{"id":5782,"date":"2026-03-24T14:22:04","date_gmt":"2026-03-24T14:22:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.europesays.com\/lu-fr\/5782\/"},"modified":"2026-03-24T14:22:04","modified_gmt":"2026-03-24T14:22:04","slug":"leonora-carrington-au-musee-du-luxembourg","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.europesays.com\/lu-fr\/5782\/","title":{"rendered":"Leonora Carrington au mus\u00e9e du Luxembourg"},"content":{"rendered":"<p>Jusqu\u2019au 19 juillet 2026, le mus\u00e9e du Luxembourg d\u00e9voile la toute premi\u00e8re r\u00e9trospective fran\u00e7aise de Leonora Carrington. Parmi les toiles hant\u00e9es de chim\u00e8res et de couleurs vives, l\u2019exposition nous plonge dans les passions et dans la vie de l\u2019incontournable artiste surr\u00e9aliste\u2026\u00a0Num\u00e9ro revient sur les secrets de trois tableaux de la peintre \u00e9sot\u00e9rique.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\tPar\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<a href=\"https:\/\/numero.com\/contributeur\/camille-bois-martin\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Camille Bois-Martin<\/a>.\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"745\" height=\"1000\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/lu-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/exposition-2026-leonora-carrington-musee-du-luxembourg13.jpg\" alt=\"\u0153uvre de Leonora Carrington, Las tentaciones de San Antonio (1945) expos\u00e9e au mus\u00e9e du Luxembourg \u00e0 Paris en 2026\" class=\"wp-image-819123\"\/>Leonora Carrington, Las tentaciones de San Antonio (1945). \u00a9 Collection particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re r\u00e9trospective fran\u00e7aise de Leonora Carrington<\/p>\n<p>Au fil des 126 \u0153uvres r\u00e9unies entre les murs de l\u2019intime mus\u00e9e du Luxembourg, un microcosme artistique se d\u00e9ploie. Entre chevaux, sorci\u00e8res, paysages f\u00e9\u00e9riques et chim\u00e8res, l\u2019institution vibre au rythme des cr\u00e9ations de Leonora Carrington, et inaugure sa toute premi\u00e8re r\u00e9trospective fran\u00e7aise. N\u00e9e en 1917 en Angleterre, l\u2019artiste fait aujourd\u2019hui partie des figures les plus influentes du Surr\u00e9alisme, bien que sa renomm\u00e9e n\u2019ait \u00e9t\u00e9 que tr\u00e8s tardive en Europe, \u00e0 l\u2019inverse du Mexique o\u00f9 elle v\u00e9cut de 1942 jusqu\u2019\u00e0 sa mort (en 2011), et qui c\u00e9l\u00e8bre son \u0153uvre depuis la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>De son vivant, Leonora Carrington s\u2019est toujours refus\u00e9e \u00e0 toute explication de ses peintures. Pourtant, son travail \u00e9sot\u00e9rique semble parfois imp\u00e9n\u00e9trable : face \u00e0 ses compositions color\u00e9es, le public observe une ribambelle de cr\u00e9atures \u00e9tranges flottant dans des d\u00e9cors tout aussi fantaisistes. S\u2019il s\u2019agit, \u00e9videmment, de l\u2019une des composantes du mouvement surr\u00e9aliste, la part mystique de l\u2019\u0153uvre de l\u2019artiste anglaise se dissipe n\u00e9anmoins en partie \u00e0 la lumi\u00e8re de sa biographie et de son parcours tumultueux, qui irriguent en effet ses toiles\u2026<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"919\" height=\"1000\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/lu-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/selection-expositions-2026-leonara-carrington-musee-du-luxembourg26.jpg\" alt=\"\u0153uvre de Leonora Carrington, Window in Saint-Martin-d\u2019Ard\u00e8che (1938) expos\u00e9e au mus\u00e9e du Luxembourg \u00e0 Paris en 2026\" class=\"wp-image-815523\"  \/>Leonora Carrington, Window in Saint-Martin-d\u2019Ard\u00e8che (1938). \u00a9 2026 Estate of Leonora Carrington \/ ADAGP, Paris; \u00a9 Michel Tissot dit Daubery.