L’Iran menace de faire payer une taxe aux opérateurs étrangers utilisant les câbles sous-marins posés au fond du détroit d’Ormuz, par lesquels passe internet. D’autres mises en garde iraniennes font craindre l’hypothèse d’une attaque ou d’un « accident » sur ces infrastructures.
Comme pour le blocage du détroit aux pétroliers, l’Iran fait sa propre interprétation du droit international. Téhéran remet en question la liberté des mers – consacrée dans la Convention internationale sur la mer de 1982 – et donc le principe de libre-circulation des navires, analyse dans Tout un Monde le docteur en sciences politiques Félix Blanc.
Fondateur de l’ONG Danaïdes qui travaille sur les questions numériques dans les zones de conflits, Félix Blanc conseille aussi le groupe Ecologiste à l’Assemblée nationale en France, en matière de défense et d’affaires étrangères.
>> Ecouter l’interview de Félix Blanc dans Tout un Monde : Détroit d’Ormuz: chantage de l’Iran sur les câbles internet / Tout un monde / 5 min. / vendredi à 08:13
Il y a bien un flou dans le droit international sur ces câbles, que l’Iran cherche à exploiter. Téhéran estime que si les eaux du détroit sont à l’usage de la navigation internationale, ses fonds marins lui appartiennent.
Il faut également souligner la difficulté de mesurer le flux de données qui passent par ces câbles pour les taxer. Et surtout l’interdiction américaine faite aux GAFAM de payer une taxe à l’Iran, comme le rappelle Félix Blanc.
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Couper les câbles?
Autre option dans le conflit actuel: Téhéran pourrait couper ces câbles. Des mises en garde de la part de l’Iran font en effet craindre cette hypothèse, mettant en danger ces infrastructures numériques essentielles aux pays de la région.
Des attaques ou des « accidents » seraient très fréquents sur ce type d’installations au niveau mondial. D’après l’ONG International Cable Protection Committee, il y aurait en moyenne 150 à 200 coupures de câbles par an.
La grande majorité proviendrait d’accidents liés à des bateaux qui laissent trainer leur ancre sur le fond. En ce sens-là, la forte densité de navires encore bloqués dans le détroit d’Ormuz représente un vrai danger.
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Plongée dans les câbles du trafic sous-marin d’internet, un réseau hautement stratégique dans notre société hyperconnectée / T.T.C. (Toutes taxes comprises) / 5 min. / le 24 janvier 2022 Guerre hybride
Il y a également le développement d’une forme de guerre hybride, essentiellement depuis le début de la guerre en Ukraine, comme le spécifie Félix Blanc, avec « des trajectoires un peu hasardeuses de bateaux de pêche ou de bateaux ‘civils’ sous pavillon chinois ou russe pour provoquer de façon accidentelle des coupures, notamment en Baltique et dans d’autres zones ».
Mais techniquement, il est toutefois extrêmement complexe, pour l’Iran, d’aller saboter un câble très profond, sous surveillance constante des patrouilles aériennes américaines.
Conséquences et alternatives
Si cela devait arriver, que ce soit de manière plus ou moins accidentelle, quelles seraient les conséquences pour le trafic mondial d’internet? A l’échelle globale, les conséquences seraient assez faibles, car le trafic dans le détroit d’Ormuz représente 1% du trafic mondial, précise Félix Blanc. En revanche, il pourrait y avoir des effets selon lui sur les données interconnectées à l’échelle mondiale, notamment dans le secteur bancaire.
Le risque militaire est également présent, car les communications sécurisées, la coordination en temps réel ou encore les opérations de drones passent par les câbles sous-marins. Les Etats-Unis ont d’ailleurs construit un immense câble entre l’Australie et la péninsule arabique pour éviter de voir leurs bases du Golfe amputées du réseau.
Il s’agit d’avoir un nouveau levier dans les négociations
Félix Blanc, docteur en sciences politiques
Mais pour Félix Blanc, il y a une limite à cette stratégie, car « le Qatar est une place financière mondiale qui investit une partie de l’argent de l’Iran pour contourner les sanctions américaines ». Reste aussi la question de savoir quel câble serait coupé. Selon Félix Blanc, il s’agit avant tout « d’avoir un nouveau levier dans les négociations ».
Enfin, il existe tout de même des solutions de secours aux câbles du détroit d’Ormuz, notamment des câbles terrestres ou d’autres routes sous-marines. Mais elles pourraient toutefois vite saturer et plomber les économies du Golfe et leur secteur énergétique et par répercussion, le reste du monde.
Sujet radio: Cédric Guigon
Adaptation web: Julie Liardet