Paris, place des Victoires. C’est dans ce quartier emblématique que le prolifique Alexandre Mattiussi a installé les bureaux de sa maison de mode AMI, fondée en 2011. Un label qui a su avancer au rythme de son créateur, esquissant, collection après collection, une mode sophistiquée et décontractée, dans une démarche authentique, sans fioritures. Au sein du bâtiment, l’univers de la marque se dessine dans une ambiance simple et chaleureuse. L’espace est construit comme un lieu de partage, où l’esprit d’équipe et la convivialité sont au cœur du processus créatif. En franchissant la porte de son bureau, on s’immisce dans un espace lumineux qui offre une vue plongeante sur la statue équestre du souverain Louis XIV. Un cadre intimiste où le créateur installe son goût esthétique de son œil candide et passionné.
“Ici, c’est chez moi, nous confie-t-il. Il n’y a pas de décalage entre ma vie personnelle et ma vie professionnelle. C’est une seule et même histoire, un seul et même désir. J’ai besoin de me sentir dans mon univers. Ce sont les objets que j’aime, la lumière que j’aime, l’odeur… C’est une extension de mon appartement.”
L’objet comme une photo
Ce bureau est comme un petit théâtre où gravitent les objets d’affection du créateur, tel un cabinet de curiosités, dans un esprit à la fois fonctionnel et confortable. On y trouve les livres d’artistes qui l’inspirent, des mots d’ami(es) qui l’entourent, des œuvres d’art finement choisies, ses inséparables grigris et des pièces de mobilier sélectionnées “par instinct”. Les époques s’y mélangent et se rencontrent en majesté, donnant lieu à d’étonnantes rencontres. On y découvre une impressionnante sculpture de l’artiste Tarik Kiswanson, auréolé du prix Marcel Duchamp 2023, illustrant un œuf XXL en équilibre sur une chaise, une grande table en chêne sculpté de Jean Touret et Les Artisans de Marolles ou une sculpture de Théo Mercier dévoilant une immense cruche sur ressort. “Pour moi, l’objet, c’est comme une photo. C’est le témoin d’un instant présent. L’instant d’un humain qui a vécu à un instant T, capturé pour l’éternité. L’objet a pour moi quelque chose de l’ordre de la transmission. Par exemple, la table de Jean Touret, savoir qu’elle a été travaillée pendant des heures, des semaines, et sentir l’empreinte de l’artisan, le toucher… C’est ça qui nous lie : les hommes dans le temps”, raconte Alexandre.
Un lieu d’expression et d’inspiration pour celui qui y dessine ses collections, en toute liberté. “Cet espace me permet de penser mes collections dans un contexte. Je ne dessinais pas les mêmes choses avant d’être installé place des Victoires. J’ai l’impression que ça me porte vers le haut. Être entouré de pièces exceptionnelles contribue à m’emmener vers quelque chose de plus précis et exigeant dans le dessin. De même pour ma nouvelle boutique, j’ai envie que ce soit l’écrin des collections futures”, précise-t-il.

Lampadaire et chaise Jean Touret, Galerie Desprez Breheret.
© Nanna Heitmann, Galerie Suzanne Tarasieve
Centre névralgique de la galaxie AMI
Fraîchement inaugurée dans le Marais, cette adresse vient ajouter une dimension inédite à l’univers du créateur, comme un écho à la philosophie de son bureau : un lieu où l’authenticité et l’élégance se rencontrent, un écrin pour les collections à venir. Étalée sur 600 m2, elle s’inscrit déjà comme la plus grande boutique du label, devenant ainsi le centre névralgique de l’univers AMI, où chaque détail est pensé pour offrir une expérience sur mesure. “Quand je suis arrivé à Paris, j’ai étudié à l’école Duperré ; mon premier rencard, c’était au Progrès, à 20 ans ; mon premier appartement était situé rue du Vertbois… C’est un quartier où j’ai grandi et vécu pendant les premières années qui ont suivi mon arrivée à Paris. Ouvrir cette boutique, c’est comme un retour aux sources.”
“Toutes les pièces de décoration de la boutique sont issues de ma collection personnelle. Je veux que ce soit un endroit où la promesse est tenue.”
Pour la dessiner, Alexandre s’est une nouvelle fois entouré de Karl Fournier et Olivier Marty, duo d’architectes fondateurs de Studio KO. Ensemble, ils ont imaginé un espace lumineux, aux lignes pures, reflétant le souci du détail, à travers une palette de matériaux nobles comme la pierre, le bois et le cuir. Orchestrés autour d’un vertigineux escalier tout en miroir, les différents espaces de la boutique dévoilent des œuvres d’art de la galerie Suzanne Tarasieve, à l’instar des photographies de Michael Bailey-Gates, et du mobilier “hors temps” de la galerie Desprez Breheret, allant de Jean Prouvé à Pierre Chapo en passant par Charlotte Perriand et Jean Touret. “Toutes ces pièces appartiennent à ma collection personnelle. Je les prête à la boutique. J’aime garder cette trace intime. Il y a des œuvres aujourd’hui, il y en aura d’autres demain. Elle va évoluer avec l’époque. Je veux que ce soit un endroit où la promesse est tenue. On doit se sentir ici comme on se sent bien quand on vient nous rencontrer au bureau.” Un lieu comme une invitation à s’immiscer dans la sensibilité hétéroclite du créateur. Un espace à son image, témoin du lien intime entre la mode et son environnement.