<\/p>\n<p>La maison \u0153uvre d\u2019art de Max Ernst et Leonora Carrington (1938)<\/p>\n<p>Enfant, Leonora Carrington \u00e9volue dans une riche famille anglaise. Alors que ses fr\u00e8res vont \u00e0 l\u2019\u00e9cole, elle est contrainte de rester chez elle, syst\u00e9matiquement renvoy\u00e9e des institutions catholiques auxquelles ses parents la confient, et surveill\u00e9e par une gouvernante qui, \u00e0 ses dires, ne l\u2019aurait jamais appr\u00e9ci\u00e9e. R\u00eaveuse, la petite fille s\u2019engouffre alors dans son imagination et dessine, d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de dix ans, des personnages f\u00e9\u00e9riques, entre magiciennes et animaux fictifs, que l\u2019on observe dans les premi\u00e8res salles du mus\u00e9e du Luxembourg. Un animal en particulier hantera ses tableaux tout au long de sa vie : le cheval. Symbole de libert\u00e9, il incarne un esprit farouche et indompt\u00e9 auquel Leonora Carrington semble ainsi s\u2019identifier. Peut-\u00eatre a-t-il aussi un lien avec le cheval \u00e0 bascule jet\u00e9 aux flammes \u2013 avec tant d\u2019autres jouets \u2013, par le p\u00e8re de l\u2019artiste lorsqu\u2019elle \u00e9tait enfant\u2026<\/p>\n<p>Ce qui est s\u00fbr, c\u2019est que le cheval devient le symbole par excellence de la plasticienne, qui en use pour s\u2019autorepr\u00e9senter. \u00c0 l\u2019instar de cette fascinante licorne rouge vif \u00e0 la crini\u00e8re de flammes : Leonora Carrington r\u00e9alise cette peinture en 1938, sur l\u2019une des portes de la maison qu\u2019elle partage alors avec <a href=\"https:\/\/numero.com\/art\/art-art\/quels-monstres-hantent-les-peintures-de-max-ernst\/\" type=\"link\" id=\"https:\/\/numero.com\/art\/art-art\/quels-monstres-hantent-les-peintures-de-max-ernst\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">Max Ernst<\/a>. Rencontr\u00e9 deux ans plus t\u00f4t \u00e0 Londres lors d\u2019une exposition surr\u00e9aliste \u2013 alors qu\u2019elle entame \u00e0 peine sa carri\u00e8re \u2013, l\u2019artiste allemand, mari\u00e9 de son c\u00f4t\u00e9, devient rapidement son ami, puis son amant. Elle d\u00e9cide alors, contre l\u2019avis de ses parents, de fuir son pays natal pour rejoindre le sud-est de la France avec ce mentor de vingt-six ans de plus qu\u2019elle. Nich\u00e9s dans le petit village de Saint-Martin-d\u2019Ard\u00e8che, ils fa\u00e7onnent ensemble leur domicile comme une \u0153uvre d\u2019art totale, o\u00f9 les portes et les fen\u00eatres sont recouvertes des peintures de Leonora Carrington, tandis que Max Ernst orne l\u2019ext\u00e9rieur de diverses cr\u00e9atures sculpt\u00e9es.