Ecrit par L-H.T – le samedi 8 août 2026 à 06H06
Depuis des mois, une partie de la rue du pont, au Bas de la Rivière, est condamnée à Saint-Denis. La circulation s’effectue partiellement sur une seule voie, sous le regard d’un ancien institut de taekwondo qui se dégrade de semaine en semaine. Gêne quotidienne, inquiétude et incompréhension… les habitants dénoncent une situation figée. Pourtant, la loi donne à la mairie des moyens d’action lorsqu’un immeuble menace la sécurité publique. Reportage.
La scène se répète des dizaines de fois par jour. Une voiture s’engage. Une autre arrive en face. L’une s’arrête, l’autre passe. Puis c’est au suivant. Rue du pont, dans le Bas de la Rivière, à Saint-Denis, la circulation ne se fait plus naturellement.
Depuis plusieurs mois, des barrières de chantier condamnent une partie de la chaussée. Les automobilistes composent avec ce rétrécissement devenu presque banal. Les riverains, eux, n’y voient plus une simple gêne, mais « le symptôme d’un problème qui s’éternise ».
Sacré coup
Au-dessus des barrières, un ancien institut de taekwondo semble lentement se défaire de lui-même.
Les volets ne ferment plus complètement. Le vent s’y engouffre avant de ressortir en faisant vibrer les tôles. Le bois grince. La rouille s’étend. La façade porte les stigmates de l’humidité. Difficile de savoir ce qui inquiète le plus : l’état de la bâtisse ou l’impression que plus personne ne s’en préoccupe.
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« Il ne faut pas être expert pour voir que cette bâtisse est mal en point », relate un habitant d’en face, qui a vue tous les jours sur le bâtiment. Dans le quartier, chacun a son mot pour qualifier la situation. « Dangereux. » « C’est de l’immobilisme. » Pour beaucoup, le problème dépasse désormais le bâtiment lui-même.
« Un côté de la rue est bloqué. Quand on veut sortir de notre garage, c’est le bordel, personne ne nous laisse passer. »
La circulation alternée improvisée donne « seulement » des sueurs froides aux automobilistes. Mais pour les riverains, c’est un rappel permanent que « rien n’a changé depuis des mois ».
Maison hantée ?
« Ça fait des mois que ça dure, aucune explication nous est donnée. » À chaque épisode de vent, certains disent tendre l’oreille. « On entend des bruits étranges, des grincements, comme si elle était encore occupée. »
Ces sons proviennent peut-être simplement des matériaux fatigués par les années et des courants d’air qui traversent désormais librement le bâtiment. Ils n’en renforcent pas moins le sentiment de malaise.
La situation interroge aussi sur le plan juridique. En France, lorsqu’un immeuble présente un danger pour la sécurité des personnes ou des biens, le maire peut engager une procédure de mise en sécurité prévue par les articles L.511-1 et suivants du Code de la construction et de l’habitation, jusqu’à interdire l’accès au bâtiment. Ce qui a été fait, ce qui est constaté.
Un maire peut aussi mettre en demeure le propriétaire de réaliser des travaux ou, lorsque le danger le justifie, ordonner sa démolition. En cas d’urgence, la commune peut même faire exécuter les travaux d’office avant d’en récupérer le coût auprès du propriétaire.
Mais où en est vraiment ce dossier ? Une procédure est-elle en cours ? Le propriétaire a-t-il été mis en demeure ? Une expertise a-t-elle été réalisée ?
Laissé en plan
Sollicitée à plusieurs reprises sur la situation de cette maison, les mesures engagées et les délais d’une éventuelle intervention, la mairie de Saint-Denis n’a pas donné suite à nos relances. Tout comme les anciens propriétaires.
En attendant, les barrières sont toujours là. « Elle font ch… », s’emporte un riverain. Aussi, les voitures continuent de patienter. Les riverains continuent de composer. Et la vieille bâtisse, elle, continue parallèlement de se dégrader.
Ce n’est plus seulement une maison qui menace de tomber, c’est tout un quartier qui a le sentiment d’être « laissé en plan ».