Mon Frère est né d’un désir ancien, mais longtemps contenu : celui de donner la parole – la vraie, la pleine – à Christian, le frère du metteur en scène. Sourd de naissance, il a grandi dans un monde qui parle fort mais écoute peu et qui, par incompréhension, par manque de connaissance et par peur, l’a beaucoup effacé.

François Gremaud : “Je voudrais ce spectacle comme une justice rendue à mon frère. De fait, la moindre des choses. Je rêve de voir Christian comme un personnage de théâtre. Un lointain descendant d’Antigone qui n’a d’autre choix que de se tenir debout devant l’injustice. Un héros du quotidien, cousin de toutes ces personnes issues de minorités qui n’ont d’autre choix – et aujourd’hui encore moins que jamais – que de résister. Et qui nous prouvent que cela est possible. Mais je voudrais aussi ce spectacle joyeux. À l’image de mon frère qui, malgré les innombrables et quotidiennes difficultés, n’a jamais perdu sa si belle « vivacité ».”

François Gremaud ouvre un espace où voir, entendre, penser et être ensemble autrement devient possible. Pas seulement pour parler de résistance, mais pour la vivre en acte : dans la forme, dans le rythme, dans la manière d’être là. Apprendre à signer, par exemple, quelques mots que certains politiques voudraient invisibiliser ou interdire, c’est un acte poétique et politique, qui fait écho à d’autres luttes contre les formes d’oppression et d’invisibilisation. L’interdiction de la Langue des Signes pendant plus d’un siècle rappelle d’autres tentatives d’éradication de cultures minoritaires.