« Des sueurs froides, on en a eu quelques-unes », reconnaît Soizic Marceau avec un sourire fatigué. Cette Bretonne de Plourhan (Côtes-d’Armor), est l’une des chevilles ouvrières du projet imaginé par l’artiste JR. Depuis le 21 mai et jusqu’au 28 juin, le plus vieux pont de Paris drapé de gris est enveloppé dans une structure gonflable de 120 mètres de long et de dix-huit mètres de haut fabriquée à Plougoumelen (Morbihan) par Air toile concept. « En temps normal, le studio compte une quinzaine de personnes à Paris et trois à Genève. Pour ce projet, nous sommes passés à 850. Les nuits ont été courtes, très courtes », explique la codirectrice de JR Studio.
« La météo ne nous a pas ménagés. Trois degrés et en doudoune au début du mois de mai quand le montage a débuté. Puis des rafales de vent et de grêle qui ont retardé l’ouverture. Ensuite, il a fallu réparer en urgence la toile déchirée par un coup de vent. Dans ce genre de situation, la solidarité bretonne n’est pas un vain mot, ajoute-t-elle. La météo que nous avons dû affronter sur le pont est un concentré de ce qui nous attend avec le changement climatique. 42 °C aujourd’hui à Paris. »
Structurer, rendre possible les rêves artistiques de JR, c’est son quotidien. « Il fourmille d’idées. » Dans le studio parisien, une phrase résume cette tension permanente : « Ça va bien se passer ! » Et de fait, tout se passe bien, car JR « nous embarque en rêvant », sourit l’ancienne commerçante.
Aux côtés de l’artiste, elle dirige aussi le Reffetorio, un restaurant solidaire installé à Paris à La Madeleine. Le concept consiste à transformer des ingrédients provenant de surplus alimentaires en concoctant de bons repas en cinq temps. « C’est aussi un projet artistique imaginé par JR. » Des artistes et des designers contribuent à l’animer. Un espace chaleureux qui accueille des personnes en situation d’exclusion du lundi au vendredi de 18 h 30 à 20 h 30. Ici, de grands chefs mettent les petits plats dans les grands pour les plus démunis. « Depuis le covid, on voit de plus en plus de femmes et d’enfants. » Thierry Cotillard, un autre Breton des Côtes-d’Armor passe la tête de temps en temps pour apporter son soutien à la structure. « Une année, il a même endossé l’habit du Père Noël. »
Le sens, c’est ce qui anime la jeune femme. « Même quand il faut trouver un mécène. » Et quand la fatigue tombe, « il y a toujours la Bretagne pour me redonner de l’énergie. C’est le meilleur endroit pour se ressourcer ». Ce sera encore le cas cette fois-ci. D’abord à Plourhan puis à Saint-Suliac sur les bords de la Rance. Avant une exposition à New-York au mois d’octobre qui reviendra sur l’aventure du Pont Neuf.