Par

Mélissa Prou

Publié le

24 juil. 2026 à 19h22

« Je vais partir d’un constat simple : Vernon est aujourd’hui plus sûre qu’il y a environ une douzaine d’années. En 2014 (année à laquelle Sébastien Lecornu a été élu maire après un mandat de Philippe Nguyen Thanh, Ndlr) notre ville enregistrait près de 2 000 faits de délinquance par an. Aujourd’hui, nous sommes autour de 1 300 faits. Ce qui représente globalement une baisse de 35 % des faits et Vernon se situe désormais légèrement en-dessous de la moyenne nationale des villes de la même strate », s’est réjoui François Ouzilleau, maire de Vernon (Eure), en ouverture de la séance plénière du conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD), vendredi 10 juillet 2026. 
Ce conseil réunit tous ses acteurs, polices nationale et municipale, préfecture, procureur de la République, Département de l’Eure ou encore pompiers, une fois par an pour dresser le bilan de la délinquance à Vernon. Un bilan pour l’année écoulée, de juin 2025 à début juillet 2026, plutôt positif.

« Ces résultats évidemment sont le fruit d’un travail collectif mené par les polices nationale et municipale, la justice, les services de l’État, l’Éducation nationale, le Département, les associations et les différents services de nos collectivités. Évidemment, je veux remercier l’ensemble des partenaires qui contribuent chaque jour à la sécurité des Vernonnaises et des Vernonnais », a poursuivi le premier édile, avant de laisser la parole aux différents acteurs. 

Tous ont évoqué les sujets majeurs qui concernent la délinquance à Vernon : le trafic de stupéfiants, les violences intrafamiliales et la prévention de la délinquance dès le plus jeune âge.

Lutte contre le narcotrafic

« Je ne veux plus jamais entendre parler de drogues douces. La lutte contre le narcotrafic est notre priorité numéro un », a d’ailleurs martelé Xavier Delarue, préfet de l’Eure fraîchement en poste puisqu’arrivé dans le département le 6 mai dernier.

conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance vernon 10 juillet 2026 xavier delarue préfet
Xavier Delarue, préfet de l’Eure, a participé à son premier CLSPD. ©Le Démocrate vernonnais

L’année écoulée, ce ne sont pas moins de 20 000 dépistages de stupéfiants qui ont été réalisés lors de contrôles sur les routes de l’Eure avec 5 000 résultats positifs.

« Le narcotrafic a gagné beaucoup de terrain sur le territoire national. Il n’y a pas un village en France où on ne peut pas se procurer facilement de produits stupéfiants », a souligné de son côté Rémi Coutin, procureur de la République d’Évreux.

Ne rien laisser passer

Avec les services de police et de gendarmerie, ils ont donc décidé de ne rien laisser passer : « Il n’y a pas une semaine sans une vaste opération d’interpellation ici ou là, avec des auteurs jugés dans le cadre de comparutions immédiates. Avec des peines parfois très lourdes et surtout beaucoup de confiscations de biens. »

Un point de deal identifié aux Valmeux a fait l’objet de nombreuses opérations menées par les équipes de la police nationale, appuyée par la police municipale.

En mars, une « nourrice », appartement qui sert de point de stockage de la marchandise, a été identifiée et ce sont 3,5 kg de produits stupéfiants qui ont été retrouvés sur place (lire encadré ci-contre). 

Caméras de vidéoprotection

Pour travailler sérieusement, les forces de l’ordre peuvent également s’appuyer sur un « outil efficace » : les caméras de vidéoprotection.

Utiles dans le cadre de la lutte contre les stupéfiants, elles servent aussi à la police lorsqu’elle doit faire face aux phénomènes de violences urbaines.

« Cette année, ces violences urbaines sont en baisse. Il n’y a pas toujours d’explication mais il y a eu la mise en place d’une caméra dans le quartier des Valmeux, à un endroit qui a été étudié de manière stratégique avec la police municipale, et, depuis, je m’aperçois que les violences urbaines ont été déplacées ou ont diminué », analyse le commandant Stéphane Pairin, qui dirige le commissariat de Vernon. 

Violences sexuelles et intrafamiliales

Sans oublier les formes de délinquance « moins visibles », notamment les violences sexistes, sexuelles et intrafamiliales, contre lesquelles luttent également tous les acteurs. « Elles doivent être au cœur de nos priorités », insiste Rémi Coutin.

Après le retentissement national de l’affaire Lyhanna, le parquet d’Évreux a identifié pas moins de 911 procédures en cours qui méritaient d’être étudiées. En moyenne, un enfant sur dix est victime d’inceste en France.

« En trois semaines, ces 900 dossiers ont été passés en revue et nous avons ouvert de nombreuses informations judiciaires », a indiqué le procureur.

