« Cette situation doit nous conduire à réfléchir à notre capacité collective à anticiper et à gérer les crises majeures. Entre autres, la question de l’implantation territoriale de la Protection civile mérite aujourd’hui d’être reposée, en particulier pour la province de Luxembourg. », estime M. Huberty.
Un territoire vaste et forestier
La province de Luxembourg a longtemps disposé d’une unité de Protection civile. Implantée à Neufchâteau, celle-ci avait déménagé à Libramont en 2006. Jusqu’à la réforme de 2019, Libramont faisait partie des six unités opérationnelles de Protection civile du pays.
La réforme de 2019 a conduit à centraliser la Protection civile autour de deux unités opérationnelles, à Crisnée (peu centrale en Wallonie) et à Brasschaat, avec pour objectif de renforcer la spécialisation et les capacités d’intervention pour les missions fédérales de grande ampleur.
« Mais les risques auxquels nous sommes confrontés évoluent. Sécheresses, feux de forêt et de végétation, inondations, événements météorologiques extrêmes: notre pays doit désormais se préparer à des crises qui peuvent être plus fréquentes, plus longues et plus complexes », ajoute le mayeur de Neufchâteau.
La province de Luxembourg présente, à cet égard, des caractéristiques particulières: un territoire vaste, fortement rural et forestier, avec des zones naturelles importantes et des distances parfois considérables entre les différents centres d’intervention.
Adapter le dispositif aux risques de 2026, ce n’est pas de la nostalgie
« Je ne demande pas de revenir au passé par nostalgie. Je demande que nous adaptions notre dispositif de sécurité civile aux risques de 2026 », souligne encore François Huberty qui insiste sur le fait que l’objectif ne serait évidemment pas de créer une concurrence avec les zones de secours.
« Au contraire, tout doit être complémentaire. Il s’agirait d’étudier la possibilité de prépositionner en province de Luxembourg une capacité fédérale spécialisée, située à proximité des éventuelles zones d’intervention, complémentaire au travail de nos pompiers et de la Zone de secours Luxembourg. », dit-il.
Cette capacité pourrait comprendre des moyens lourds de pompage, une zone de captage et de ravitaillement répartie géographiquement, des équipements adaptés aux feux de végétation et de forêt, des capacités logistiques et techniques, ainsi que des moyens de reconnaissance et d’intervention en milieu difficile.
« Nous disposons déjà, par exemple à Libramont, d’un site historiquement lié à la Protection civile et aujourd’hui intégré à notre dispositif de secours. Cela mérite d’être pris en considération dans une réflexion globale », insiste François Huberty.
Une étude fédérale demandée
« Cette proposition ne vise pas à remettre en cause la réforme de 2019, mais à évaluer objectivement si le maillage actuel reste adapté aux nouveaux risques » prévient le Chestrolais qui demande dès lors qu’une étude soit menée au niveau fédéral sur:
– l’évolution des risques auxquels sont exposées les différentes provinces, en particulier la province de Luxembourg ;
– les temps et capacités d’intervention des moyens spécialisés ;
les besoins spécifiques liés aux feux de forêt et aux événements climatiques extrêmes ;
– l’articulation entre Protection civile et zones de secours ;
et l’opportunité de disposer d’une capacité opérationnelle spécialisée en province de Luxembourg.
« Les Hautes Fagnes doivent être un électrochoc »
« Les Hautes Fagnes doivent être un électrochoc. Nous devons tirer les leçons de ce qui se passe aujourd’hui pour être mieux préparés demain. Prévenir, anticiper, intervenir: face aux nouveaux risques qui vont s’accentuer avec le temps, nous devons avoir les moyens de nos ambitions », conclut M. Huberty.
Alors que la province de Luxembourg continue de faire face à des défis majeurs en matière de gestion des crises, cette réflexion sur l’implantation de la Protection civile pourrait bien devenir un enjeu central des prochains mois.