<\/p>\n<p>Un couple au destin funeste<\/p>\n<p>\u00c0 cette p\u00e9riode, le peintre lui offre justement un cheval \u00e0 bascule, trouv\u00e9 dans un march\u00e9 aux puces de Paris, afin de remplacer celui de son enfance\u2026 Dans ce petit paradis reclus, ils accueillent des amis et grandes figures artistiques de l\u2019\u00e9poque (<a href=\"https:\/\/numero.com\/art\/photographie\/qui-est-la-photographe-lee-miller-film-kate-winslet-cinema\/\" type=\"post\" id=\"581509\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">Lee Miller<\/a>, Leonor Fini) et se laissent emporter par leur imagination. Entre les contes qu\u2019elle \u00e9crit et les tableaux qu\u2019elle entame, Leonora Carrington imagine donc cette fameuse fen\u00eatre derri\u00e8re laquelle appara\u00eet la licorne rouge. Morceau de son univers \u00e9sot\u00e9rique, cette \u0153uvre appara\u00eet \u00e0 double-tranchant. Le cheval, aussi f\u00e9roce semble-t-il, est enferm\u00e9 derri\u00e8re les barreaux d\u2019une fen\u00eatre. Il \u00e9voque ainsi la situation de l\u2019artiste anglaise, souvent contrainte d\u2019attendre le retour de Max Ernst, parti apaiser les tensions avec sa femme de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs cette \u0153uvre n\u2019est pas sans rappeler son Portrait de Max Ernst qu\u2019elle imagine en 1939, o\u00f9 le peintre tient pr\u00e9cis\u00e9ment entre ses mains un cheval emprisonn\u00e9 dans une boule de verre\u2026 Cette fen\u00eatre semble \u00e9galement annoncer le destin funeste du couple, brutalement s\u00e9par\u00e9 par la Seconde Guerre mondiale. Ernst est alors arr\u00eat\u00e9 comme \u201c\u00e9tranger ennemi\u201d et intern\u00e9 \u00e0 la prison de Largenti\u00e8re (en Ard\u00e8che), puis dans les camps de d\u00e9portation des Milles et de Loriol, tandis que Leonora Carrington s\u2019enfuit en Espagne.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"658\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/lu-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/selection-expositions-2026-leonara-carrington-musee-du-luxembourg7.jpg\" alt=\"\u0153uvre de Leonora Carrington, Artes (1944) expos\u00e9e au mus\u00e9e du Luxembourg \u00e0 Paris en 2026\" class=\"wp-image-779352\"\/>Leonora Carrington, Artes 110 (1944). \u00a9 2026 Estate of Leonora Carrington \/ ADAGP, Paris. \u00a9 NSU Art Museum Fort Lauderdale.<\/p>\n<p>Les voyages int\u00e9rieurs de Leonora Carrington (1944)<\/p>\n<p>R\u00e9fugi\u00e9e en Espagne, Leonora Carrington subit alors un \u00e9pisode traumatique, qui influencera le reste de sa carri\u00e8re et de sa vie. Victime d\u2019un viol collectif \u00e0 Madrid, elle est intern\u00e9e \u00e0 Santander o\u00f9 elle est soumise \u00e0 un r\u00e9gime s\u00e9v\u00e8re et \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019\u00e9lectrochocs pour \u201csoigner\u201d sa d\u00e9pression. Une exp\u00e9rience extr\u00eame, sur laquelle elle reviendra des ann\u00e9es plus tard dans son texte En bas (1938). \u201cJ\u2019ai compris qu\u2019il \u00e9tait indispensable que j\u2019extirpe de moi tous les personnages qui m\u2019habitaient. J\u2019ai d\u00fb me d\u00e9barrasser de tout ce que m\u2019avait apport\u00e9 ma maladie, chasser ces personnalit\u00e9s, et c\u2019est ainsi qu\u2019a commenc\u00e9 ma lib\u00e9ration.\u201d \u00e9crit-elle alors.