« J’ai dû attendre mon heure pour les assises »
Journaliste généraliste comme il se doit pour un localier, Dominique Zachary n’a jamais caché son attrait pour l’univers du judiciaire, dont il deviendra vite un chroniqueur avisé et rigoureux.
« Le judiciaire, la matière que j’ai adorée par-dessus tout, c’est la vie comme elle va, dit-il. Mais comme jeune journaliste, j’ai dû attendre mon heure dans le sillage de René Thill pour couvrir des Cours d’Assises. Et je dois dire que j’ai connu beaucoup d’émotions, et certaines extrêmement fortes, lors de ces procès. »
Curieux et avide d’infos, prêt à rebondir sur chaque actualité, Dominique Zachary brasse tous les thèmes: social, économie, culturel, sportif. Convaincu du sérieux avec lequel il convient de traiter chaque info, il pratique son métier avec une grande rigueur intellectuelle et le plus d’honnêteté possible, ne sacrifiant jamais la qualité de l’info au grisant, mais éphémère, scoop.
« Les rencontres sont la richesse du journalisme »
Au-delà de toutes les matières traitées par Dominique, de façon transversale, ce sont les rencontres qu’il retient et dont il parle avec cœur. « Ces rencontres avec les gens sont la richesse du journalisme. Certaines m’ont terriblement marqué », analyse-t-il (lire l’interview).
Au quotidien, chaque collègue pouvait trouver en Dominique, devenu un sage de la rédaction, des conseils pertinents, des encouragements, une empathie naturelle qui donne confiance. Disponible pour soulager une équipe, volontaire dans des dossiers compliqués, respectueux de ses collègues comme il l’est de son métier et de ses interlocuteurs, Dominique avait l’oreille de beaucoup de monde. Et si on a coutume de mesurer la qualité du journaliste à l’aune de l’épaisseur de son carnet d’adresses, elle culmine au top. La confiance qu’il avait tissée avec ses informateurs lui a valu de nombreuses exclusivités.
L’absence de Dominique laissera un grand vide dans les locaux d’Arlon, les cœurs de ses collègues et auprès des lecteurs.
« J’étais complètement bouleversé devant son bonheur »
Notre collègue Dominique Zachary, prend sa pension, après plus de 40 ans passés à L’Avenir Luxembourg ©EDA
Dominique, en évoquant ta carrière, tu cites souvent le mot « émotion »…
Il est indissociable des souvenirs de ma carrière. Je le disais, la matière qui m’a le plus enthousiasmé, c’est le judiciaire et particulièrement les assises. J’y ai connu d’intenses moments de pure émotion. Les annonces de verdicts, de peines m’ont souvent bouleversé. Je marche à l’émotion. Un des nombreux moments inoubliables, c’est la visite de la cache dans laquelle Julie et Mélissa étaient enfermées à Marcinelle. J’y suis allé avec les jurés en car et nous y sommes entrés deux par deux. Je me suis engagé avec le grand-père de Julie Lejeune dans ce réduit à balais d’un mètre cinquante. Il m’a montré, en larmes, où sa petite-fille avait écrit son prénom sur un mur. C’était intenable d’émotion. J’étais un homme avant d’être un journaliste.
Tu me parles aussi beaucoup de rencontres. Des exemples ?
Je vais en citer deux. J’ai écrit le portrait d’une dame d’une quarantaine d’années, analphabète au départ, qui venait de passer son certificat de fin de primaire qu’on appelle « le chef-d’œuvre ». J’étais complètement bouleversé devant son bonheur. Une deuxième rencontre, c’est celle avec un homme trisomique, Sylvain Laurant, d’Ethe, qui a écrit un recueil de poèmes. Il était tellement lumineux, tellement investi, attachant. J’étais très troublé. Toutes ces rencontres enrichissent un homme.
Quarante années de journalisme régional, c’est aussi être le témoin de quarante années d’histoire du Luxembourg ?
Bien sûr. L’histoire contemporaine de ma province est étroitement liée à ma carrière. J’ai commencé en écrivant mes premiers papiers sur le Pôle Européen de Développement, un beau projet économique pour assurer la transition après la chute de l’industrie athusienne. C’était en quelque sorte un laboratoire de l’Europe avec la constitution d’une zone franche avec le Grand-Duché et la France. Et depuis dix ans, je suis avec intérêt le projet d’un grand hôpital dans la province.
Seulement témoin ou aussi acteur de l’actualité ?
Je me suis toujours gardé d’émettre un point de vue. Ce n’est pas mon rôle de journaliste, mais celui d’un éditorialiste. J’ai toujours tenté de rester objectif, de ne prendre aucune liberté avec la vérité. Lors de la faillite de la Cellulose des Ardennes en 1993 qui a débouché sur un énorme conflit social avec six mois d’arrêt, j’avais des infos des milieux politiques, bancaires, mais je n’ai jamais cherché à diviser. Il faut rester à sa place.
Des moments de déception ?
S’il y en a eu, ils sont rares et j’ai cette faculté de les avoir tous oubliés.
Tu quittes ce métier qui change à une vitesse vertigineuse. Tu penses avoir vécu la meilleure période du journalisme ?
Je ne veux pas être passéiste. Je ne cultive pas la nostalgie. Je souhaite le meilleur à mes collègues. Plus que jamais, on a besoin d’une presse de qualité pour la véracité, pour mettre fin aux fausses nouvelles, donner des perspectives. Nous sommes inondés de fausses infos. Je reste optimiste pour la presse, mais elle se réinvente, se digitalise. Notre gros dilemme est que vérifier une info prend du temps, or, on connaît tous la prime à la rapidité. Quant à l’IA, ce n’est pas notre ennemie. Elle nous aidera.
Que vas-tu faire de tout ce temps libre retrouvé ?
Me consacrer à ma passion de l’écriture de livres. J’en ai publié neuf déjà. Je démarre le chantier pour mon dixième. Il aura trait à la résistance et la collaboration dans le grand Arlon durant la Seconde Guerre mondiale. Je reviens à mes premières amours, l’enquête journalistique. Je compte également m’adonner au sport, marche, vélo notamment. J’apprécie beaucoup un concert, une expo. Je visiterai plus souvent mes fils installés à Bruxelles. Et puis je lirai L’Avenir.