Les élections municipales viennent de rendre leur verdict en France. Dimanche 22 mars 2026, un peu moins de 1.600 communes françaises attendaient de connaître l’identité de leur maire à l’issue du second tour, tandis que la réponse était déjà connue dans toutes les autres dès le premier tour, le 15 mars.
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Depuis, les nouveaux maires prennent petit à petit leurs marques, les conseils municipaux ont été installés, tandis que les réélus se remettent au travail dans la lignée de leur mandat précédent.
L’emploi du temps d’un maire demande beaucoup de disponibilité, qu’il faut pouvoir concilier avec ses activités professionnelles lorsque l’édile n’est pas encore à la retraite. Mais que se passe-t-il lorsqu’un maire français travaille à l’étranger, et, plus particulièrement, lorsqu’un maire lorrain travaille au Luxembourg?
«J’ai dû faire beaucoup de sacrifices»
Thierry Michel, réélu le 15 mars à Évrange, village voisin de Frisange, pour un deuxième mandat, est à la retraite «depuis l’année dernière». Il ne doit donc plus jongler quotidiennement entre ses activités au Parlement européen, où il exerçait en tant qu’ingénieur informatique, et l’administration de sa commune de 250 habitants, frontalière du Luxembourg.
Lors de son premier mandat, Thierry Michel travaillait encore à temps plein. «Ce n’était pas évident pour moi», concède-t-il. «J’ai dû me réadapter et réorganiser mes semaines», témoigne-t-il. Surtout, son mandat lui a coûté très cher en jours de congés, qu’il était obligé de prendre vis-à-vis de son employeur en cas de réunion importante ou de tout autre événement. «En France, un employeur doit libérer son employé, s’il est maire, pour qu’il puisse s’occuper de sa commune. Au Luxembourg, j’ai sacrifié presque la moitié de mes congés annuels», ajoute Thierry Michel, qui rappelle l’absence de cadre légal pour que cette situation soit prise en compte.
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De plus, l’activité de maire demandant des heures d’investissement supplémentaires en plus des classiques rendez-vous d’agenda, «j’ai aussi dû sacrifier beaucoup de week-ends», assure Thierry Michel. Néanmoins, il ne regrette pas son engagement: «C’est un choix, quand on décide de se présenter pour être maire. Avant de l’être, je m’étais posé la question. Je connaissais l’équation et ça demandait une organisation. J’ai dû faire beaucoup de sacrifices, mais je savais ce que cela impliquait. Dans une commune de la taille d’Évrange, un maire est au four et au moulin», analyse le maire d’Évrange.
Aujourd’hui à la retraite, Thierry Michel n’a pas encore tout à fait arrêté son travail au Parlement européen. «Je travaille encore deux jours par semaine pour pouvoir transmettre mes compétences et intervenir ponctuellement. Mais je suis beaucoup plus libre depuis que je n’y suis plus à temps plein et c’est plus facile de m’organiser. Je pense complètement arrêter à la fin de l’année», souligne-t-il.
«Un lourd investissement»
Lui aussi repart pour un deuxième tour: Olivier Kormann, salarié de la Banque Internationale à Luxembourg (BIL), a été réélu maire de Rodemack le 15 mars. Nous évoquons ici une commune peuplée d’à peine moins de 1.300 habitants, disposant donc d’un peu plus de personnel qu’à Évrange. «Je peux donner délégation à mes adjoints dans plusieurs domaines. Notre équipe de 2026 compte cinq nouveaux membres et nous avons essayé de la compléter avec de nouvelles compétences», témoigne Olivier Kormann.
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Lui aussi explique avoir agi «en toute connaissance de cause» en s’engageant pour sa commune tout en occupant son emploi au Grand-Duché. «J’essaie de maîtriser au mieux mon agenda, c’est toute une organisation, un lourd investissement, au quotidien, y compris le week-end», ajoute-t-il.
Pour cela, Olivier Kormann peut compter sur un dispositif mis en place par la BIL: «Mon employeur me permet d’acheter des jours de congés qui sont retenus sur ma rémunération. J’en achète environ 30 à 40 à l’année», complète le maire de Rodemack.
«Arriver à une représentativité des frontaliers»
Enfin, Joël Immer, réélu le 15 mars à Roussy-le-Village, va connaître son premier mandat complet (il avait repris les fonctions de son prédécesseur, Benoît Steinmetz, en 2023, donc en plein mandat). Cité dans un premier temps par L’Essentiel, il est revenu pour Virgule sur son quotidien de maire et de frontalier dans le secteur de la sécurité bancaire.
Joël Immer met en avant «une charge de travail de 20 heures supplémentaires par semaine en moyenne». Il explique anticiper son calendrier municipal par «un planning mensuel sans aménagement particulier». Il dit devoir prendre des congés «pour les événements importants pour la commune, «comme des inaugurations, des rendez-vous préfectoraux…»
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Pour arriver à gérer tous les dossiers de la commune, Joël Immer s’appuie sur le concours de cinq adjoints, «ce qui est plus que la moyenne pour une commune de 1.600 habitants où, en général, quatre adjoints suffisent». Deux de ses adjoints étant également travailleurs frontaliers, «on se répartit la charge différemment», poursuit le maire de Roussy-le-Village.
L’élu rappelle ne pas pouvoir bénéficier des cinq jours ‘’offerts’’ aux maires français travaillant en France pour l’exercice de leurs fonctions. «Il n’existe pas d’accord entre la France et le Luxembourg», ajoute Joël Immer. Il indique avoir déjà fait part de cette situation à d’autres responsables politiques, comme le préfet de la Moselle. «C’est un sujet important pour la Grande Région, très concernée par le travail frontalier. Il faut arriver à une représentativité des frontaliers dans les conseils municipaux», argue-t-il.
Néanmoins, Joël Immer se montre peu optimiste quant à une évolution prochaine de la situation: «En ce moment, on a beaucoup parlé des élections municipales, mais avec l’actualité internationale, on a l’impression que ça va vite redevenir un sujet de second plan», estime-t-il.