<\/p>\n<p>Expatri\u00e9e \u00e0 New York, l\u2019artiste ouvre ainsi un nouveau chapitre artistique plus herm\u00e9tique, dont les tableaux sont peupl\u00e9s de symboles et de r\u00e9f\u00e9rences intimes. Loin de son Lancashire natal depuis plus d\u2019une d\u00e9cennie, celle qui a voyag\u00e9, enfant, \u00e0 Florence, avant de rejoindre Paris, le sud de la France, l\u2019Espagne puis les \u00c9tats-Unis, s\u2019installe finalement au Mexique en 1942. L\u00e0-bas, elle signe notamment cet autoportrait \u00e9nigmatique, intitul\u00e9 Artes 110. Telle une synth\u00e8se de son \u0153uvre, le tableau s\u2019apparente \u00e0 une conclusion de sa vie pass\u00e9e, et \u00e0 un changement de cap tandis que l\u2019artiste se tourne r\u00e9solument vers le futur. Volant entre plusieurs \u00eeles flottantes, on y contemple une figure f\u00e9minine pointe son doigt vers le fuseau d\u2019un rouet.<\/p>\n<p>\u201cJ\u2019ai compris qu\u2019il \u00e9tait indispensable que j\u2019extirpe de moi tous les personnages qui m\u2019habitaient.\u201d \u2013 Leonora Carrington.<\/p>\n<p>Une r\u00e9f\u00e9rence explicite au conte de La Belle au bois dormant, dont Leonora Carrington est en effet friande, citant souvent dans ses inspirations les \u00e9crits de Lewis Carroll et les mondes f\u00e9\u00e9riques qui ont nourri son imaginaire d\u2019enfant. Sur le rouet tr\u00f4ne une rose des vents, symbolisant la confiance en soi, la clart\u00e9 d\u2019esprit et l\u2019orientation. Des ann\u00e9es apr\u00e8s son internement psychiatrique et les drames qui ont pav\u00e9 sa vie en Europe, la peintre semble retrouver un sens \u00e0 sa vie.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, le cheval qui surmonte cette cr\u00e9ature f\u00e9minine sans corps nous indique qu\u2019il s\u2019agit bel et bien d\u2019un autoportrait de l\u2019artiste, qui s\u2019identifie depuis toujours \u00e0 cet animal. Derri\u00e8re elle, une \u00eele d\u00e9vast\u00e9e par les obus et la souffrance incarne les ravages de la guerre, qu\u2019elle fuit pour rejoindre ce nouvel \u00eelot de paix, o\u00f9 une robe \u00e9carlate l\u2019attend. Comme la Belle au bois dormant, Leonora Carrington se r\u00e9veille d\u2019un long et douloureux sommeil et s\u2019appr\u00eate \u00e0 se reconstruire. Elle ne voyagera plus.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"799\" src=\"https:\/\/www.europesays.com\/lu-fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/selection-expositions-2026-leonara-carrington-musee-du-luxembourg11.jpg\" alt=\"\u0153uvre de Leonora Carrington, Edwardian Hunt Breakfast (1956) expos\u00e9e au mus\u00e9e du Luxembourg \u00e0 Paris en 2026\" class=\"wp-image-816290\"  \/>Leonora Carrington, Petit d\u00e9jeuner de chasse \u00e9douardien (1956). \u00a9 2026 Estate of Leonora Carrington \/ ADAGP, Paris. \u00a9 Peter Sch\u00e4lchli.<\/p>\n<p>La cuisine alchimique\u2026 et biographique (1959)<\/p>\n<p>Au Mexique, Leonora Carrington se consacre enti\u00e8rement \u00e0 elle-m\u00eame. En parall\u00e8le de sa nouvelle vie de famille, elle peaufine son vocabulaire mystique et biographique. \u201cJe n\u2019avais pas le temps d\u2019\u00eatre la muse de qui que ce soit : j\u2019\u00e9tais trop occup\u00e9e \u00e0 apprendre \u00e0 devenir une artiste\u201d \u00e9crit-elle alors. C\u00e9l\u00e9br\u00e9e comme l\u2019une des artistes les plus influentes de son \u00e9poque, elle profite de sa renomm\u00e9e pour d\u00e9ployer une \u0153uvre toujours plus riche de motifs et de couleurs. Au cours de cette p\u00e9riode, elle se reconnecte notamment \u00e0 ses racines celtiques, dont les mythes lui \u00e9taient cont\u00e9s, enfant, par sa grand-m\u00e8re, et qui inspir\u00e8rent ses premiers dessins.