Emmanuel Grégoire, le maire de Paris, a annoncé sur France Info vouloir créer une « classique grand parisienne » pour les professionnels. « C’est vraiment un projet qui me tient à cœur », a-t-il ajouté en mettant en avant ce moyen de « populariser le développement de ce mode de déplacement ».
Des courses pros autour de Paris (sans parler des courses Paris-Province), c’est une longue tradition qui s’est éteinte au fil des années et, surtout, de l’étendue de la circulation automobile.
LE CIRCUIT DE PARIS 1919-1945
Le quotidien L’Intransigeant veut avoir son épreuve et crée le Circuit de Paris en 1919. À partir de 1927, il se place le Jeudi de l’Ascension. Les premières éditions entourent Paris par Versailles, Corbeil, Lagny, Beaumont, Poissy et l’arrivée à Versailles. Puis elles partent de Suresnes pour arriver au Parc des Princes. Dans les années 30, la boucle s’agrandit en banlieue et passe par Melun, Meaux, Senlis, Creil, Pontoise, Saint-Germain-en-Laye avant de s’achever au Parc.
Sous l’Occupation, « L’Intran » s’arrête de paraître mais la course est reprise par « Le Matin », un des quotidiens les plus favorables aux Allemands. En 1945, le Circuit de Paris est repris par « Libé-Soir » (Le Matin est interdit à la Libération), d’abord sous le nom de Circuit de l’Ile-de-France mais, deux jours avant la course (le Jeudi de l’Ascension tombe le 10 mai en 1945), la signature de la Capitulation le 8 mai, « le Jour V » comme on dit à l’époque, entraîne un changement de nom. Ce sera « Le Grand Prix de la Victoire ».
LE CRITERIUM NATIONAL 1932-1963
En 1932, le journaliste Gaston Bénac de Paris-Soir crée le Critérium National qui devient le « Championnat de France de printemps », une des courses les plus relevées du calendrier national. Cette course deviendra le Critérium International en 1981 mais bien loin de la région parisienne. La première année, la course démarre de la Croix-de-Berny, dans la banlieue sud, puis ce sera Saint-Denis, le Bourget, Maison-Alfort, Champigny. Mais à chaque fois les coureurs arpentent la Vallée de Chevreuse avant d’arriver au vélodrome Buffalo, car ce n’est pas une course organisée par l’Auto qui exploite le Parc des Princes. À partir de 1940, le National se termine au Parc mais les coureurs passent toujours par Dourdan, Saint-Rémy-les-Chevreuse, Chateaufort.
En 1945, Paris-Soir interdit à la Libération, c’est Paris-Presse qui prend le relais. La course part de Sèvres. En 1949, L’Equipe s’associe à l’organisation. En 1956, la course est à deux doigts de l’annulation à cause des frais de police demandés par la préfecture. La circulation de plus en plus intense, associée au décret de 1955 qui limite l’accès aux routes pour les courses cyclistes, rend de plus en plus difficile l’organisation d’une course en région parisienne. En 1959, elle déménage au circuit de Montlhéry où elle restera jusqu’en 1963, avec une escapade en Algérie, à Oran, en 1960.
BOUCLES DE LA SEINE 1945-1973
En 1945, L’Auto est interdit après la Libération pour avoir continué à paraître pendant l’Occupation, et L’Equipe n’a pas encore vu le jour (1946). Le journal communiste Ce Soir organise plusieurs courses dont la deuxième édition de la Course dans la Cité (un circuit dans Saint-Denis) mais surtout la première édition des Boucles de la Seine. C’est Georges Pagnoud, journaliste au quotidien, qui crée l’épreuve. La course part de Maisons-Alfort, passe par Corbeil, Mantes, Vernon, Pontoise, le Cœur-Volant et la côte des Gardes pour arriver au Parc des Princes. C’est un peu le Circuit de Paris d’après-guerre.
Elle devient une épreuve qualificative pour le Championnat de France. C’est là, en 1947, que Louison Bobet se fait remarquer pour être sélectionné en équipe de France pour son premier Tour de France. Et cette victoire convainc sa marque, Stella, de lancer une vraie équipe professionnelle en 1948.
