L’ancien dessinateur du Monde a brillé par son côté décalé mais aussi plein d’idéal. Il a invité à réapprendre à s’écouter: » Oui, on n’est pas d’accord, mais je veux que tu saches que je respecte ton opinion. »
Charlie
Avouant que ses dessins sont souvent remplis d’irrespect, « parce qu’on est là pour énerver, asticoter les politiques », il n’aurait sans doute pas fait le dessin de Charlie Hebdo sur Crans-Montana. Par respect pour les familles.
Son message aura aussi été un hommage aux journalistes: » Le journaliste, il faut qu’il aime les médias pour lequel il travaille. Il faut vivre cela comme une famille. En 50 ans, je me suis engueulé avec mes rédacteurs en chef, c’est comme dans une famille ».
Lors de sa conférence, il aura laissé vagabonder son imagination en dessinant sur sa tablette, en passant du coq à l’âne.
Il lance son GSM
Moment assez inattendu le lancement en l’air son GSM retombé à cinq mètres pour montrer qu’on ne devait pas être esclave de son smartphone: « Ce n’est pas les réseaux sociaux qui nous disent ce que l’on doit penser. Ce n’est qu’un outil »
Pour lui, les hobbys sont un formidable exutoire à la frustration: « Ceux qui ont de la chance de faire de la guitare, des poèmes, de la danse, du dessin, du théâtre, cela lave la tête. Cela permet de dire des choses incroyables sur les frustrations qui nous accompagnent. » Et l’artiste de clôturer: « Plus on partagera de la culture, moins on aura de l’intolérance. Grâce à vos profs, vous allez pouvoir construire un monde pacifié ».
« Lâchez-vous! »
Plantu est apparu d’une grande disponibilité. S’il dédicaçait ses ouvrages, il aura aussi croqué les carnets des élèves. Chouette moment avec Valentine et Esther. La première de souligner le courage de la profession: « On a vu avec Charlie Hebdo que le métier pouvait comporter certains dangers ». Esther de confier: « On voit que cela le passionne. Son but n’est pas d’être méchant mais d’avoir un avis critique ». La demoiselle qui réfléchit au journalisme entendra: « Lâchez-vous ! »
La rencontre EPAS se faisait à l’invitation de l’Institut Pierre Werner, en collaboration avec les CFL. L’expo est visible à l’Europe Expérience du Parlement européen de Luxembourg. Elle est ouverte au public jusqu’à fin mai.
Les enseignants doivent s’autocensurer !
Luc Hermann, vous êtes professeur d’histoire, c’était important d’être avec Plantu ?
Absolument, pour défendre la liberté d’expression. En tant qu’enseignant, c’est de plus en plus compliqué de parler de certaines choses. Il y a parfois une autocensure des enseignants sur certains sujets. On voit ici un dessinateur qui a osé parler de l’actualité, cela nous donne une force de continuer, à apprendre à décortiquer l’actualité.
La caricature, c’est pourtant un raccourci ?
Oui, mais comme il y a une forme d’exagération dans la caricature, cela veut dire qu’on peut dénoncer des faits par l’humour, ce qui permet de désamorcer un propos qui serait peut-être trop radical au départ. C’est cela la force des grands caricaturistes comme Plantu, même si le dessin semble être une simplification de l’actualité, on voit malgré tout que ce dessin est très complexe dans ce propos.
Ce qui vous marque dans son propos ?
On revient à l’autocensure. Plantu vit entouré de policiers depuis 2015. Oui, en tant qu’enseignant, on voudrait parler de certaines choses, on doit s’autocensurer, mais on se pose aussi la question de savoir quelle est notre liberté, les menaces qui pèsent sur nous en tant qu’enseignant.