Par

Arielle Bossuyt

Publié le

23 août 2026 à 8h04

Il fut un temps où l’on entendait résonner les cloches des églises comme un appel à honorer le rendez-vous hebdomadaire du dimanche matin qui rythmait la vie du village. « Il y a 100 ans, chaque église de Vexin-sur-Epte (Eure) avait son curé », souligne Michel Jouyet, maire de la commune.

Aujourd’hui, avec une cérémonie par an, parfois des mariages ou des enterrements, les églises restent bien silencieuses et quelque peu esseulées.

« La pratique religieuse se concentre maintenant dans les plus grandes paroisses comme Fourges, Écos ou Tourny », constate le maire.

Ces derniers foyers du catholicisme de Vexin-sur-Epte sont moins atteints par les affres du temps. Mais dans les villages d’à peine 300 habitants, le déclin de la pratique religieuse est criant et les églises en pâtissent.

« Nous sommes attachés au patrimoine et notamment aux églises, mais cela a un coût », souligne le premier édile.

En effet, les murs des églises portent les stigmates des décennies passées : fissures, moisissures, infiltrations… et le coût des travaux de restauration pèse lourd dans le budget des communes rurales.

église de Dampsmesnil
L’église de Dampsmesnil doit aussi bénéficier de travaux. ©Le Démocrate Vernonnais

Pour corser les choses, Vexin-sur-Epte, commune regroupant quatorze villages, possède également 14 édifices religieux. La moitié se trouve dans un état préoccupant.

Des églises dans un état préoccupant

« Nous avons sept églises faisant l’objet d’une attention particulière de la Drac (Direction régionale des affaires culturelles) car elles présentent d’importantes pathologies. »

Michel Jouyet, maire de Vexin-sur-Epte

Parmi elles, celles de Forêt-la-Folie, de Fours-en-Vexin, de Guitry, de Dampsmesnil, et la plus préoccupante, l’église de Berthenonville.

L’édifice est fermé au public depuis 2014 pour des raisons de sécurité.

« La façade menace de s’effondrer »

« La façade occidentale commençait à pencher en avant et menaçait de s’effondrer. Des étais ont été installés en urgence pour protéger l’édifice. Il y a eu également des chutes de pierres qui ont nécessité la mise en place d’un filet de protection. »

Pascal Hémet, référent de Berthenonville
Pascal Hémet, référent de Berthenonville et Michel Jouyet, maire de Vexin-sur-Epte devant l'église de Berthenonville, fermée au public depuis 2014 pour des raisons de sécurité.
Pascal Hémet, référent de Berthenonville et Michel Jouyet, maire de Vexin-sur-Epte (Eure) devant l’église de Berthenonville, fermée au public depuis 2014 pour des raisons de sécurité. ©Le Démocrate Vernonnais

Perchée sur les hauteurs du village, l’église se dresse comme sa gardienne.

Pour la protéger en retour, des habitants ont formé une association en 2016, Les Amis de l’église de Berthenonville, en lien avec la Fondation du patrimoine.

À l’occasion du festival Pierres en lumières, ils organisent notamment des visites de l’église à la tombée de la nuit dans la limite du possible (derrière des barrières de sécurité). « Pour certains habitants, c’était la première fois qu’ils voyaient l’église », confie Pascal Hémet.

église de Berthenonville
Des étais ont été installés dans l’église de Berthenonville dont la façade occidentale menaçait de s’effondrer.  ©Le Démocrate Vernonnais

Derrière ces actions culturelles, il y a une volonté de créer une dynamique autour de l’église.

« Berthenonville est notre priorité. Ne serait-ce que pour l’ouvrir au public, le coût du chantier est estimé à 470 000 euros. Nous pouvons prétendre à des aides de la Drac à hauteur de 25 %, du Département à hauteur de 10 % et grappiller 12 000 euros collectés par la Fondation du patrimoine et les Amis de l’église de Berthenonville. Le reste à charge de la commune s’élèvera à 244 000 euros. »

Michel Jouyet, maire de Vexin-sur-Epte

Pour l’heure, la municipalité doit attendre la validation de la Drac qui ne devrait pas arriver avant 2028, soit dix ans après la première sollicitation de la commune qui avait été rejetée.

