Ce qu’a confirmé le sommet de l’OTAN à Ankara

Ce qui a changé : Ankara 2026 et la nouvelle architecture de l’OTAN

Ce que le sommet de l’OTAN à Ankara n’a pas résolu

Ce que « Ankara 2026 » signifie pour la Roumanie

Conclusions

Quelques jours avant le sommet de l’OTAN à Ankara, j’ai publié une analyse prospective examinant les principales transformations attendues au sein de l’Alliance atlantique. L’objectif de cette analyse n’était pas de prédire avec précision chaque décision ou déclaration officielle, mais plutôt d’identifier les tendances stratégiques déjà en cours et d’évaluer comment elles pourraient influencer la réunion dans la capitale turque.

Le sommet étant désormais terminé, il est possible de comparer ces évaluations antérieures aux décisions finalement adoptées, ainsi qu’aux développements politiques observés tout au long des deux jours de délibérations. Une telle approche va au-delà d’un simple examen des documents finaux et permet de mieux comprendre la véritable portée stratégique du sommet d’Ankara.

Dans cette perspective, la conclusion principale est claire : Ankara 2026 n’a pas représenté une rupture stratégique, mais a plutôt confirmé et accéléré des transformations déjà visibles ces dernières années. L’Alliance entre dans une nouvelle phase d’évolution, caractérisée par une plus grande responsabilité européenne, le renforcement de sa base industrielle et logistique de défense, l’émergence de nouveaux centres d’influence et l’intégration de plus en plus évidente des développements au Moyen-Orient dans l’équation plus large de la sécurité euro-atlantique.

Dans le même temps, le sommet a démontré que les documents officiels ne représentent qu’une partie de la réalité stratégique actuelle. Les initiatives lancées en marge de la réunion, les accords industriels conclus, les consultations bilatérales menées et les messages politiques transmis par les principaux dirigeants de l’Alliance ont revêtu une importance tout aussi grande. La présente analyse vise donc à examiner le tableau stratégique dans son ensemble plutôt que de se limiter aux seules déclarations officielles.

Ce qu’a confirmé le sommet de l’OTAN à Ankara

La première conclusion qui se dégage de l’analyse tant des documents officiels que des développements politiques entourant le sommet est que la plupart des tendances stratégiques identifiées au préalable ont été confirmées.

Premièrement, Ankara a démontré que l’OTAN est entrée dans une phase de profonde transformation où l’accent passe de la définition des objectifs politiques à leur mise en œuvre. Alors que le sommet de La Haye avait fixé de nouveaux objectifs en matière d’investissements de défense et de développement des capacités, celui d’Ankara est devenu le sommet de la mise en œuvre.

Deuxièmement, la réunion a confirmé que la sécurité euro-atlantique ne peut plus être analysée uniquement à travers le prisme de la confrontation avec la Fédération de Russie. L’Ukraine reste la principale priorité opérationnelle de l’Alliance, mais l’agenda stratégique de l’OTAN s’est clairement élargi pour englober le Moyen-Orient, la sécurité énergétique, la résilience des infrastructures critiques et le développement de la base industrielle de défense.

Contrairement aux documents des sommets précédents, la Chine n’occupe plus une place centrale dans la déclaration finale. Cela reflète l’orientation pratique du sommet, axée sur la mise en œuvre de mesures de défense collective et la gestion des crises immédiates affectant la zone euro-atlantique et le Moyen-Orient, tout en laissant inchangée l’évaluation stratégique plus large de l’OTAN concernant la concurrence systémique à long terme.

Une autre prévision qui s’est avérée exacte concerne la consolidation du rôle de la Turquie au sein de l’Alliance. Le fait d’avoir organisé le sommet à Ankara revêtait une importance bien au-delà du simple protocole diplomatique. Cela a permis de reconnaître que la Turquie est devenue l’un des acteurs indispensables de la sécurité euro-atlantique — non seulement en raison de sa position géostratégique au carrefour de l’Europe, de la mer Noire et du Moyen-Orient, mais aussi grâce au développement rapide de son industrie de défense nationale et à sa capacité unique à maintenir simultanément le dialogue avec des acteurs engagés dans une concurrence stratégique.

Le sommet a également confirmé la redistribution en cours des responsabilités entre les États-Unis et leurs alliés européens. Washington reste le garant indispensable de la sécurité de l’OTAN, mais on attend de plus en plus de l’Europe qu’elle assume un rôle nettement plus important en matière de défense conventionnelle, de production industrielle et de résilience des infrastructures stratégiques critiques.

