Et pourtant, le cyclisme, Cyprien Collard ne s’y serait peut-être jamais mis sans un souci de santé. « Voilà dix ans, j’ai eu des gros soucis au niveau du genou, dit-il.Je me souviens que le médecin m’a dit qu’il serait temps de me mettre au vélo. J’ai pris les choses au pied de la lettre (rires). J’ai déjà participé à pas mal de courses du genre. L’an dernier, j’avais réalisé la Grande Traversée des Alpes reliant le lac Léman à la Méditerranée en sept jours, en passant par les plus beaux cols empruntés par le Tour de France. C’était magnifique. J’ai vraiment apprécié ce moment dans les montagnes, je suis tombé amoureux de l’endroit, cela a été un déclic. Donc, je m’étais dit que le Tour du Mont-Blanc, c’était une possibilité. »

Un repas providentiel

Mais il a fallu un petit coup de pouce du destin pour que le Gaumais saute le pas. Le petit coup de pouce ? Un repas de famille et une discussion avec le cousin de sa compagne. « Il m’a confié que lui aussi rêvait d’y participer un jour. Cette conversation a été le véritable élément déclencheur. » Une fois les jambes prêtes, Cyprien Collard a donc pris le départ. Tout en sachant qu’il existait des balises horaires à respecter sous peine de devoir ranger le vélo. « Comment je me sentais au moment du départ ? Excité, stressé, impatient. Tous les sentiments se mélangeaient, admet Cyprien Collard. Vous arrivez sur la ligne de départ, il est 4 h 30 du mat et vous avez pas mal de monde autour de vous. Moi, j’avais pris l’option de me mettre dans les premiers à partir car le Tour débutait par une descente et je voulais éviter les chutes. »

L’objectif de Cyprien Collard ? Rentrer dans les délais et si possible avant 20 h, histoire que sa petite fille puisse le voir franchir la ligne. Mission réussie: 13h49 de selle et 14h55 au total. Une performance qui lui permet de terminer à la cinquante-sixième place sur 618 partants. « J’étais assez large pour arriver aux différents pointages. J’ai aussi eu de la chance avec la météo. Un gros orage a éclaté, mais j’étais dans une descente à ce moment-là et j’ai su m’abriter pendant quinze ou vingt minutes. Ceux qui étaient en pleine ascension n’ont pas eu cette chance et une fois qu’ils sont arrivés au-dessus, ils ont dû mettre pied à terre. Gérer ses forces ? Oui, c’est essentiel. Hors de question de partir comme un malade et de se griller les jambes. Les quarante premiers kilomètres étaient assez faciles, sans devoir vraiment produire d’efforts. Je suis resté dans le peloton pour prendre des roues et pour m’abriter. Ensuite, une fois que les ascensions ont débuté, c’est chacun pour soi et chacun prend son rythme. Moi, comme je l’ai dit, je n’avais pas d’idée de classement en prenant le départ. Je voulais juste être un finisher. Maintenant, à mi-parcours, quand j’ai vu que j’étais plutôt bien, je me suis dit que ce serait chouette de terminer parmi les soixante premiers. J’ai donc pu pousser un peu. »

Pas 500 mètres de plus

On a demandé à Cyprien Collard comment il se sentait au moment de la ligne d’arrivée. « Il ne fallait pas 500 mètres en plus, sourit l’intéressé. J’étais épuisé. Franchir la ligne, c’était une délivrance, un soulagement. Encore plus quand je suis arrivé près de ma femme et de ma fille. C’était vraiment beaucoup d’émotions. »

Quinze litres, un kilo de sucre

Pour ne pas être victime d’une fringale, Cyprien Collard n’a pas freiné sur les ravitaillements. « J’ai consommé environ quinze litres d’eau sur la journée. J’ai ingurgité entre 800 grammes et un kilo de sucre, calcule-t-il. Des gels ? Plutôt vers fin de la course car cela irrite quand même pas mal le système digestif. J’ai mangé des pâtes aussi. Au total, j’ai brûlé un peu plus de 10 000 calories. »

Un nouveau défi en 2027

Même s’il est revenu épuisé de son périple, Cyprien Collard a déjà les yeux rivés vers l’avenir. « Le grand défi pour 2027 ? La Marmotte Granfondo Alpes qui se déroulera fin juin, dit-il. Revenir sur le Tour du Mont Blanc ? Non. J’aurais trop peur de revenir et de faire moins bien. Je vais garder cette bonne expérience en tête. »