L’État ne jure plus que par l’alternance depuis vingt ans, convaincu que la meilleure pédagogie pour l’emploi est celle-là. Le dispositif est simple : l’étudiant est aussi salarié à temps partiel d’une entreprise et il apprend sur les bancs de l’école comme sur le terrain. Les Anglo-Saxons nomment cette logique « Learning by doing ». Elle peut inspirer bien des méthodes, le recours à la résolution de cas pratiques comme les associations étudiantes voire les entreprises étudiantes.
Une chose est sûre : lorsque la formation immerge d’emblée l’apprenant dans le réel, elle constitue un tremplin garanti vers l’emploi. Les résultats le prouvent. Dans l’immobilier, ce constat s’impose avec une force particulière : au-delà des connaissances théoriques, la maîtrise des gestes professionnels et des processus ne s’acquiert qu’au contact du terrain. Les pouvoirs publics ont donc raison de plébisciter l’alternance, désormais adoptée par la quasi-totalité des écoles privées et des universités, quel que soit le niveau de diplôme préparé.
C’est l’Institut du Management des Services Immobiliers, inspiré par Jacky Lorenzetti, fondateur du groupe FONCIA, qui a inauguré cette façon de former. Lui-même avait en exemple l’univers du bâtiment, dont il était issu : depuis le compagnonnage, inventé au Moyen Âge, tous les corps d’État recourent à l’apprentissage, qui ne se nommait pas ainsi. Le principe que des femmes et des hommes en exercice consacrent une partie de leur temps à transmettre les savoirs, les savoir-faire et jusqu’aux savoir-être dont ils sont dépositaires a permis à ces métiers d’assurer leur avenir, tout en évoluant et en se perfectionnant sans cesse avec exigence.
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Le créateur et dirigeant visionnaire pendant 35 ans de cette enseigne devenue leader de l’administration de biens en France et en Europe a ensuite voulu que cette école s’ouvre à la formation des forces vives des autres entreprises nationales ou régionales de premier plan : près de trente ans plus, cette école sert en talents l’ensemble des entreprises de la filière et elle a fait des émules.
Mais la filière doit faire face à deux difficultés. D’abord une baisse tendancielle des aides de l’État auxquelles les entreprises sont éligibles. Désormais, pour un alternant préparant un diplôme de niveau bac + 3 ou bac + 5, l’aide est de 2000€ pour les entreprises de moins de 250 salariés -qui composent la large majorité du marché- et de 750€ pour les plus importantes. Les plus anciens ont connu des hauteurs de prise en charge triple et même quadruple. Le réflexe de beaucoup d’entreprises, qui doivent assumer le salaire de l’alternant (60 % du SMIC, voire 80 % pour les plus âgés), éventuellement acquitter un reste à charge à l’école si ses tarifs sont fixés au-delà du niveau de remboursement de la scolarité par l’opérateur de compétences dédié de la branche professionnelle, consiste à reculer devant le coût. Comment ne pas les comprendre ?
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À ces entrepreneurs, il faut tout de même dire que l’État exsangue finira par ne plus prendre en charge du tout l’alternance ! Ce risque en tout cas existe s’il n’est pas totalement avéré. La France s’est habituée aux aides publiques tous azimuts et le pays n’en a plus les moyens. Au fond, faudrait-il s’indigner que les entreprises supportent le coût de l’alternance plus qu’elles ne le font aujourd’hui ? Il s’agit pour elles d’un investissement, et celles qui peinent à pourvoir des postes dans des métiers en tension savent que participer à la formation d’un jeune ou moins jeune garantit de disposer le moment venu des compétences désirées, en outre façonnées à la main de l’entreprise employeuse.
Les entreprises immobilières ensuite font preuve d’une immense prudence quant aux perspectives de marché. Ces craintes sont évidemment variables selon leur métier, extrême pour les producteurs, moindres pour les gestionnaires. Elles n’ont pas de certitude sur leurs besoins en talent. Il reste qu’il leur faut bel et bien anticiper une reprise de marché, prévisible après les élections présidentielles. Il reste aussi qu’il leur est nécessaire d’intégrer des compétences nouvelles, avec des collaborateurs formés au digital et à l’intelligence artificielle mais également aux pratiques innovantes et à une autre ingénierie juridique, technique et financière.
En somme, pour compréhensibles qu’elles soient, les peurs des entreprises immobilières doivent être dépassées, dans leur propre intérêt et celui de leur avenir à court terme. On pourrait à bon droit évoquer aussi le devoir que les entrepreneurs ont d’assurer la relève de leurs professions. Ce point relève de l’éthique sinon de la morale, et à ce titre il est sujet à discussion à l’infini : quel patron pourtant ne ressent-il pas porter la responsabilité de transmettre ? C’est un accomplissement personnel, désintéressé et exaltant. On constate d’ailleurs que les vocations de tuteurs se multiplient et que l’engagement des dirigeants qui encadrent les alternants va croissant en énergie et en compétence.
Enfin, les alternants incarnent un dernier atout, l’esprit critique. Les entrants dans une profession ont ce que Voltaire appelait un regard de Huron, dans son conte philosophique L’ingénu. Ils ont cette fraîcheur qui leur permet de dresser des rapports d’étonnement, de nature à faire professer l’entreprise et de réformer ses pratiques sinon son organisation.
À force d’être dans son métier et son entremise, on n’en voit plus les marges d’évolution possible, les insuffisances, les dysfonctionnements mêmes. Les alternants, qui doivent apprendre bien sûr à exprimer leurs observations avec humilité, ont la faculté d’apporter à l’entreprise qui les accueille de quoi avancer plus vite et plus loin, qu’ils prennent par où pas à la mise en œuvre des solutions ensuite.
Au moment où des jeunes et des moins jeunes attirés par l’immobilier vont amorcer des études spécialisées en alternance, la prise de conscience des entreprises sur les enjeux de la formation partagée avec les établissements d’enseignement est vitale. Pour elles comme pour le futur des personnes qui feront demain le vivier de talents.