Par

Lucile Ferrand

Publié le

25 août 2026 à 6h26

Sous la roche d’Orbec (Calvados), la chaleur s’infiltre désormais bien trop tôt. Dernière carrière en activité dans le Calvados et exploitée depuis 1930, le site du « Champignon d’Orbec » fait face à des températures inédites qui plombent la production de champignons. Pour maintenir son activité artisanale sans assommer ses clients, la champignonnière de Stéphanie et Olivier Perrel s’adapte pour sauver son activité. L’Éveil de Pont-Audemer est allé sur leur stand vendredi 21 août sur le marché de Pont-Audemer (Eure).

Une chaleur inédite sous terre

Le fonctionnement de la carrière dépend directement de la météo extérieure. Comme l’explique la productrice Stéphanie, «  une petite hausse de 0,5 °C sous terre équivaut à un choc de 10 °C dehors « . Habituellement, la chaleur du printemps s’infiltre doucement et se conserve jusqu’en décembre, ce qui permet de maintenir la cave entre 13 et 15 °C. Mais depuis deux ans, «  la chaleur s’infiltre beaucoup trop tôt et le thermomètre atteint 16 °C  ».

Un vrai problème pour la culture, car «  pour se développer, le champignon a besoin de chaleur, d’air et surtout d’humidité  ». Avec la sécheresse, cette dernière est au plus bas. Cet été, la production a ainsi chuté de 30 à 40 %, donnant «  des champignons moins fermes, très ouverts, semblables à des portobellos  ».

«  Depuis 1930 que l’exploitation existe, on n’a jamais vécu ça, insiste Stéphanie. Normalement, le plus gros de notre production s’étale de septembre à mai. Aujourd’hui, c’est du 1er octobre au mois de mars, ce qui réduit énormément notre temps d’exploitation.  »

Le constat est tout aussi amer à la cressonnière, où le compost de champignons sert d’engrais. Là encore, les fortes chaleurs décalent la récolte et font sauter six semaines de production. «  Et qui dit production en moins, dit chiffre d’affaires en moins  », tranche la productrice.

Réagir et s’adapter

Pas question pour autant d’installer de la climatisation ou un arrosage automatique. L’entreprise tient à rester 100 % artisanale avec sa récolte manuelle d’une tonne par semaine, bien loin des 40 tonnes en deux jours du secteur industriel.

La productrice refuse également de répercuter ses coûts sur les clients ou de jeter la marchandise. «  Un coût de production reste un coût de production, on ne peut pas tout le temps taper sur le consommateur, explique-t-elle. Quand il y a des champignons qui sont moches ou qu’on a de grosses productions, je baisse le prix pour que les gens puissent en consommer et en congeler. Je ne mets jamais à la poubelle !  »

Alors que la consommation française de champignons chute de moitié l’été, l’ouverture au tourisme s’est imposée pour équilibrer les comptes. Les visites guidées permettent de faire tourner le site et de compenser ce creux d’activité. «  Mon mari fait la visite sous plusieurs angles, explique-t-elle. La culture du champignon, la géologie de la roche, mais aussi l’histoire, puisque la cave a servi de refuge pendant la guerre à l’été 1944. Ça nous permet de compenser et de continuer à vivre.  »

Pour en savoir plus et visiter la carrière : https://lechampignondorbec.fr/. Chemin de la côte Blanche 14290 La Vespière-Friardel.

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