{"id":5995,"date":"2026-08-03T16:59:08","date_gmt":"2026-08-03T16:59:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/fra\/paris\/5995\/"},"modified":"2026-08-03T16:59:08","modified_gmt":"2026-08-03T16:59:08","slug":"au-nord-de-paris-setend-depuis-1861-le-plus-grand-hopital-psychiatrique-de-france-ses-pavillons-comptaient-4-444-malades-en-1940","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/fra\/paris\/5995\/","title":{"rendered":"Au nord de Paris s&rsquo;\u00e9tend depuis 1861 le plus grand h\u00f4pital psychiatrique de France : ses pavillons comptaient 4 444 malades en 1940"},"content":{"rendered":"<p class=\"gpsb-badge__text\">Vous aimez notre contenu ?<\/p>\n<p><a class=\"gpsb-badge__link no-adv\" data-ad-skip=\"true\" href=\"https:\/\/google.com\/preferences\/source?q=sciencepost.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener sponsored nofollow\" aria-label=\"Ajoutez-nous \u00e0 vos favoris Google\">Ajoutez-nous \u00e0 vos<br \/>favoris Google<\/a><\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On imagine souvent que les grandes trag\u00e9dies de la Seconde Guerre mondiale se sont jou\u00e9es loin de nos campagnes, dans les camps d\u2019Europe de l\u2019Est ou sur les champs de bataille. Pourtant, \u00e0 quelques dizaines de kilom\u00e8tres seulement au nord de Paris, dans le calme trompeur de l\u2019Oise, un drame d\u2019une ampleur m\u00e9connue s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 entre les murs d\u2019un immense \u00e9tablissement. L\u00e0, sous les toits de dizaines de pavillons, des milliers d\u2019hommes et de femmes ont v\u00e9cu, puis p\u00e9ri, dans un silence assourdissant. Ce lieu, c\u2019est l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Clermont-de-l\u2019Oise, longtemps le plus grand de France, dont les pavillons abritaient plus de quatre mille malades \u00e0 l\u2019aube de l\u2019Occupation. Derri\u00e8re ces chiffres se cache une histoire que la m\u00e9moire collective a longtemps pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ignorer.<\/p>\n<p>Un g\u00e9ant psychiatrique surgi des champs de l\u2019Oise<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout commence au milieu du XIXe si\u00e8cle. En 1861, on \u00e9rige \u00e0 Clermont-de-l\u2019Oise un \u00e9tablissement destin\u00e9 \u00e0 accueillir les malades mentaux, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la psychiatrie balbutie encore et o\u00f9 l\u2019on enferme volontiers ceux que la soci\u00e9t\u00e9 ne sait pas comprendre. Rapidement, ce complexe prend une dimension colossale. Il devient le plus grand asile d\u2019Europe au XIXe si\u00e8cle, puis le plus vaste h\u00f4pital psychiatrique de France durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement \u00e0 l\u2019image aust\u00e8re que l\u2019on associe aux asiles, Clermont fonctionne comme une v\u00e9ritable petite cit\u00e9 autonome. On y cultive la terre, on y \u00e9l\u00e8ve du b\u00e9tail, on y produit une bonne partie de la nourriture consomm\u00e9e sur place. Les patients participent aux travaux agricoles, dans une logique que l\u2019on qualifierait aujourd\u2019hui de th\u00e9rapeutique. Ce mod\u00e8le presque autarcique fait alors la fiert\u00e9 de l\u2019\u00e9tablissement. Personne ne se doute que cette organisation, si solide en apparence, va bient\u00f4t s\u2019effondrer comme un ch\u00e2teau de cartes.<\/p>\n<p>Une ville dans la ville : 4 444 patients sous un m\u00eame toit<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Difficile d\u2019imaginer l\u2019\u00e9chelle du lieu. En 1940, l\u2019\u00e9tablissement compte autour de 4 444 malades, un chiffre qui grimpe m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e8s de 4 484 personnes h\u00e9berg\u00e9es. Autant dire une petite ville enti\u00e8re, avec ses rues, ses b\u00e2timents align\u00e9s, ses cuisines gigantesques et son organisation minutieuse. Chaque pavillon accueille des dizaines de pensionnaires, r\u00e9partis selon leur \u00e9tat, leur sexe et la nature de leurs troubles.