Par
Publié le
27 juil. 2026 à 7h04
Émilie, Sophie et Fabiola pensaient avoir trouvé la perle rare. Un bien immobilier avec une pièce en plus pour accueillir le petit dernier, à proximité de la future ligne 15 et de Paris. Au cœur du tout nouveau quartier des Ardoines à Vitry-sur-Seine la déconvenue est grande depuis que plane au-dessus des quelque 8 000 logements, le spectre d’un incinérateur. Pour nos interlocutrices rencontrées mardi 21 juillet 2026, le projet Thermo-sur-Seine, s’il voit le jour, signera leur départ de la commune. Et leur cas n’est pas isolé. Comme elles, d’autres propriétaires de Vitry amorcent un mouvement, affirme à actu Paris un agent immobilier du secteur.
« Personne ne nous a jamais parlé du projet »
Quitter un appartement en location pour enfin devenir propriétaire. En janvier 2025, Émilie et son conjoint se sont installés rue André-Léo. Pour le couple venu de Choisy-le-Roi, c’est une aubaine : ils vont pouvoir agrandir leur famille dans un 70 m2, acheté 345 000 euros. Un bien en dessous des prix du marché si l’on se fie au prix moyen du m2 constaté par meilleursagents.com, plateforme spécialisée dans l’immobilier.
Mais un an plus tard, ils déchantent. Surgit le projet Thermo-sur-Seine, une centrale de chauffage par incinération. Prévu à 3 km de chez eux, à l’horizon 2031. « Personne ne nous a jamais parlé du projet, déplore Émilie. Puis lors de la campagne municipale, rien n’était très clair, on ne savait pas s’il s’agissait d’un incinérateur, d’une chaufferie ni même quelles étaient les différences entre les deux. »
La surprise a laissé place à l’inquiétude face au manque de transparence. En vacances lors de la première réunion publique organisée par Vitry, la jeune maman compte s’engager auprès des associations qui luttent contre le projet. Et si le projet voit le jour, la famille déménagera.

Allées vertes et fleuries, le site vise la labellisation ÉcoQuartier. Le projet, initié en 2012 et amorcé concrètement en 2021, est situé sur un site en friche fortement pollué et soumis au risque inondation. (©MAM / actu Paris)« Ils feront bien ce qu’ils veulent »
Idem pour Sophie. Propriétaire depuis seulement deux ans d’un pavillon rue des Ardoines, la trentenaire pense déjà à partir. Une consultation citoyenne est prévue en décembre afin que les Vitriots donnent leur avis mais l’ancienne habitante d’Alfortville est fataliste : « Quel que soit le résultat, ils feront bien ce qu’ils veulent. »
Entre le plus grand incinérateur d’Europe situé à quelques km de sa maison et la chaufferie à venir, Sophie projette de fuir l’Île-de-France avant que Thermo-sur-Seine ne sorte de terre. Pourtant elle aussi avait décroché la timbale : une maison de 100 m2 dotée d’un jardin de 300 m2 pour 465 000 euros.
« Je ne suis pas inquiète pour la revente ni pour la valeur de notre maison, balaie-t-elle. Le Val-de-Marne a la cote et la proximité de Vitry avec le métro reste un atout considérable. »

Sur les palissades du quartier encore en construction, le maire PCF de Vitry est interpellé. (©MAM / actu Paris)
Fabiola promène en landau son petit Lucas âgé d’un mois dans les allées du quartier Descartes. La jeune maman n’était pas au courant des ambitions de Dalkia. Mais l’idée d’une centrale de production de chaleur par combustion ne l’emballe guère. Elle se promet de se renseigner. Quant à Chen, croisée à quelques mètres de la gare RER Les Ardoines, elle a vaguement entendu parler du projet. « Mais 2031 c’est loin, je serai sûrement déjà partie. Nous louons ici le temps que notre appartement se construise dans les Hauts-de-Seine », admet-elle.
« Les potentiels clients ne sont pas au courant »
« Nous n’observons pas de ralentissement des ventes dans le nouveau quartier des Ardoines, livre à actu Paris Jérôme*, agent immobilier dans le centre-ville. « Les potentiels clients ne sont pas au courant du projet et ceux qui le sont, sont encore dans le flou », nous éclaire-t-il.
En revanche, nombreux sont les propriétaires à réaliser des estimations de leur bien. « Ils songent à partir, inquiets d’une décote, des nuisances sonores, visuelles et de la pollution que l’incinérateur pourrait provoquer », liste le professionnel. Pour autant, les transactions se poursuivent et le marché reste dynamique dans la plus grande ville du Val-de-Marne et l’une des plus abordables comparée au Kremlin-Bicêtre, Villejuif ou Alfortville. Interrogé, le maire n’a pas pu répondre à nos sollicitations.
État des lieux, émissions sous surveillance et démocratie locale
« (Des) mesures seront prises directement sur les lieux de vie des habitants, (et) vont s’étaler sur toute la durée du projet. La 1ère campagne vise à établir un « état 0 » de la situation sanitaire du territoire. Une quinzaine de mesures ont déjà été effectuées à Vitry et Alfortville. L’ensemble des résultats sera disponible en ligne au moment de la concertation », indique la Semop (Société d’économie mixte à opération unique) associant la Ville de Paris, la Banque des Territoires et l’opérateur économique, constitué par le Groupement Dalkia, Eiffage et RATP Solutions Ville à actu Paris.
« Lorsque la chaufferie sera mise en service, les émissions atmosphériques feront l’objet d’un contrôle strict, continu et indépendant, sous l’autorité des services de l’État. Les résultats des mesures seront, là aussi, consultables en open data, promet-elle. Enfin, un comité citoyen de suivi sera mis en place, notamment sur les sujets sanitaires et environnementaux, en cohérence avec la « culture » de démocratie participative locale. »
Durant tout l’été, des cahiers de concertation sont à la disposition des Vitriots à l’hôtel de ville et dans les quartiers pour leur permettre d’y consigner leur avis ou de poser leurs questions. Un site Internet conçu par la commune recense toute la documentation et le calendrier du projet. Prochaine étape : la concertation nationale qui débutera le 1er septembre.
*Le prénom a été modifié
Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.