À la suite des annonces d’Emmanuel Macron sur la transformation du musée du Louvre, Ariel Weil, le maire de Paris Centre, nous dévoile en exclusivité le projet de réaménagement des abords de ce lieu historique.

Depuis la terrasse ensoleillée du Fumoir, restaurant situé à l’angle de la place du Louvre, où Ariel Weil nous a donné rendez-vous, il est impossible de mesurer la magnificence de la colonnade de Perrault, chef-d’œuvre du classicisme français située à quelques mètres. Notre vue étant obstruée, ce lundi 3 février, par une dizaine de bus touristiques stationnés illégalement devant d’immenses bâches blanches récemment installées pour dissimuler un empilement de cabines de chantier. « Quel spectacle ! se désole le maire de Paris Centre en observant la façade du bâtiment ainsi balafrée. Les verbalisations régulières de policiers municipaux que nous ordonnons n’ont aucune incidence. Mais cela sera bientôt terminé grâce aux travaux que nous allons entreprendre. »

La suite après cette publicité

Parallèlement au chantier pharaonique de transformation du musée, annoncé la semaine dernière par Emmanuel Macron, ses abords seront réaménagés prochainement par la Ville de Paris. La place du Louvre, reliant l’église ­Saint-Germain-l’Auxerrois et l’historique mairie du Ier arrondissement au palais, sera aplanie – pour améliorer l’accessibilité des personnes à mobilité réduite –, végétalisée et presque intégralement rendue aux ­piétons. Les axes routiers disparaîtront, « sauf si la RATP juge nécessaire de conserver une à deux voies réservées uniquement à la circulation des bus ». Et les nombreuses places de stationnement, y compris souterraines, pourraient être supprimées. « Sans prendre en considération le creusement des fossés entrepris en 1964 à l’initiative d’André Malraux [que l’édile décrit comme une aberration historique, NDLR], aucun réaménagement des lieux n’a été effectué depuis la fin du XIXe siècle hormis le percement des parkings. »

Un coût de 50 millions d’euros

Ce vaste plan imaginé par l’équipe municipale actuelle, en gestation – pour ne pas dire en sommeil – depuis 2020, s’inscrit dans la volonté, exprimée dès son arrivée par la ­présidente-directrice du Louvre, Laurence des Cars, à Anne Hidalgo, d’ouvrir la façade orientale du palais aux visiteurs. La pyramide de verre et d’acier, construite à la fin des années 1980, a été pensée pour ­l’accueil de près de cinq millions de personnes, soit deux fois moins qu’actuellement. Ces travaux, indispensables, déboucheront sur la création de nouvelles entrées d’ici à 2031, permettant ainsi de réguler aisément les importants flux de touristes. Les ­aménagements extérieurs, accélérés par l’impulsion présidentielle – consulté en amont, Emmanuel Macron a donné son accord –, visent à sublimer l’ensemble. « Nous ne souhaitons pas faire concurrence au ­projet engagé par Laurence des Cars. Ces deux chantiers qui se dérouleront en parallèle, sans jamais se ralentir, sont amenés à se nourrir l’un de l’autre. »

Des ateliers thématiques, dont le lancement était initialement prévu à la fin de janvier, débuteront ce 10 février afin de parfaire le dessin de la Ville de Paris. Les institutions culturelles et cultuelles, les associations de quartier, les acteurs économiques (avec la Samaritaine), ainsi que la RATP et la préfecture de police seront tous consultés. Une étude détaillée des sols sera également réalisée pour examiner la possibilité de planter des arbres sur la place qui en est actuellement presque entièrement dépourvue. Les conclusions de cette commission, dont Aurélie Filippetti sera la rapporteure (comme pour le projet de la place de la Concorde), seront rendues avant l’été. Et un concours d’architecture sera organisé. « Cette vue d’ensemble donne un aperçu de cet espace que nous souhaitons transformer, des rives du Louvre au temple de ­l’­Oratoire », poursuit Ariel Weil. Coût de l’opération ? Aux alentours de 50 millions d’euros.

Les nouveaux plans des alentours du Louvre.

Les nouveaux plans des alentours du Louvre.

© Dévrig Plichon

Une piste cyclable reliant la place de la Concorde à l’Hôtel de Ville sera créée sur les quais hauts, en remplacement de celle prochainement réduite rue de Rivoli pour permettre le retour d’une voie de bus. Presque inchangé depuis Napoléon III, cet axe majeur du centre parisien sera réaménagé, améliorant la circulation des piétons et des usagers des transports, et végétalisé (mais non planté d’arbres en raison de la présence du métro situé juste en dessous). La Ville de Paris souhaite ainsi prolonger cette voie historique reliant le quartier des affaires de la Défense au palais du Louvre, jusqu’à l’île de la Cité. Les chantiers menés parallèlement, entre 2026 et 2040 (pour une ­partie d’entre eux), dessineront peu à peu ce ­qu’Emmanuel Macron a qualifié de « carte du tendre culturel » lors de ses annonces de la semaine dernière. De quoi constituer – même si Ariel Weil refuse de l’avouer – l’une des meilleures vitrines politiques de l’équipe sortante pour les municipales de l’année prochaine.