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi cette multitude anonyme se trouvent des destins singuliers. C\u2019est ici, dans une annexe du complexe, que fut intern\u00e9e S\u00e9raphine Louis, la fameuse S\u00e9raphine de Senlis, cette femme de m\u00e9nage devenue peintre visionnaire, dont les toiles fleuries sont aujourd\u2019hui admir\u00e9es dans les mus\u00e9es. Entr\u00e9e en 1932, elle incarne \u00e0 elle seule la fragilit\u00e9 de ces existences que l\u2019Histoire allait broyer. Derri\u00e8re chaque num\u00e9ro de pavillon, il y avait un visage, une trajectoire, parfois un talent insoup\u00e7onn\u00e9.<\/p>\n<p>Quand l\u2019Occupation transforme l\u2019asile en mouroir<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis vient la guerre, et avec elle le rationnement. D\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019Occupation, les malades des h\u00f4pitaux psychiatriques re\u00e7oivent des rations bien inf\u00e9rieures \u00e0 celles des h\u00f4pitaux g\u00e9n\u00e9raux, elles-m\u00eames d\u00e9j\u00e0 en de\u00e7\u00e0 de ce dont disposait la population. Or, ces patients affaiblis, souvent incapables de se d\u00e9brouiller seuls ou de se plaindre, sont les premi\u00e8res victimes de cette p\u00e9nurie organis\u00e9e. \u00c0 Clermont, la situation s\u2019aggrave encore : la production agricole s\u2019effondre, faute de carburant pour les tracteurs et de fourrage pour nourrir les chevaux.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les cons\u00e9quences sont terribles. Le taux de mortalit\u00e9, qui n\u2019\u00e9tait que de 5,4 % en 1938, atteint un vertigineux 26,6 % en 1941-1942. Autrement dit, plus d\u2019un patient sur quatre meurt en une seule ann\u00e9e. Au total, environ 3 500 personnes p\u00e9rissent durant l\u2019Occupation, principalement de faim et d\u2019\u00e9puisement. H\u00e9l\u00e8ne Guerrier, \u00e2g\u00e9e de trente-sept ans seulement, s\u2019\u00e9teint de cachexie en ne pesant plus que 36 kilos. S\u00e9raphine de Senlis, elle, meurt en d\u00e9cembre 1942, \u00e0 78 ans, dans un d\u00e9nuement absolu. Une photographie de 1944 montre des corps d\u00e9charn\u00e9s qui \u00e9voquent, de fa\u00e7on gla\u00e7ante, les rescap\u00e9s des camps.<\/p>\n<p>Ce que r\u00e9v\u00e8le la trag\u00e9die oubli\u00e9e de Clermont<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019\u00e9chelle nationale, ce sont environ 45 000 malades mentaux qui sont morts de faim dans les h\u00f4pitaux psychiatriques fran\u00e7ais durant cette p\u00e9riode sombre. Longtemps, on a parl\u00e9 d\u2019une \u00ab extermination douce \u00bb orchestr\u00e9e par le r\u00e9gime de Vichy. Cette lecture m\u00e9rite pourtant d\u2019\u00eatre nuanc\u00e9e. Plut\u00f4t qu\u2019un plan d\u2019extermination d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, l\u2019h\u00e9catombe semble d\u00e9couler d\u2019un encha\u00eenement de privations, d\u2019indiff\u00e9rence et de choix administratifs qui pla\u00e7aient syst\u00e9matiquement ces malades en bas de l\u2019\u00e9chelle des priorit\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette distinction ne diminue en rien l\u2019horreur du drame. Elle interroge plut\u00f4t notre rapport aux plus vuln\u00e9rables en temps de crise. Que r\u00e9v\u00e8le une soci\u00e9t\u00e9 sur elle-m\u00eame lorsqu\u2019elle laisse mourir de faim ceux qui ne peuvent ni se d\u00e9fendre ni protester ? La m\u00e9moire de ces disparus a longtemps sombr\u00e9 dans l\u2019oubli, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un hommage officiel leur soit enfin rendu au Trocad\u00e9ro, en d\u00e9cembre 2016.<\/p>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Derri\u00e8re ses pavillons align\u00e9s et ses chiffres impressionnants, Clermont-de-l\u2019Oise nous rappelle que les grandes catastrophes ne se jouent pas toujours loin de chez nous. Parfois, elles se d\u00e9roulent \u00e0 port\u00e9e de train de la capitale, dans le silence des institutions. En redonnant un nom et un visage \u00e0 ces oubli\u00e9s, ne r\u00e9parons-nous pas, un peu, l\u2019indiff\u00e9rence d\u2019hier ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Vous aimez notre contenu ? 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