Il est le plus grand passage de Paris, avec ses 190 m de long. Il est sans doute aussi le plus sombre. Aujourd’hui, la verrière est en effet obstruée par un plancher mis en place pour les travaux. Le Conseil de Paris, en débloquant ses subventions, vient de donner le coup d’envoi de la rénovation de la verrière de ce passage ouvert en 1827 entre la rue Saint-Augustin â?? à proximité de l’Opéra â?? et la rue des Petits-Champs, â?? à quelques pas du Palais-Royal. Les commerçants du passage Choiseul n’attendent que cela pour retrouver l’éclat et la lumière.
« En 2002 j’avais déjà passé mon diplôme d’architecte d’intérieur sur ce sujet. C’est dire que le dossier traîne », souligne Raphaël Bouchmousse, le nouveau maître d’Å?uvre de l’opération. « Cela fait même vingt ans que l’on y travaille, affirme pour sa part Jean-Claude Gaillard, bijoutier depuis 1968 dans ce même passage et président du conseil syndical. Ã?a a pris du temps mais maintenant nous avons vraiment un projet de qualité », se réjouit-il.
Ce passage a une histoire riche, notamment de son passé littéraire. « La maman de Louis-Ferdinand Céline était vendeuse d’objets d’antiquité. Verlaine et Baudelaire venaient ici chez leur éditeur Lemerre. Sa restauration pourrait lui redonner son lustre », raconte l’historien, Patrice de Moncan*.
Une rénovation à 740 000 â?¬
Ces dernières années, pas moins de trois architectes se sont lancés sur le projet. Et c’est finalement ce jeune architecte, Raphaël Bouchmousse, 32 ans, lui-même propriétaire dans le passage, qui a réussi à présenter le dossier de rénovation â?? et son budget de 740000 â?¬ â?? qui a obtenu l’unanimité des copropriétaires. « Les passages sont des voies privées. Il faut alors mettre tous les copropriétaires d’accord », souligne-t-il. Avec 80 arcades et autant de petits immeubles, l’affaire n’était pas simpleâ?¦
Il est vrai, ces dernières années, l’affreux filet qui protégeait les passants d’éventuelles chutes de verre était le meilleur argument de cette rénovation, surtout pour ce lieu ponctué désormais de nombreux restaurants aux décors variés et accueillants. Alors que les travaux préparatoires ont imposé la création d’un plancher juste au-dessus de la verrière, c’est l’ensemble du passage qui se trouve privé du soleil. « Au moment de l’arrivée des beaux jours, cela ne fait pas notre affaire », se plaint Frédérique Zawa à l’entrée de son restaurant de pâtes. « Mais, après les travaux, tout va être tellement joli et tellement plus lumineux », se réjouit déjà Pascale, de la Filles aux bas nylon. Les nouvelles vitres sécurisées qui seront installées n’auront plus leurs filets de métal. Et les structures de fer à la façon Eiffel retrouveront tout leur éclat.
Les travaux devaient commencer hier. Le retour de la lumière du jour est prévu pour la fin de l’annéeâ?¦
* Auteur du nouveau « Guide des passages couverts de Paris » et de « Promenades littéraires : les passages couverts de Paris ». Deux livres aux Editions du Mécène.