C’est un plaisir de retrouver Pete Doherty en pleine forme au Luxembourg City Film Festival. Le musicien semble avoir mis ses addictions derrière lui et se conduit comme un excellent élève, carnet à la main et toujours ponctuel, pour participer au jury présidé par le réalisateur Rodrigo Sorogoyen.
« C’est une mission de rêve. Je découvre des films et j’entends parler de cinéma par des professionnels. Mes contacts avec les autres membres du jury (dont Emmanuelle Béart) sont vraiment enrichissants. »
Toujours tiré à quatre épingles ( « Même quand j’étais au fond du trou, je ne négligeais pas mon look », dit-il), le quadragénaire se révèle un modèle de gentillesse et d’humilité. « Quand les autres jurés ont mentionné « Michael Haneke », je pensais qu’il parlait de la fête juive Hanuka et je me demandais pourquoi. Ils ne me croyaient pas quand j’ai avoué que je n’avais jamais entendu parler du cinéaste autrichien… » Et de noter dans son calepin les titres de nos films préférés du cinéaste : Funny Games et Amour.
Un amoureux de cinéma
Il ne faut pourtant pas croire que Pete Doherty ne connaît rien au cinéma. « Je suis fan de films noirs notamment ceux avec Humphrey Bogart, cette imagerie me touche infiniment. J’adore les intrigues policières compliquées, le jazz, les néons et les tenues de l’époque. » Il confie aussi une passion pour Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard, 1950) de Billy Wilder. « Ce film parle d’un jeune homme qui rêve de célébrité et qui se brûle les ailes, dit-il. C’est un sujet dans lequel je peux me reconnaître. Ce pacte faustien où on plonge une plume dans son cœur pour signer le contrat qui peut causer votre perte. » Il est aussi fan de Groucho Marx dont il nous livre, impromptu, une imitation désopilante.
Pete Doherty en Groucho Marx au Festival de Luxembourg City - Caroline Vié
Pour Pete Doherty, le cinéma n’est pas éloigné de la musique. « Beaucoup de musiciens ont travaillé leur cinéma et de nombreux cinéastes sont aussi musiciens, explique-t-il. L’essentiel est de pouvoir donner libre cours à sa créativité. C’est génial que ces deux arts puissent s’entremêler ». Lui-même n’hésite pas à sortir de sa zone confort en faisant l’acteur, il ya quinze ans dans Confessions d’un enfant du siècle de Sylvie Verheyde et plus récemment dans un polar.
« Je n’ai qu’une scène mais c’était très amusant d’incarner un journaliste anglais qui mène l’enquête sur une danseuse dans le Dieppe des années 1950. On m’a aussi proposé de participer à une adaptation de Nana d’Emile Zola mais j’ai dû décliner. »
Le musicien ne dispose pas de beaucoup de temps pour s’adonner aux joies du métier de comédien. Il a enchaîné les concerts en Serbie, Croatie et Turquie et s’est remis à écrire de la musique. « Je planche sur de nouvelles chansons, confie-t-il. J’étais avec les Libertines la semaine passée à travailler sur un cover de la chanson « Sayonara » en hommage à Shane MacGowan, le chanteur des Pogues qui est mort en 2023 ». En attendant de se remettre au travail, Pete Doherty profite à fond de sa parenthèse enchantée au Luxembourg avec sa femme et sa fille. « Mais je prends mon devoir de juré très au sérieux, martèle-t-il. Je suis prêt à défendre mes goûts pendant la délibération ! » Un juré modèle, on vous dit.