Les investissements de clients français dans l’assurance-vie luxembourgeoise ont progressé de 20,3% en 2025, pour atteindre 16,4 milliards d’euros, un montant record, selon les chiffres publiés par l’Association des compagnies d’assurances et de réassurances (ACA). L’engouement des hauts patrimoines français pour l’assurance-vie luxembourgeoise se maintient donc, après une année 2024 marquée par un bond spectaculaire de plus de 50%.
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L’instabilité politique française n’est pas étrangère à cette dynamique. Les investissements français avaient reculé en 2022 et 2023 (respectivement -8% et -19%), mais la tendance s’est inversée avec la crise politique ouverte par la dissolution de l’Assemblée nationale, décidée par Emmanuel Macron en juin 2024. Cette décision avait déclenché une intensification des demandes de délocalisation d’actifs vers le Luxembourg, via des contrats d’assurance-vie, un phénomène que Virgule documentait déjà à l’été 2024. Sans issue politique claire en France, le mouvement s’est ensuite maintenu.
La clientèle internationale surreprésentée, en particulier la France
Plus largement, le secteur de l’assurance-vie luxembourgeoise affiche une belle santé en 2025: il atteint 31,1 milliards d’euros de collecte, soit une hausse de 16% sur un an. L’essentiel de cet argent provient de la clientèle internationale, qui représente 30,3 milliards d’euros (+14% par rapport à 2024).
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La France domine très largement le marché, avec 54,6% du total. L’Italie arrive en deuxième position (3 milliards d’euros, -28,8% sur un an), suivie de la Belgique (2,3 milliards, +10,5%), de l’Allemagne (2,2 milliards, +17,2%) et du Portugal (800 millions d’euros, +27,5%, après deux années de baisse).
Un attrait qui n’est pas lié à la fiscalité
Pourquoi le Luxembourg plutôt qu’ailleurs? L’attrait n’est pas fiscal: les intérêts perçus doivent toujours être déclarés dans le pays de résidence du souscripteur. Ce sont d’autres mécanismes de protection qui font la différence.
Le premier est le «superprivilège luxembourgeois»: en cas de faillite de l’assureur, le souscripteur est remboursé avant même l’État. Le second est le «triangle de sécurité», une convention tripartite obligatoire entre la banque dépositaire, la compagnie d’assurance et le Commissariat aux assurances, qui garantit la séparation légale et physique entre les avoirs des clients et les actifs de l’assureur.
Le contre-exemple de FWU Life Insurance Lux
Le tableau n’est toutefois pas sans ombre. La dissolution et la liquidation de FWU Life Insurance Lux, prononcée par le tribunal d’arrondissement de Luxembourg le 31 janvier 2025, rappelle que le cadre luxembourgeois n’est pas infaillible, même s’il s’agit d’un cas atypique. Plus de 30.000 contrats appartenant à des épargnants français, sans compter 110.000 épargnants italiens affectés, se retrouvent en souffrance, leurs détenteurs attendant toujours de récupérer leurs fonds.
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S’ajoute encore un autre attrait pour l’assurance-vie luxembourgeoise, plus stratégique: le transfert de capitaux vers le Luxembourg peut annoncer le départ futur d’exilés fiscaux français. Des épargnants qui ne sont pas prêts à quitter la France aujourd’hui, mais qui veulent s’en faciliter la voie s’ils devaient le faire demain. Les contrats d’assurance-vie luxembourgeois sont particulièrement adaptés à cette logique: portables, modulables selon la situation fiscale du souscripteur, ils bénéficient d’une reconnaissance internationale étendue. Reste que le ticket d’entrée moyen est cher, à 250.000 euros, voire davantage.