Jeffrey Cagnes est une célébrité du monde de la pâtisserie. Invité ou juré dans des émissions télé comme Top Chef ou Le meilleur pâtissier, le chef compte près de 650 000 abonnés sur les réseaux sociaux (dont 450 000 sur Instagram) qui se pâment devant ses flans et babas. L’ex-chef pâtissier de Thoumieux (le restaurant de Jean-François Piège) et de Stohrer, la plus ancienne pâtisserie de Paris s’est lancé dans l’entrepreneuriat en 2021 en créant Jeffrey Cagnes Paris. Mais cette maison de pâtisseries, viennoiseries et autres douceurs haut de gamme, développée avec l’aide de l’investisseur Conticini Franchise, connaît un parcours contrarié. Avec ses trois adresses (deux à Paris 2e et 17e et une à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine), elle a été placée en redressement judiciaire en septembre dernier. Elle attire toutefois du beau monde, comme l’Informé l’a appris. Au total, cinq offres ont été formulées, dont quatre s’intéressent avant tout aux emplacements.
La boutique historique de la rue des Moines, dans le 17e arrondissement, fait l’objet d’une offre de 60 000 euros de la part de Maison Louis, qui détient une pâtisserie premium rue Saint-Jacques, à deux pas du Panthéon. L’autre pâtisserie Jeffrey Cagnes Paris, située dans la très touristique et fréquentée rue Montorgueil (2e arrondissement) suscite aussi les convoitises. L’entreprise Josette, qui exploite un salon de thé/coffee shop à Neuilly-sur-Seine, lorgne cette adresse, et propose 75 000 euros. Un autre acteur beaucoup plus imposant est aussi sur les rangs. Il s’agit du groupe agroalimentaire breton Galapagos. Avec près de 140 millions d’euros de chiffre d’affaires, le géant du biscuit (marques Gavottes, Traou Mad, Fossier, etc.) qui a repris Fauchon en 2024 aimerait bien récupérer les deux adresses parisiennes. Via deux offres distinctes, il met 17 191 euros sur la table pour espérer reprendre l’emplacement de la rue Montorgueil (avec 8 salariés repris) et 10 141 euros pour la pâtisserie rue des Moines (avec 2 salariés). L’idée étant d’y accoler les enseignes Fauchon et Maison Arnaud Larher, un autre réseau de pâtisserie chocolaterie.
Le 73 rue Montorgueil est décidément très demandé. Car le groupe japonais de pâtisserie Juccheim, inconnu ici mais réputé dans son pays (il y revendique 150 millions d’euros de chiffre d’affaires) aimerait faire du lieu sa tête de pont – et sa première boutique – en France. Cette entreprise fondée par un Allemand au début du XXe siècle souhaiterait exporter sa recette phare, le gâteau Baumkuchen, et propose pas moins de 700 000 euros – avec la reprise des 12 salariés – pour emporter le morceau et s’établir dans cette artère commerçante.
Le point commun de toutes ces candidatures est un peu dur pour l’ego de Jeffrey Cagnes. Aucune ne veut reprendre sa marque. Elles ne s’intéressent qu’aux emplacements, baux et fonds de commerce. Ce qui rend la cinquième offre plus originale puisqu’elle émane du chef Jeffrey Cagnes lui-même. Actionnaire minoritaire (40 %) de la structure qui porte son nom, et détenteur des marques, il souhaite aujourd’hui reprendre les actifs liés aux deux pâtisseries parisiennes (et 31 des 41 salariés de l’entreprise) pour 30 000 euros, associé à Philippe Schneider, un investisseur alsacien issu d’une famille de pâtissiers, lié à l’entreprise familiale Schneider Emballages. La star de la pâtisserie nous a confirmé ce vendredi vouloir reprendre les rênes de l’entreprise. Cette fois en étant dirigeant, et majoritaire au capital et en droits de vote.
Querelle d’actionnaires autour de la marque
Les marques Jeffrey Cagnes Paris et Jeffrey Cagnes appartiennent au chef du même nom. Mais dans le cadre d’un contrat de licence, Conticini Franchise pouvait utiliser la marque Jeffrey Cagnes, uniquement en lien avec la société Jeffrey Cagnes Paris. Cet accord a été résilié, une décision aujourd’hui contestée par Conticini Franchise, et révélatrice d’une fracture entre les deux associés. Pour les amoureux de la pâtisserie, ce nom est évocateur car il évoque le chef pâtissier Philippe Conticini, qui a fondé la Maison Philippe Conticini Paris avec son associé en affaires Yoav Peretz.