<\/p>\n<p>Dans ce melting-pot d\u2019influences, la peintre incorpore \u00e9galement de nouvelles croyances qu\u2019elle d\u00e9couvre au Mexique, \u00e0 l\u2019instar du march\u00e9 aux sorci\u00e8res de Sonora, qu\u2019elle fr\u00e9quente \u00e0 Mexico et qui alimente alors sa passion culinaire, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente au sein de son travail. Entre 1950 et 1970, Leonora Carrington produit ainsi de nombreuses toiles dont les personnages sont repr\u00e9sent\u00e9s attabl\u00e9s ou dans d\u2019\u00e9tranges cuisines. \u00c0 l\u2019image, notamment, de son Petit d\u00e9jeuner de chasse \u00e9douardien (1956). Puisant dans les souvenirs de son Angleterre natale, elle compose ici un repas pr\u00e9c\u00e9dent (ou succ\u00e9dant) \u00e0 une partie de chasse. On y observe un gentleman v\u00eatu \u00e0 la mode du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, entour\u00e9 de deux douairi\u00e8res fantomatiques.<\/p>\n<p>Des mythes celtiques aux sorci\u00e8res de Mexico<\/p>\n<p>Une \u00e9trange cr\u00e9ature noire \u00e0 la t\u00eate triangulaire et \u00e0 la triple poitrine tr\u00f4ne au centre de la peinture, transformant ainsi ce repas aristocratique en une sc\u00e8ne d\u2019offrande mystique. Tout autour, une for\u00eat se dessine, \u00e9clair\u00e9e d\u2019une lumi\u00e8re blanch\u00e2tre semblable \u00e0 celle du clair de lune, et d\u00e9voilant, \u00e0 sa lisi\u00e8re, des spectres de cerfs, de renards, de sangliers ou d\u2019oiseaux\u2026 probablement tu\u00e9s au cours de la chasse. Entre magie occulte et sc\u00e8ne du quotidien, cette composition refl\u00e8te l\u2019esprit de Leonora Carrington. Sur la table, on observe en effet une carafe de vin et un tas de bl\u00e9, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019Eucharistie, tandis qu\u2019un chou, symbole de l\u2019Irlande (et de ses racines celtes) c\u00f4toie des herbes, des aubergines et une grenade.<\/p>\n<p>La nourriture \u201douvre un portail vers d\u2019autres mondes\u201d (selon Susan L. Aberth, dans le catalogue d\u2019exposition), tout comme la cuisine devient la m\u00e9taphore de rituels magiques, loin de l\u2019incarnation traditionnelle et restrictive de la femme au foyer concoctant des plats pour sa famille. Comme de nombreuses autres toiles de cette p\u00e9riode (Dando de comer a una mesa de 1959, Grandmother Moorhead\u2019s Aromatic Kitchen de 1975), la \u201ccuisine alchimique\u201d devient l\u2019un des sujets favoris de l\u2019artiste, qui s\u2019initie m\u00eame \u00e0 la technique m\u00e9di\u00e9vale de la tempera \u00e0 l\u2019\u0153uf pour peindre.<\/p>\n<p>Du cheval aux mythes celtiques en passant par les contes de f\u00e9es et les sorci\u00e8res, puis\u00e9s dans son pass\u00e9 comme dans son pr\u00e9sent, Leonora Carrington nourrit son \u0153uvre de figures imaginaires et de bribes de son autobiographie dont nous n\u2019avons pas fini d\u2019\u00e9puiser les secrets\u2026<\/p>\n<p>\u201cLeonora Carrington\u201d, exposition jusqu\u2019au 19 juillet 2026 au\u00a0<a href=\"https:\/\/museeduluxembourg.fr\/fr\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener nofollow\">mus\u00e9e du Luxembourg<\/a>, 19 rue de Vaugirard, Paris 6e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Jusqu\u2019au 19 juillet 2026, le mus\u00e9e du Luxembourg d\u00e9voile la toute premi\u00e8re r\u00e9trospective fran\u00e7aise de Leonora Carrington. 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