Les ventes de bois ont rapporté 4 millions d’euros à Libin en 2025
La Fédération des Agents des Forêts et l’Amicale des chefs de cantonnement craignent que le DNF ne puisse plus remplir toutes ses missions. « En particulier l’état de martelage que nous sommes les seuls à pouvoir faire. Sans état de martelage, pas de vente de bois. Et quand on sait que les ventes de bois de printemps et d’automne rien que sur le cantonnement de Libin, ont rapporté 4 millions d’euros à la Commune, on comprend que les Communes commencent à s’inquiéter via l’Union des Villes et Communes », explique Matthieu Braun, du cantonnement de Libin et président de la Fédération des Agents des Forêts. Et si à cela on ajoute les centaines de milliers d’euros que rapportent les chasses, on arrive à des montants dont les Communes ne peuvent décemment pas se passer.
7 000 hectares de forêts à gérer sur Libin, Wellin et Daverdisse
Combien d’agents manquent pour remplir les différentes missions comme la gestion des forêts, la sécurité, l’accueil du public, l’encadrement de la chasse, les missions de police puisque les agents sont assermentés ? « Difficile à dire cantonnement par cantonnement. Pour celui de Libin qui regroupe Wellin et Daverdisse depuis qu’on les a fusionnés, nous sommes sur un territoire de 7 000 hectares de forêts. Or, cette fusion n’a pas entraîné d’augmentation d’effectif. Donc, chaque agent doit gérer un territoire plus grand », explique encore le président de la Fédération. Il nous revient que par exemple, la brigade de Libin est composée d’un chef de cantonnement et d’un seul agent administratif. Or, ce cadre administratif est très important : pas une semaine sans qu’il soit contacté par une association pour délivrer une autorisation de baliser un parcours en forêt pour une promenade, une marche ou un quelconque autre événement, etc.

Les agents du DNF poursuivent leur job en forêt, moins au bureau… ©Reporters / QUINETLa députée Mélissa Hanus : « Au cantonnement de Virton, la situation est critique »
La députée régionale PS Mélissa Hanus, qui a interpellé la ministre Anne-Catherine Dalcq en commission du parlement wallon lundi dernier, ne dit rien d’autre : « La situation est aussi particulièrement critique au cantonnement de Virton, où l’on compte 11 à 13 agents pour 17 postes prévus ; seulement 3 agents administratifs pour une charge de travail de 5 ; 9 agents de terrain pour 12, et plusieurs triages vacants gérés par intérims successifs ».
Face à cette situation, le chef de cantonnement a officiellement alerté les autorités communales sur l’impossibilité croissante de maintenir l’ensemble des missions.
Et ces missions ne sont pas anodines : protection de la biodiversité et respect de la loi sur la Conservation de la Nature, la création et la gestion de réserves naturelles publiques, la protection des espèces, l’intégration de la fonction écologique dans la gestion des forêts publiques, le respect des directives Oiseaux et Habitats, de la loi sur la restauration de la Nature, etc.
Certaines de ces missions risquent d’être réduites ou suspendues, en particulier sur les triages inoccupés, avec un impact direct. Tout d’abord sur les ventes de bois et, par conséquent, sur les finances communales, donc.
Des effectifs insuffisants à Bouillon aussi
Au cantonnement de Bouillon, la situation est comparable : des surfaces forestières importantes, une forte pression touristique et environnementale, mais des effectifs devenant insuffisants pour garantir durablement un service continu et territorialisé
La Fédération des Agents des Forêts et l’Amicale des chefs de cantonnement attirent l’attention sur le fait que le DNF est le seul département wallon à n’avoir pas connu d’augmentation d’effectif depuis 2019 !
Pour rappel, le nombre d’agents forestiers est lié au nombre de triages. Ces triages sont regroupés en brigade. Chaque cantonnement est constitué de deux brigades et plusieurs cantonnements sont regroupés au sein d’une direction.
66 triages seront vacants en 2026 en Wallonie !
Donc, comme le soulignent la Fédération des Agents des Forêts et l’Amicale des chefs de cantonnement, si un agent n’est pas remplacé, c’est un territoire qui est laissé à l’abandon ! Or, d’après les calculs réalisés, en Wallonie, une quarantaine de triages sont vacants et, en 2026, il y en aura 66.
La situation est tellement critique que le triage de Thuin a été fermé. C’est un précédent lourd de sens regrette encore la Fédération des Agents des Forêts : « Le sous-effectif a entraîné la fermeture opérationnelle d’un triage, faute de personnel suffisant pour y assurer l’ensemble des missions confiées au DNF », estiment la Fédération des Agents des Forêts et l’Amicale des chefs de cantonnement.
De manière générale, les agents ont dû mal à remplir toutes leurs missions et doivent faire des arbitrages entre elles. Dans le même temps, de nouvelles missions se sont ajoutées comme le permis d’urbanisme, le CoDT, etc.
« Grâce au DNF, les ventes de bois ont rapporté 93 millions d’ € en Wallonie en 2025 »
Les agents du DNF ont alerté les Communes sur le martelage et vente de bois : « En 2025, le DNF a ainsi rendu possible la vente de bois appartenant aux administrations publiques pour un volume total d’environ 1 070 000 m³, générant un revenu global de l’ordre de 93 millions d’euros réparti comme suit : forêts domaniales et assimilées : 255 600 m³ pour 20 millions € ; provinces : 10 000 m³ pour 900 000 € ; communes : 765 000 m³ pour 69 millions d’euros ; CPAS : 26 500 m³ pour 2 375 000 € ; Fabriques d’églises : 10 250 m³ pour 790 000 € », rapporte la Fédération.
Autrement écrit, ces montants sont indispensables pour le fonctionnement des Communes. Et, notent encore les agents du DNF, « Depuis 2010, les revenus totaux issus des ventes de bois sont en évolution croissante, alors que les volumes mobilisés sont en légère diminution. Cette évolution s’explique notamment par la fragilité accrue des écosystèmes forestiers et, depuis la crise des scolytes de 2019-2020, par une augmentation du prix moyen au m³, tant en feuillus qu’en résineux ».
« La fourniture de bois de chauffage constitue également un levier important pour les communes rurales, non pas tant sur le plan financier mais comme service rendu au citoyen », estime encore la Fédération des Agents des Forêts.
La gestion forestière assurée par le DNF ne s’arrête pas à la vente de bois. Il est le garant de la durabilité de la ressource, de la certification forestière et de la sécurité juridique et technique des opérations.
Suppression de missions du DNF ? Oui, mais pour les confier à qui ?
Une première réunion est prévue avec la ministre Dalcq mardi prochain. La Fédération va aborder ce qui est souvent évoqué : la suppression de la territorialité avec moins d’agents pour un ensemble de triages, mais avec des aides composées d’équipes volantes. Parlera-t-on aussi de ce qui est dans l’air : la suppression de missions dévolues au DNF ? Mais qui les assumera, du coup ? « Si on nous enlève des prérogatives comme le CoDT, alors qu’on nous enlève aussi l’assermentation », fait remarquer un agent qui souhaite conserver l’anonymat.
Quelle sera la liberté de manœuvre de la ministre qui va sans doute s’en tenir à la déclaration de politique régionale ? Réponse dans les prochains jours.