Le musée du Luxembourg consacre jusqu’au 19 juillet une exposition à Leonora Carrington. Celle qui fut un temps la compagne de Max Ernst aura traversé presque tout le XXe siècle à la recherche d’une chose avant tout : la liberté. Et son œuvre – pléthorique – s’en ressent ! Les impressions de Cédric Enjalbert.

Libre avant tout

« “La seule personne à pouvoir m’accorder une permission absolue, c’est moi-même. Une permission consciente et délibérée de voir le miracle se produire.” Cette liberté revendiquée parcourt toute l’exposition consacrée à Leonora Carrington au musée du Luxembourg (Paris VIe). Elle commence par des aquarelles réalisées à l’adolescence, ainsi qu’un tableau anachronique, synthétisant l’univers de l’artiste surréaliste : Artes, 110, peint en 1944 (photo), qui inscrit d’emblée les motifs récurrents de son univers fantasmagorique. Une “mariée du vent”, dit d’elle Max Ernst, avec lequel elle forme un couple à Paris dans les années 1930, et transforme une maison ardéchoise en œuvre totale, peignant murs, portes et fenêtres, dont certains éléments sont exposés. Les amants se séparent au moment de la guerre : quand il est arrêté, elle rejoint l’Espagne, où elle est victime d’un viol collectif en 1940. Internée après une dépression, elle en sort renforcée dans sa quête d’émancipation : “J’ai dû me débarrasser de tout ce que m’avait apporté ma maladie, chasser ces personnalités, et c’est ainsi que j’ai commencé ma libération.”

Une culture syncrétique et mystique

Ce voyage initiatique la mène finalement à New York et au Mexique, où elle s’établit jusqu’à la fin de sa vie – elle meurt en 2011, à 94 ans. “Écuyère de haute volée, Leonora Carrington a sans cesse chevauché d’extrême en extrême, qu’elle ait choisi d’aimer, de peindre, d’écrire ou de sculpter”, note à son sujet la regrettée Annie Le Brun, dans une préface à la réédition de son livre Le Cornet acoustique (Gallimard, 2024). Certains de ses tableaux les plus fameux ne sont pas accrochés ici, mais le parcours réserve des curiosités sur lesquelles il vaut de s’arrêter, comme ce Petit-déjeuner de chasse édouardien (1956), provenant d’une collection particulière (comme de nombreux prêts). Il met en scène un drôle de banquet sacré mêlant autour d’une table carrée, dressée au milieu d’un champ, gentlemen et dames bien mises, déesse et chimères. L’artiste y évoque le souvenir de son Angleterre natale, auquel elle adjoint sa culture syncrétique et mystique, puisant dans une “matérialité primordiale” selon les mots d’Annie Le Brun.

Vivre les choses

“Leonora Carrington, poursuit Le Brun, ne s’est pas privée d’insister sur l’analogie entre la cuisine, la peinture et l’alchimie, telle une évidence à laquelle elle agrée avec une exubérance sensuelle, souvent étrangère à ceux qui se réclament des savoirs ésotériques, quand bien même elle a très sérieusement étudié ceux-ci et même fréquenté certains de leurs représentants, bouddhistes tibétains ou groupes Gurdjieff… Le fait est que, pour elle, la vie prévaut toujours sur toute référence.” Une sur-vie ? »

 

« Leonora Carrington », exposition jusqu’au 19 juillet au musée du Luxembourg, à Paris.

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