« Un comité n’a de sens que si le permis est accordé »

Mais avant que Guy Gilloteaux n’intervienne pour justifier la mise en place d’un comité, le bourgmestre Jean-Pierre Dardenne dresse l’historique du projet. « Depuis plus de dix ans, la société cherche une formule pour relancer l’exploitation de la carrière du Diable Château, qui n’est plus exploitée depuis une vingtaine d’années, dit-il. Elle a d’abord envisagé une exploitation complète sur le site mais se posait la problématique du transport des pierres concassées, et aucune solution satisfaisante n’a jamais pu être trouvée. Les responsables ont alors réfléchi à une autre formule, à savoir prélever des pierres et les transférer à la carrière de Cielle par le biais d’une bande transporteuse reliant les deux carrières. »

Il continue en soulignant la position du collège. « À l’époque, le collège échevinal avait émis un avis favorable qui prévoyait la mise en place d’un comité de pilotage, mais le permis sollicité a été refusé tant en première instance qu’en degré d’appel. La société a alors peaufiné son projet et le collège, le 31 mars dernier, a également émis un avis favorable. La mise en place d’un comité est toujours prévue. »

Il s’adresse ensuite à Guy Gilloteaux en expliquant qu’il existe de la précipitation de sa part. « Un comité d’accompagnement n’a de sens que si le permis est accordé », estime-t-il en affirmant qu’un amendement sera déposé avec plusieurs objectifs.

Ceux-ci sont d’indiquer que le comité ne sera mis en place que si le permis est accordé, d’indiquer qu’il comprendra sept membres mais qu’il est invité à s’élargir en accueillant toutes les personnes qui souhaiteront en faire partie, et d’indiquer que le comité sera autonome quant à son fonctionnement, notamment au niveau de la fréquence des réunions. Il devra néanmoins adresser annuellement un rapport au conseil communal de La Roche et Rendeux.

« L’ouverture de cette carrière est une très mauvaise nouvelle »

Guy Gilloteaux intervient ensuite et ne partage pas « l’espèce d’euphorie selon laquelle c’est formidable d’avoir un tunnel qui va faire le boulot. Personnellement, je suis plutôt dans la prudence. Je voudrais rappeler qu’en 1993, cette carrière ne devait pas être vendue par la Commune. Il y avait un litige avec la Socogetra à l’époque. La principale erreur, que l’on pourrait qualifier d’historique maintenant, c’était de vendre cette carrière qui était en zone d’extraction au plan de secteur. Mais il serait mal venu de notre part de nous opposer à ce projet car d’une part, le gisement est indispensable pour faire des autoroutes en Sarre allemande, au Grand-Duché de Luxembourg, en Lorraine française et en Belgique, et d’autre part parce que ça profite à des sociétés largement extérieures à notre commune. »

Il affirme encore qu’une annulation de vente aurait coûté extrêmement cher à la Commune et exprime son inquiétude quant à la réouverture de la carrière de Diable Château. « Si le projet a été refusé en 2023, c’est parce qu’il existait de nombreuses malfaçons au niveau de la biologie notamment, reprend-il. L’ouverture de cette carrière est une très mauvaise nouvelle, en plein poumon économique et touristique. Commune et carrière, c’est un très mauvais ménage et nous pouvons toutes et tous avoir beaucoup d’amertume quant à ce qui va se passer. Mais il faut savoir trouver le bon compromis. »

« Nous n’en avions pas conscience à l’époque »

On s’en doute, Jean-Pierre Dardenne a répondu aux propos de Guy Gillotaux estimant que ce dernier « change radicalement d’avis en peu de temps puisqu’il y a trois ans, il avait émis un avis favorable. »

Ce dernier nuance et affirme que c’est parce que la Commune n’avait pas les moyens d’annuler cette vente, au risque de la mettre en faillite. « Nous étions piégés », dit-il.

La première échevine Manon Dubois explique quant à elle avoir peur également. « C’est un lieu précieux et le projet ne fait plaisir à personne. Personne n’est euphorique, explique-t-elle. Nous avons conscience de toute cette richesse au niveau de la biodiversité et de l’écologique maintenant, mais ce n’était pas le cas voilà une trentaine d’années. Si cela avait été le cas, bien sûr que les choix auraient été différents. Cette vente a permis le développement d’autres projets financiers et je pense aussi que le projet est plus qualitatif qu’auparavant. Certes, ce sont des investisseurs étrangers mais cela permettra à quelques familles sur notre commune de vivre, et quelques emplois aussi. »

« Vous faites croire au Paradis »

Tandis que Jean-Pierre Dardenne explique qu’il ne faut pas laisser croire que le site était vierge au moment de sa vente en 1994, « car il y a toujours eu une carrière et que l’impact de l’exploitation sera moindre que ce qui était réalisé par le passé », Guy Gilloteaux rétorque qu’une production de 600 000 tonnes est prévue chaque année, « sachant que le plafond est à 1 200 000 tonnes, soit 60 000 camions dont 65 % vers Samrée et 35 % vers La Roche. Comparons ce qui est comparable. Vous nous faites croire qu’elle n’entraînera aucune nuisance et que ce sera le paradis. »

Jean-Pierre Dardenne affirme que le nombre de camions sera le même qu’aujourd’hui. « Pas du tout, répond le conseiller qui a demandé une suspension de séance avant le vote.Vous avez eu le temps de lire notre proposition, nous n’avons pas pu lire la vôtre. »

« C’est vachement critiquable »

Après une interruption de dix minutes, Céline Louis (min.) annonce les modifications que la minorité souhaite apporter. « Pour assurer une certaine proportionnalité au niveau du comité, nous pensons qu’il faut au moins huit personnes de la société civile, dit-elle avant de demander sous quelles conditions le comité pourra accepter ou refuser certaines personnes, sachant que vous avez dit que toute personne pourra y participer. »

Jean-Pierre Dardenne explique qu’a priori, il n’y a pas de raison pour que le comité refuse la demande de quelqu’un, « mais tu ne peux pas exclure qu’un farfelu demande à pouvoir intégrer ce comité, dit-il. Moyennant une justification, le comité doit pouvoir refuser une adhésion. »

Sophie Molhan (min.) souffle que ce n’est plus de la démocratie alors que Céline Louis explique que les justifications peuvent être subjectives. « C’est vachement critiquable de refuser quelqu’un », regrette-t-elle.

« Je souhaite laisser au comité la possibilité de dire non pour se protéger mais on peut penser que dans la majorité des cas, les demandes seront acceptées », ajoute le bourgmestre qui montre ensuite son désaccord avec le fait de mettre au moins huit personnes de la société civile dans le comité. Pas dès le départ. C’est contraindre le bon fonctionnement de la commission qui doit être libre. Le comité pourra s’élargir par la suite. »

Après s’être mis d’accord sur plusieurs modifications, le point est voté à l’unanimité. Parmi celles-ci, le fait que le comité suive la mise en œuvre du permis, qu’il comprenne trois représentants de la société CGR, trois membres du conseil de La Roche et une personne désignée par le collège de Rendeux, qu’il puisse refuser des demandes en motivant ce choix et qu’il se réunisse autant de fois qu’il le jugera nécessaire.

S’il l’estime utile également, il organisera des réunions d’information à destination de la population.