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28 nov. 2025 à 6h46
C’est un petit immeuble situé à deux pas de la Bourse et du Palais Royal. Les touristes et cols blancs passent souvent devant pour se rendre dans les boutiques de luxe et les restaurants haut de gamme. Pourtant, au septième étage du 21 de la rue Vivienne à Paris, on était loin de l’ambiance cossue du quartier. Un appartement cachait un réseau de trafic de crack, ce petit caillou de cocaïne durcie qui fait des ravages dans toute la capitale. La production de drogue alimentait le quartier des Halles, gangréné par la délinquance ces derniers mois. Ce jeudi 27 novembre 2025, trois hommes doivent répondre devant le tribunal correctionnel.
Cuisine, investissement et livraison
Les trois compères ont été l’objet d’une enquête minutieuse. Les policiers du commissariat de Paris Centre ont épluché pendant des mois la téléphonie de Billy M., Karim A. et Bruno G.. De ce qu’il ressort des investigations, le premier cuisinait de la cocaïne et livrait le crack dans les parkings de la Bourse et sous les Halles. Le second « investissait » dans la cocaïne et vendait aussi. Le troisième, quant à lui, aurait joué les bras droits pour le premier. Tous sont des consommateurs de longue date.
Tout ce petit monde avait trouvé comme point de chute le 21 de la rue Vivienne. Le propriétaire bienveillant, « Jimmy », se droguait à l’œil en échange de ces quatre murs jouxtant les locaux de l’Autorité des marchés financiers. Une pléthore de toxicomanes faisaient des allers-retours incessants pour faire le plein de galettes. Le ballet prend fin après le placement en garde à vue du trio mi-septembre. Le bailleur consommateur, interpellé lui-aussi, devait aussi comparaître libre ce jeudi, mais ne s’est pas présenté devant la 23e chambre.
Dans le box, le trio ne semble pas bien comprendre la gravité de leur situation. Les sourires sont de mise, à la grande colère de la procureure. Les rictus se changent en rires gras lorsque la présidente évoque les rapports sexuels qu’entretenaient les prévenus avec des femmes toxicomanes. À l’évocation des mots « partouze » et « fellation » lus par la présidente, ils s’esclaffent comme des collégiens. « Moi ça ne fait absolument pas rire ! Surtout au vu des peines encourues », s’énerve la présidente.
« Des fois, on dépannait les gens »
Soupçonné d’être la tête pensante de ce réseau, Billy M., alias « le B », réfute avoir voulu jouer les trafiquants. « On achetait de la drogue à plusieurs pour que ça nous revienne moins cher. On la transformait en crack. Il allait dans nos poches pour nos consommations personnelles. Des fois, on dépannait », assure le prévenu de sa voix rocailleuse. Ce cuisinier de « cailloux » autodidacte affirme vouloir venir en aide aux gens qui lui demandent. De quoi faire bondir le ministère public. « Vous pensez que vous leur rendez service ? », lui lance la procureure.
« Je suis pas addictologue moi », offre pour toute réponse le prévenu.
Malheureusement, les écoutes sont têtues et la présidente lui sort des extraits où il parle de vente avec une consommatrice, qui lui propose un « billet bleu ». « On peut pas dire que c’est du dépannage », fait remarquer la magistrate.
« Si c’était de la vente, je ne serai pas indigent en prison », s’énerve l’intéressé, qui vit d’adresses en adresses chez des consommateurs tolérants.
« On vous reproche d’avoir vendu du poison monsieur, on s’en fiche si vous avez fait fortune », lui rétorque la juge.
Son compère, Karim A., est aussi dans l’euphémisme. Cet ancien informaticien de 61 ans a plongé dans la drogue depuis plus de 20 ans. Il affirme aussi avoir investi pour sa propre consommation personnelle. Tout juste, reconnaît-il une vente « pour dépanner ». À la juge, il affirme que la détention provisoire a fait l’effet d’une météorite. « J’ai la ferme intention d’arrêter cette merde. Il suffit de me regarder dans les yeux », lâche-t-il à la juge.
« Ça ne va pas me suffire. Je n’en suis plus là », soupire la présidente.
Le troisième prévenu est encore moins bavard. Lorsqu’il parle, ses deux camarades de box tentent de lui souffler les réponses. Lorsque la juge lui demande ce que signifie ce message envoyé au « B », « on va tout vendre au kilo, on va tout niquer », les chuchotements reprennent. « Je vais vous faire sortir ! », s’emporte la magistrate devenue maitresse d’école.
« Il dit rendre service. Il vend de la mort »
Pour la procureure, le fonctionnement protéiforme du trio, mêlant consommation, production et vente, est « caractéristique du trafic de crack ». « On est sur un produit stupéfiant qui fait des ravages sur la capitale », fustige la magistrate. Elle demande quatre ans de prison ferme pour Karim A. et Bruno D.. Cinq ans pour Billy M.. «Il dit rendre service. Il vend de la mort », lance la procureure au cuisinier. Dans le box, on ne sourit plus.
À l’inverse, les avocats ont mis en avant le parcours cabossé de ces trois hommes aux casiers judiciaires bien chargés. « Il consomme 500 euros par semaine. C’est énorme pour une drogue qui est particulièrement mortifère », développe l’avocate de Karim A.. «On essaie de le faire passer pour le deus ex machina d’une série type breaking bad où il serait le cuistot de tous les dealers de crack de la région », s’énerve l’avocat de Billy M..
Finalement, le tribunal a la main moins lourde. Il condamne Karim A. et Billy M. à la même peine : trois ans de prison dont une année avec sursis probatoire comprenant une obligation de soins et nue interdiction de paraître à Paris. Quant à Bruno D., il écope de deux ans de prison dont 10 mois avec sursis. Tous retournent en prison.
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