Ce n’est qu’après la guerre que tous se retrouvent au Luxembourg, où Joseph et Sara seront enfin nationalisés en 1963. L’année, précisément, de la naissance de Stéphane. Quelques années plus tôt, Meliata a rencontré Louis Bern, lui aussi juif ashkénaze, venu de Pologne. Ensemble, ils fondent une famille, en France. En 1973, ils s’établissent à Paris. Le jeune homme étudie, au lycée Carnot. La suite de son cursus se déroule à Lyon, à l’école de management, dont il sort diplômé en 1985.
Couper le son
Pourtant, enfant, le jeune Stéphane n’aimait rien tant que raconter des histoires. « Au début, je voulais être avocat. Quand j’ai eu 17 ans, je suis beaucoup allé au tribunal correctionnel pour voir les grands procès mais mon côté loyaliste faisait que j’étais toujours du côté du procureur général ! Donc il ne valait mieux pas que je suive cette voie. J’avais la langue bien pendue, je voulais raconter des histoires. Mon père disait toujours que la différence entre la radio et moi, c’est que la radio, on pouvait la couper. »
Cette même année 1985, la Grande-Duchesse Charlotte décède. Le 10 juillet. « J’avais rencontré, peu de temps auparavant, Marie-Claire Pauwels, qui a dirigé pendant des années Madame Figaro », nous explique Stéphane Bern. « Je l’ai appelée, je lui ai dit que la Grande-Duchesse était morte et que je pouvais lui faire un portrait de cette femme exceptionnelle. La résistance, la guerre, tout ce qu’elle a apporté à son pays. Ça a été mon premier papier. Le Luxembourg a décidé de ma vie. Il y a des choses comme ça… Qu’est-ce qui fait de vous que vous devenez journaliste ? Moi, ça a été le Luxembourg ! Ça a été mon premier article, là-dessus, on m’en a proposé d’autres. C’est en forgeant qu’on devient forgeron et c’est en écrivant qu’on devient journaliste. Et c’est toujours le Luxembourg qui a décidé de ma vie. »
Le présentateur de Secrets d’histoire le répète : « C’est une histoire folle ». « Mes grands-parents étaient luxembourgeois, moi je le suis devenu plus tard, lorsque j’ai recouvré ma nationalité (en 2017, NdlR). Mais, pour autant, j’ai toujours été éduqué avec l’amour du Luxembourg et de notre famille grand-ducale ».
Cette connaissance des arcanes du système a fait qu’il a été le premier à interviewer le Grand-Duc Jean et la Grande-Duchesse Joséphine-Charlotte. « Les souverains me disent toujours que j’ai été le premier et que j’ai surtout été le seul. Parce qu’ensuite, ils n’ont jamais reçu personne à Colmar-Berg pour faire des interviews. À l’époque, les entretiens des souverains étaient contresignés par le premier ministre et on avait été validés par Pierre Werner. C’était en 1989 pour les 25 ans de leur règne. »
En juillet 1985, en sortant de l’école de management de Lyon, Stéphane Bern ne savait pourtant pas quoi faire de sa vie. « Est-ce que j’allais faire des études complémentaires, peut-être science-po, je m’interrogeais. Et puis je suis devenu journaliste, comme ça. Ce que j’ai fait a plu, j’ai beaucoup écrit sur le Luxembourg puisqu’Air France Magazine – la compagnie ouvrait une ligne sur le Luxembourg – m’a demandé d’écrire un grand reportage sur le pays. Ça a décidé de mon orientation, de ma vie, de ma carrière, de ce que je suis devenu. »