« Je me suis fait virer du Paname, le plus gros comedy club de France pour avoir voulu… être payé. » Dans une vidéo partagée mercredi soir sur Instagram, et visionnée près de trois millions de fois, l’humoriste Sylvain Fergot dénonce le Paname Art Café, la scène de stand-up la plus en vue de la capitale. Une initiative rare dans le milieu du rire. Il y décrit de nombreuses prestations non payées et un climat de peur lié au management : « On va te retirer toutes tes dates du mois d’août, comme ça c’est réglé », peut-on entendre dans un message audio qu’il attribue au patron du Paname quand Sylvain Fergot lui partageait son incompréhension après avoir joué un dimanche sans avoir été payé. De quoi couper l’envie de rire. L’humoriste qui joue au Paname depuis « huit ans » assure avoir « travaillé gratuitement plein de fois » pour la scène qui s’exporte aussi dans une tournée en France et dont l’émission « Génération Paname » est diffusée sur France Télévisions.

« Au Paname,  s’il y a moins de 30 spectateurs, le spectacle se tient mais les artistes ne sont pas payés. Ils nous ch**** clairement dessus », explique, sous couvert d’anonymat, une humoriste passée par les planches de ce lieu branché du 11e arrondissement parisien. « Ils nous payent de 10 euros à 50 euros brut par passage. C’est selon leur bon vouloir, il faut que tu sois docile si tu veux monter en gamme. Pour alléger leurs charges, on demande des factures aux humoristes plutôt que de les payer en cachet. » Ce que feraient d’autres comedy clubs selon plusieurs témoins. Habituellement intermittents du spectacle, les humoristes se trouvent obligés de passer par un statut d’autoentrepreneur. Précarisation d’une profession déjà précaire. Nous avons rencontré la direction qui nous a renvoyés vers leur avocat. Jeudi soir, l’établissement dénonçait « un coup de com » de la part de l’artiste dans les colonnes du Parisien.

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Si le post de Sylvain Fergot a mis en lumière sa situation, c’est le milieu des comedy clubs tout entier qui est mis en cause par les professionnels. « C’est systémique, il y a tellement d’humoristes qui veulent jouer, qui veulent percer, qu’on se met à accepter tout et n’importe quoi et eux… ils en profitent », explique une autre humoriste, qui a tenu elle aussi à rester anonyme, de peur que sa prise de parole ne lui porte préjudice pour le reste de sa carrière.

« Trop souvent la galère »

« Dans ce milieu, c’est trop souvent la galère. C’est partout, pas qu’à Paris. On n’a même pas de contrat ! Certains ne payent pas, d’autres payent “au chapeau”… et quand on a la chance d’obtenir un cachet, il faut parfois batailler plusieurs mois pour être payé. » Cet épisode donnera-t-il lieu à une libération de la parole des humoristes ? C’est en tout cas ce qu’espèrent bon nombre d’internautes. « Enfin, ça commence à parler », écrit une internaute. « Ce n’est pas le seul comedy club qui fait ça », explique l’artiste Thomas Caloone, qui a vécu les mêmes péripéties sur une scène lilloise.

« Cette vidéo, c’est un soulagement pour les humoristes, elle brise l’omerta. Si vous saviez le nombre d’entre nous qui vont travailler la boule au ventre », glisse une humoriste jointe au téléphone qui « espère que cette polémique va aboutir à une reconnaissance et à une structuration des métiers de l’humour ». Si elle dénonce les agissements des structures qui profitent de la précarité des artistes, cette humoriste rappelle que ces derniers ont leur part de responsabilité, tout comme les spectateurs : « Nous humoristes ne devrions pas accepter l’inacceptable et les clients devraient être plus regardant et privilégier des comedy clubs qui respectent les artistes. »

Des stars en soutien

La vidéo de Sylvain Fergot a recueilli de nombreuses réactions et soutiens sur Instagram ce jeudi. Parmi les près de 185 000 likes, 17 000 republications et 6 000 commentaires, de nombreuses célébrités ont apporté leur soutien, dont les mentalistes Fabien Olicard et Charlie Haid, le combattant Cédric Doumbé, les humoristes David Voinson, Lola Dubini ou encore Jérémy Lorca.