En 1953, L’Humanité Dimanche, camarade de Ce Soir qui va disparaître, reprend l’organisation. Le vainqueur reçoit une belle écharpe rouge vermillon. L’épreuve va passer de la mi-mai à la mi-juin par la suite. L’édition 1963 est annulée, celle de 1967 est la dernière à arriver au Parc dont la piste rose sera détruite après l’arrivée du Tour. La course arrive dorénavant à la Cipale du Bois de Vincennes. En 1966, Jean-Louis Bodin avait signé un bel exploit en conservant 16″ sur le peloton après 258 km d’échappée.
Mais en 1972, faute de soutien d’annonceurs – même un journal communiste a besoin de publicité pour organiser une course professionnelle – les Boucles repoussées en fin de saison ne peuvent avoir lieu. Le rideau sera baissé après l’ultime boucle en 1973, encore à cause du manque d’argent.
BOUCLES PARISIENNES – BOUCLES DES HAUTS-DE-SEINE : 1987-1990
Jean-Pierre Loth avait la foi pour créer dans les années 80 une course pro en région parisienne. C’est d’abord à Montlhéry, sur le circuit de Linas-Montlhéry que les pros s’expliquent. En 1989, année du Bicentenaire, il tente une sortie sur les routes autour de Paris, un samedi après-midi, avec les Boucles des Hauts-de-Seine qui passaient aussi par les Yvelines. Ce jour-là, le peloton saborde la course. Derrière les trois échappés, Michel Vermote, Philippe Louviot et Pascal Lance, le peloton se traîne et arrive avec un quart d’heure de retard. Avec tous les problèmes de blocage des routes que cela engendre. « La course assassinée », titre L’Equipe. Les « Boucles » vont renaître l’année suivante, mais de retour à Montlhéry. Thierry Claveyrolat en est le dernier vainqueur.
En 1998, pour saluer la Coupe du Monde, rebelote avec les Boucles de la Seine Saint-Denis. Dès le départ, on sait que l’édition n’aura pas de lendemain, c’est une course unique promue par le département du 93 et qui compte pour la Coupe de France. Le départ et l’arrivée ont lieu devant le Stade de France et la course traverse les communes du département, comme l’avait fait la 1ère étape du Tour de France 1984.
PARIS-MANTES 1996 – 2021
En 1996, l’AS Mantaise qui organise Paris-Mantes (déjà 50 éditions au compteur chez les amateurs) saute sur l’occasion de la réforme du cyclisme qui abolit la distinction entre coureurs pros et amateurs pour inscrire leur classique parisienne au calendrier UCI au niveau 1.5. Au départ d’Orgeval, il y a les pros d’Agrigel-La Creuse avec Jean-François Bernard, mais aussi l’équipe Festina. C’est l’un d’eux, Bruno Boscardin, qui s’impose. L’expérience dure deux saisons. Puis la nouvelle réforme de 2005 voit Paris-Mantes de retour au niveau UCI en classe 1.2 (l’équivalent des 1.5). En 2019, l’épreuve sert de support à une manche de Coupe de France N1. Maxime Jarnet gagne la dernière édition en 2021 en 1.2. Les coureurs allaient jusque dans le Vexin dans le nord et le départ était donné à 8h30, pour libérer le terrain à midi et demi.
POLYMULTIPLIÉE – TROPHÉE DES GRIMPEURS 1913-2009
A l’origine, en 1913, la Polymultipliée est un banc d’essai grandeur nature pour les modèles de changement de vitesse, de multiplication (d’où le nom). Elle se court à Chanteloup-les-Vignes et son circuit de l’Hautil. La Poly va déménager à Sens de 1970 à 1977. Elle est organisée par Monde 6, la société de Jean Leulliot qui organise aussi Paris-Nice et la Route de France. En 1974, elle prend le nom officiel de Trophée des Grimpeurs et retrouve le circuit de l’Hautil en 1979.
Après Chanteloup-les-Vignes, c’est Argenteuil-Sannois dans le Val d’Oise à partir de 1990 et jusqu’à la fin en 2009. En 1997 et 1998, la Poly de l’Hautil va renaître à Chanteloup, organisée par Laurent Fignon. Mauro Gianetti gagne la première année. Le Trophée des Grimpeurs est lui organisé par Josette Leulliot, la fille de Jean. Quand la Coupe de France Dames voit le jour en 2000, elle organise le même jour une version féminine du Trophée des grimpeurs. Hervé Gérardin la remplace, et il organisera aussi la Route de France Féminine de 2006 à 2016.