites de la ville. Dans cette optique, le Sentier n’évite pas l’industrie et les infrastructures qui ont fait de la capitale ce qu’elle est aujourd’hui, avec ses autoroutes, le système de canaux de Napoléon, ou encore ses usines.
Il y a une approche philosophique dans le fait d’encourager les promeneur.ses à renouer le lien avec ce qui nous entoure. D’une certaine manière, c’est aussi une démarche politique. « La marche est une façon de prendre soin de ce territoire, de faire prendre conscience des zones naturelles cachées… de réfléchir à la façon de protéger les champs fertiles du méga-développement », explique Denissen.
C’est sous le baron Haussmann, au 19e siècle, que l’urbanisme a intégré une réflexion sur la vie métabolique de la ville : un nouveau système d’égouts canalisait les eaux usées pour fertiliser les champs de la Plaine Saint-Denis, tandis que des aqueducs transportaient l’eau douce depuis des sources éloignées.
Un beau jour de printemps, sur le Sentier, je me suis retrouvée pour la première fois à côté de l’aqueduc de la Vanne, au sud de Paris. Lors de sa conception, l’ingénieur Eugène Belgrand s’est inspiré des anciens aqueducs romains, en créant un conduit en pierre qui canalise l’eau sur plus de 170 kilomètres depuis la Bourgogne.
L’aqueduc traverse le paysage, tout comme les trains qui conduisent les passager.ères en direction de Paris, à travers la banlieue. Mais ce jour-là, je prenais mon temps lorsque je me promenais le long des arches de pierre de ce monument du 19e siècle. Des fleurs et des plantes avaient pris racine à ses côtés : un autre exemple de la façon dont la beauté, l’histoire et l’industrie se mêlent sur ces sentiers.