Matériaux bruts, monochromie, géométrie, sérialité… L’exposition qui court en ce moment à la Bourse de commerce, à Paris, s’intéresse au minimalisme. Comment capter le spectateur avec le moins de moyens possible ? Le regard d’Ariane Nicolas, qui s’y est rendue.

 

« Après l’arte povera en 2024, la Bourse de commerce met à l’honneur un autre mouvement artistique important du XXe siècle, le minimalisme. Constitué en grande partie d’œuvres issues de la Collection Pinault, le parcours de l’exposition “Minimal” est moins un panorama exhaustif qu’une exploration thématique de ce courant, articulée autour de sept sections : Lumière, Équilibre, Surface, Grille, Monochrome, Matérialisme, Mono-ha (“école des choses”, en japonais).

 

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Agnès Martin en majesté

Dès l’entrée, des toiles blanches de Robert Ryman accueillent le visiteur, cédant plus loin la place à cinq sculptures magistrales de Meg Webster, disposées dans la rotonde. L’artiste, figure du land art, a spécialement conçu ces œuvres à partir de matériaux naturels – un long mur de cire incurvé, un cône de sel haut comme nous, une impeccable sphère de terre rouge disposée au sol – ce qui est assez novateur, pour du minimalisme.

“Minimal signifie la plus grande économie pour atteindre la plus grande fin”, déclarait Carl Andre, pionnier du genre, absent des lieux car devenu persona non grata depuis la mort suspecte de sa femme, Ana Mendieta, en 1985. De nombreuses femmes sont d’ailleurs exposées, comme pour conjurer cette disparition, à commencer par Agnès Martin, star de la peinture abstraite aux toiles si délicates, et Lygia Pape, artiste brésilienne dont les installations en fils de cuivre tissent magiquement l’espace. 

Laisser la matière parler

Le minimalisme, né dans les années 1960, rompait avec l’expressionnisme abstrait : matériaux bruts, monochromie, géométrie, sérialité, l’idée était de transformer le regard à travers une approche littérale de la matière. L’effet produit est étonnant, puisque l’on se surprend à apprécier ces œuvres sans les recouvrir d’un tas de discours – le minimalisme se distingue en cela de l’art conceptuel.

Le néon rouge de Dan Flavin, par exemple, fixé de biais contre un mur, nous fait voir la lumière comme pour la première fois de notre vie. Les deux vasques noires remplies d’eau à ras bord, imaginées par Nobuo Sekine, nous font quant à elles ressentir charnellement la pesanteur d’un corps. Une sensualité inédite naît de l’épure. Le pouvoir de l’art mis à nu ! »

 

« Minimal », exposition à la Bourse de commerce, à Paris. Jusqu’au 19 janvier 2026. Tarifs entre 10 et 15 euros. Infos pratiques.