À plusieurs milliers de kilomètres de Bruxelles et sans siège à la table de l’OTAN, la Corée du Sud s’est pourtant imposée comme l’un des partenaires les plus actifs de l’Alliance lors du sommet organisé cette semaine à Ankara.

Pour le président sud-coréen Lee Jae Myung, dont il s’agissait de la première participation à un sommet de l’OTAN depuis sa prise de fonction, l’enjeu dépassait largement une simple réaffirmation de la solidarité avec les alliés.

Séoul entend désormais se positionner comme un partenaire stratégique et industriel de long terme pour l’Alliance, à un moment où les questions de sécurité en Europe et dans l’Indo-Pacifique apparaissent de plus en plus liées.

« Mon message à Ankara est simple : la sécurité n’est plus limitée par les frontières géographiques. L’espace euro-atlantique et l’Indo-Pacifique sont de plus en plus liés par des défis sécuritaires communs », a déclaré Lee Jae Myung à Anadolu.

« Dans cette nouvelle ère, la sécurité ne dépend pas uniquement de la puissance militaire, mais aussi de l’innovation technologique, de bases industrielles résilientes et de partenariats de confiance », a-t-il ajouté.

La Corée du Sud fait partie des quatre partenaires indo-pacifiques de l’OTAN (IP4), aux côtés du Japon, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. Depuis leur première invitation à un sommet de l’Alliance en 2022, ces pays occupent une place croissante dans les travaux de l’organisation, qui cherche à renforcer sa coopération avec des partenaires partageant les mêmes valeurs au-delà de l’espace euro-atlantique.

Un agenda diplomatique chargé

Durant les deux jours du sommet, Lee Jae Myung a multiplié les rencontres de haut niveau. Peu après son arrivée mardi, il s’est entretenu avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, lors de leur première rencontre en personne, avant de prononcer un discours d’ouverture au Forum des industries de défense organisé en marge du sommet.

À l’occasion du dîner officiel offert par le président turc Recep Tayyip Erdogan, il a également échangé avec le président américain Donald Trump. Selon la présidence sud-coréenne, les deux dirigeants ont notamment abordé la coopération dans la construction de navires militaires américains, un sujet déjà évoqué lors du sommet du G7 en France le mois dernier.

Le lendemain, Lee a tenu son premier entretien bilatéral officiel avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. À cette occasion, il a annoncé une aide de 100 millions de dollars destinée à la reconstruction de l’Ukraine, sous forme d’assistance non létale, « une démonstration de son engagement en faveur de la paix et de la sécurité internationales ».

Organisé à Ankara les 7 et 8 juillet, le 36e sommet de l’OTAN a réuni les dirigeants des 32 États membres de l’Alliance, engagés dans une trajectoire visant à porter les dépenses de défense à 5 % du PIB d’ici 2035. L’OTAN représente à elle seule environ 55 % des dépenses militaires mondiales.

Au-delà des déclarations politiques, le président sud-coréen a profité de ces deux journées pour promouvoir une coopération industrielle plus étroite entre son pays et l’Alliance.

Vers un « partenariat de défense Corée-OTAN 2.0 »

Selon les données de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), la Corée du Sud a été, entre 2021 et 2025, le deuxième fournisseur d’armements des membres européens de l’OTAN après les États-Unis, sur fond d’augmentation des importations militaires des alliés depuis le début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.

Lors du Forum des industries de défense, Lee Jae Myung a présenté sa vision d’un « Partenariat de défense Corée-OTAN 2.0 », estimant que la coopération devait désormais dépasser le simple cadre des achats d’équipements militaires.

« Depuis de nombreuses années, la coopération entre la Corée du Sud et l’OTAN s’est principalement concentrée sur l’acquisition d’équipements de défense », a-t-il écrit dans une tribune publiée par Anadolu.

« Un partenariat de défense Corée-OTAN 2.0 signifie aller au-delà du simple achat et de la vente de systèmes de défense. Il s’agit de mener des recherches ensemble, de produire ensemble et d’opérer ensemble. »

Pour le président sud-coréen, cette évolution repose autant sur la confiance mutuelle que sur les capacités industrielles.

« Aucun partenariat de défense ne peut réussir sans la certitude que les technologies critiques seront protégées et que les capacités essentielles resteront fiables en toutes circonstances », a-t-il affirmé.

Selon lui, le sommet d’Ankara a déjà permis de franchir une première étape dans cette direction.

« Les résultats de ce sommet constituent les premières étapes concrètes vers la réalisation de cette vision. L’ouverture de négociations en vue d’un accord-cadre OTAN-Corée sur les marchés publics de défense, l’élargissement de notre participation aux projets multinationaux de capacités de l’Alliance ainsi que notre implication dans son écosystème d’innovation contribueront à institutionnaliser une coopération plus vaste, plus approfondie et davantage tournée vers l’avenir. »

L’accord-cadre actuellement en discussion sur les marchés publics de défense ouvrirait aux entreprises sud-coréennes un accès structuré à un marché estimé à près de 9,9 milliards de dollars par an, permettant à Séoul d’aller au-delà des contrats bilatéraux conclus au cas par cas.

La Corée du Sud a également renforcé son implication dans les programmes multinationaux de capacités et d’innovation de l’OTAN, auxquels elle ne participait jusqu’à présent qu’en qualité d’observateur.

Séoul dispose déjà d’une présence significative sur le marché européen de la défense. La Pologne est devenue son principal client en Europe avec l’acquisition de chars K2, d’obusiers K9, d’avions de combat légers FA-50 et de systèmes de lance-roquettes Chunmoo. La Norvège et plusieurs autres alliés se sont également équipés de matériels militaires sud-coréens.

« Ma vision est que la Corée et l’OTAN deviennent des partenaires de long terme », a conclu Lee, « afin de bâtir non seulement des industries de défense plus solides, mais aussi une architecture de sécurité internationale plus robuste pour les décennies à venir. »

À l’issue du sommet, le président sud-coréen a quitté Ankara pour se rendre en Mongolie dans le cadre d’une visite d’État, deuxième étape de sa tournée à l’étranger.

*Traduit de l’anglais par Ayse Betul Akcesme