église de Berhenonville
Des chutes de pierres avaient été signalées en 2014. ©Le Démocrate Vernonnais

À quelques kilomètres de là, l’église de Dampsmesnil est elle aussi au cœur des préoccupations. Ses murs sont grignotés par le temps, les fissures se dessinent et s’allongent, le bois craque et les statues, présentes à l’entrée, font grise mine.

Il est loin le temps où l’église vivait au rythme des messes et des célébrations. Pour rénover l’édifice, la commune va devoir mettre la main à la poche. « Nous serons dans les mêmes coûts que pour l’église de Berthenonville », indique Michel Jouyet.

Un million d’euros déboursés en dix ans

À cela s’ajoutent les investissements déjà réalisés pour les autres églises du territoire.

« Nous avons traité les églises de Guitry, de Panilleuse, de Fours-en-Vexin (pour son porche classé) et de Tourny qui a été un gros chantier mais aussi une grande fierté. Le reste à charge pour la commune s’est élevé à 240 000 euros. »

Michel Jouyet, maire de Vexin-sur-Epte

Sans parler des travaux d’entretien d’autres lieux de culte mieux conservés à l’instar de l’église de Civières, « un vrai petit bijou du patrimoine« .

« Elle était très bien entretenue par les précédents maires, dont certains étaient de confession catholique et avaient donc à cœur de préserver l’église », confie Michel Jouyet.

Au final, en dix ans, la commune a déjà déboursé presque un million d’euros pour la restauration des églises. Pour le prochain mandat, les frais ne sont pas terminés.

« Ce que nous déboursons pour les églises, nous ne l’investissons pas ailleurs », prévient Michel Jouyet.

En parallèle, une période de vaches maigres semble débuter en termes de dotations dans un contexte économique tendu, ce qui pousse les communes à envisager différents scénarios : appel aux dons, au mécénat.

La question est de savoir : à qui profiteront ces travaux ?

« Nous voulons bien investir mais il faut que ça serve à quelque chose et pas seulement pour une célébration à l’année. À défaut d’une pratique religieuse, nous devons miser sur les projets culturels. C’est pour cela que nous avons lancé l’opération Ouvrons nos églises. »

Michel Jouyet, maire de Vexin-sur-EptePolémique autour d’un concert de rock

Lancée en 2025, la première édition proposait notamment des rendez-vous culturels au sein des églises, dont un spectacle de marionnettes, une exposition et un concert de rock dans l’église de Dampsmesnil qui avait provoqué une « mini-crise ». En effet, des militants avaient dénoncé cette action culturelle estimant que « transformer les églises en lieux de divertissement était une infamie » voire « un acte de profanation ».

Pourtant, l’église de Dampsmesnil n’avait jamais connu une telle fréquentation depuis un long moment lors de ces concerts. Près d’une centaine de personnes étaient venues profiter de l’événement, (re) découvrant au passage l’édifice. Pour rappel, les institutions religieuses avaient autorisé la tenue de ces manifestations culturelles.

Vers la désacralisation d’une église ?

« Il faut amener de la fraîcheur à nos églises. Mieux vaut qu’une église vive via des manifestations culturelles plutôt qu’elle reste fermée. »

Michel Jouyet, maire de Vexin-sur-Epte

Dans cette même veine, à l’occasion de la seconde opération Ouvrons nos églises, des concerts de reprises des Beatles et des Rolling Stones seront organisés en l’église de Dampsmesnil en septembre.

À terme, le maire espère demander la désacralisation d’une des 14 églises de la commune afin d’avoir plus de liberté quant à sa préservation.

« Nous ferons face »

Une chose est sûre, malgré les difficultés à trouver les financements, la municipalité est bien déterminée à remettre les églises au milieu des villages et à leur assurer un avenir, qu’il soit cultuel ou culturel.

« La France est une terre chrétienne, donc il est hors de question de voir disparaître nos églises. Nous devons trouver des solutions. Nous faisons et nous ferons face. »

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