Le Comité national contre le tabagisme (CNCT), la Fondation belge contre le cancer ainsi que la Société néerlandaise du cancer (KWF) ont publié une tribune dans le média Luxembourg Times, invitant les pouvoirs publics du Duché à mettre fin à leur politique de dumping fiscal sur les produits du tabac.
Nous reprenons une information de Génération sans tabac.

L’essentiel du tabac vendu au Luxembourg est consommé par ses voisins européens

Alors que la plupart des pays européens voient les volumes de vente légale de tabac diminuer depuis plusieurs années, le Luxembourg se singularise par une forte augmentation de ses ventes de tabac.
Ainsi, les ventes légales de tabac au Luxembourg ont augmenté de 53 % entre 2019 et 2024. 
À titre de comparaison, les quantités de tabac vendues ont reculé de 32 % aux Pays-Bas, de 31 % en France, et de 28 % en Belgique. Ces tendances sont à mettre en lien avec les stratégies de surapprovisionnement du marché luxembourgeois par l’industrie du tabac. En 2024, sur les cinq milliards de cigarettes vendues au Luxembourg, seulement 12 % ont été effectivement consommées par des Luxembourgeois, l’essentiel étant en réalité à destination des pays frontaliers, ayant d’ores et déjà mis en place des trajectoires fiscales haussières sur les produits du tabac.

Une externalisation des coûts du tabac

Pour les auteurs de la tribune, la volonté des pouvoirs publics de maintenir d’importants écarts tarifaires entre le Luxembourg et ses voisins entraîne des conséquences fiscales et sanitaires négatives pour ces derniers.
Ainsi, ces pratiques de dumping fiscal tendent à pénaliser une partie de l’efficacité des politiques de lutte contre le tabagisme menées en France, notamment dans les régions à proximité du Luxembourg. Par ailleurs, le commerce transfrontalier entre les deux pays génère un manque à gagner fiscal de plusieurs centaines de millions d’euros.
Selon la tribune, de telles pratiques participent à dynamiser l’économie du tabac au Luxembourg, tout en en faisant supporter les coûts par ses partenaires européens. Pour rappel, le coût social net du tabagisme est évalué à 156 milliards d’euros par an en France, tandis que les dépenses de santé attribuables au tabagisme demeurent significativement supérieures aux recettes générées par la vente de tabac.

Anticiper la Directive européenne sur la fiscalité du tabac

Dans la perspective des discussions relatives à la révision de la Directive sur la fiscalité du tabac (TTD), les trois organismes appellent les pouvoirs publics luxembourgeois à anticiper une réévaluation potentielle des droits d’accise sur le tabac à l’échelle européenne.
En effet, la directive révisée pourrait moduler les niveaux de fiscalité sur le tabac en fonction du pouvoir d’achat des États membres.
Une telle disposition pourrait se traduire par une augmentation substantielle de la fiscalité au Luxembourg, l’un des pays les plus riches au monde. Ces propositions de révision font toutefois l’objet d’un fort lobbying de la part de l’industrie du tabac, et ont été qualifiées d’excessives par l’actuel ministre des Finances luxembourgeois, Gilles Roth.