En chiffres

À Vernon, les différents acteurs de la sphère judiciaire peuvent se féliciter du bilan de la délinquance dressé en 2026. Sur plusieurs volets, les chiffres sont en baisse : 
• Atteinte aux biens : 240 en 2025 contre 133 en 2026.
• Vols par effraction : 33 en 2025 contre 31 en 2026. 
• Dégradations : 44 en 2025 contre 42 en 2026.
• Atteintes aux personnes : 218 en 2025 contre 209 en 2026.
• Détention d’armes : 8 entre 2025 contre 7 en 2026.
Du côté des faits constatés, les chiffres sont à nuancer. S’ils sont en augmentation de 23 % entre 2025 et 2026, plusieurs catégories ont été rajoutées (refus d’obtempérer, défaut de permis et défaut d’assurance) et expliquent donc que l’on passe de 815 à 1 007 faits d’une année à l’autre. La part des mineurs impliqués dans ces faits reste stable, avec 3 %. Enfin, sur une note plus positive, le taux d’élucidation sur les faits constatés est de 53 % à Vernon (de 316 à 338 entre 2025 et 2026), soit environ un fait sur deux. 
Dans d’autres domaines, les chiffres sont en hausse : 
• Coups et blessures volontaires : 96 en 2025 contre 101 en 2026.
• Vols avec violence sans arme : 5 en 2025 contre 11 en 2026.
• Violences conjugales : 36 en 2025 contre 45 en 2026.
Le volet du narcotrafic n’échappe pas à la hausse, de 134 faits en 2024, on passe à 160 en 2025 puis 189 en 2026.  » Les infractions concernent le port d’armes ou le recel mais surtout l’usage de produits stupéfiants. Le ministère et le préfet nous ont demandé d’harceler les points de deal et les consommateurs « , souligne le commandant Pairin. En mars, une  » nourrice « , appartement qui sert de point de stockage de la marchandise, a notamment été identifiée et ce sont 3,5 kg de produits stupéfiants qui ont été retrouvés sur place.

Le constat est sans appel : le nombre d’affaires est en hausse. Une question se pose alors : les faits sont-ils plus nombreux ou l’augmentation des plaintes est-elle liée à la libération de la parole sur le sujet ?

« Je veux quand même croire qu’on est sur une libération de la parole ces dernières années qui facilite aussi l’augmentation du nombre de procédures, mais il y a quand même toujours une culture de la sphère de la violence qui est éminemment problématique et contre laquelle le parquet ne pourrait pas grand-chose, les policiers et gendarmes non plus, si l’on n’est pas beaucoup sur le volet prévention », a détaillé Rémi Coutin.

Libération de la parole

Une libération de la parole qui permet notamment aux policiers d’agir davantage en cas de violences conjugales.

En plus de la libération de la parole des femmes, les voisins interviennent aussi ce qui fait qu’on ne rate presque rien. Si des cris nous sont signalés, on intervient et on place l’auteur systématiquement en garde à vue.

Stéphane Pairin, commandant du commissariat de Vernon.

Ce dernier a profité de l’évocation du sujet pour revenir sur le « profil type » des victimes : « C’est une femme, avec l’auteur qui est un homme généralement. Les faits se déroulent le soir, sur fond d’alcool, avec des enfants entre les deux. » 

conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance vernon 10 juillet 2026 ouzilleau
Le CLSPD se réunit en session plénière une fois par an. ©Le Démocrate vernonnais

En lien avec cette thématique, le Département de l’Eure a développé, avec un financement  conjoint avec l’État, un dispositif d’intervenant social en commissariat de police et en gendarmerie.

« Demandez Angela »

« Depuis le début de l’année, la police a sollicité l’ISCG (Intervenants sociaux en commissariat et gendarmerie) à 75 reprises. L’ISCG a réalisé 38 entretiens qui sont majoritairement l’accueil et la réorientation des victimes (logement, mise en sécurité, ouverture de droits…) », détaille Xavier Hubert, vice-président du Département de l’Eure en charge de la sécurité et de la prévention de la délinquance.

Le milieu associatif est également un acteur majeur pour la prévention. « Nous souhaitons mettre en place un plan de lutte contre les violences sexistes et sexuelles. À la rentrée, les agents de l’agglomération et de la ville bénéficieront d’un parcours dédié en lien avec l’association les Enfants de Tamar (association vernonnaise qui aide les victimes de violences sexuelles, notamment les mineurs, Ndlr) », a annoncé François Ouzilleau.

Ce dernier a également évoqué la mise en place du système d’alerte « Demandez Angela » afin de sécuriser les victimes dans l’espace public.

Inspiré d’une initiative britannique, ce dispositif identifie un réseau de lieux sûrs (restaurants, bars, commerces…) où une victime de harcèlement de rue peut se réfugier et demander « Angela ».

Les commerçants engagés ont ensuite pour mission de placer la victime dans un endroit isolé et d’appeler un taxi, un proche ou les forces de l’ordre en fonction de la situation.

Finalement, si Vernon n’est pas une ville si problématique en termes de sécurité, les réunions plénières du CLSPD permettent de discuter et de trouver des solutions ensemble.

« Il faut agir plus tôt, plus vite et plus simplement ensemble », a souligné François Ouzilleau. En conclusion, tous affichent les mêmes priorités : la prévention, la protection et l’action rapide. 

Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.