Enfin, Ankara a réaffirmé que l’Ukraine continuait de bénéficier d’un soutien politique et militaire fort, sans que l’Alliance ne s’engage sur un calendrier concret d’adhésion. Cela ne reflète pas un affaiblissement de la solidarité avec Kiev, mais plutôt une détermination à préserver la cohésion de l’Alliance et à éviter des décisions susceptibles de compromettre la stabilité stratégique à long terme de l’OTAN.

La principale conclusion de cette première section est que le sommet d’Ankara a confirmé les grandes tendances anticipées avant la réunion et démontré que l’OTAN évolue vers ce que j’ai précédemment décrit comme l’OTAN 3.0 — une Alliance adaptée à une ère de concurrence stratégique mondiale et capable de relever simultanément les défis émergeant de multiples théâtres d’opérations de plus en plus interconnectés.

Ce qui a changé : Ankara 2026 et la nouvelle architecture de l’OTAN

Si les documents officiels du sommet reflètent une continuité dans les engagements fondamentaux de l’Alliance, les développements politiques et les initiatives lancées en marge de la réunion révèlent des transformations bien plus profondes dont les effets s’étendront bien au-delà de 2026. Dans cette perspective, Ankara doit être évalué non seulement à l’aune de ce qui a été formellement décidé, mais aussi de ce qui a été stratégiquement mis en place autour du sommet lui-même.

La première transformation majeure concerne la manière même dont l’OTAN conçoit désormais le pouvoir.

Pendant la Guerre froide, la force de l’Alliance se mesurait presque exclusivement en termes militaires. Aujourd’hui, une telle approche ne suffit plus. Le sommet d’Ankara confirme que la dissuasion moderne repose sur cinq piliers qui se renforcent mutuellement : la puissance militaire, la puissance industrielle, la puissance financière, la puissance logistique et la cohésion politique.

L’expansion de la production de défense[2], le lancement de programmes d’acquisition multinationaux, le développement d’infrastructures logistiques stratégiques et la création de mécanismes financiers dédiés démontrent que l’OTAN évolue de plus en plus vers un système stratégique intégré plutôt que de rester uniquement une alliance militaire au sens traditionnel du terme.

L’une des innovations les plus significatives issues du sommet est la création de la Banque de défense, de sécurité et de résilience (DSRB)[3], une initiative dont l’importance dépasse de loin celle d’une institution financière conventionnelle. Elle marque le passage de la définition d’objectifs politiques à la création des instruments financiers nécessaires à leur mise en œuvre, et elle a le potentiel d’accélérer le développement de l’industrie de la défense dans l’ensemble des États participants.

Cette même logique explique également[4] le lancement, lors du sommet lui-même, de plusieurs contrats industriels majeurs et de projets multinationaux. Pour la première fois, les dimensions industrielles et commerciales de la défense ont occupé une place aussi prépondérante lors d’un sommet de l’OTAN. Cette évolution confirme l’un des enseignements fondamentaux de la guerre en Ukraine : la supériorité militaire ne peut être maintenue sans une base industrielle capable de produire rapidement des quantités suffisantes d’équipements, de munitions et de systèmes d’armes de pointe.

Une autre transformation importante concerne la logistique stratégique[5]. L’extension des réseaux de mobilité militaire, le développement de réseaux de pipelines stratégiques et la protection des infrastructures énergétiques et numériques démontrent que la logistique est revenue au cœur de la planification stratégique. En cas de conflit de haute intensité, la capacité à acheminer rapidement des troupes, du carburant, des munitions et du matériel pourrait s’avérer tout aussi décisive que les performances des systèmes d’armes eux-mêmes.

De ce point de vue, Ankara confirme que l’OTAN est en train de reconstruire progressivement l’architecture de soutien stratégique qui avait été considérablement réduite après la fin de la Guerre froide.

Une nouvelle hiérarchie d’influence au sein de l’Alliance

La conclusion la plus stimulante qui ressort de ce sommet concerne peut-être la répartition de l’influence au sein de l’OTAN.

Sans modifier les mécanismes institutionnels formels de l’Alliance, les développements observés à Ankara suggèrent l’émergence d’une structure informelle d’influence à trois niveaux.

Le premier niveau reste représenté par les États-Unis, seul allié capable de définir l’orientation stratégique globale de l’OTAN tout en fournissant les capacités essentielles requises pour la dissuasion nucléaire, le renseignement stratégique, le transport aérien stratégique et la projection de puissance à l’échelle mondiale.

Le deuxième niveau est constitué d’un groupe restreint d’alliés qui exercent une influence significative sur l’évolution de l’OTAN, chacun grâce à des atouts stratégiques différents. La Turquie consolide sa position de pivot géostratégique reliant l’Europe, la mer Noire et le Moyen-Orient. L’Allemagne affirme son influence grâce à sa puissance économique et industrielle, tandis que le Royaume-Uni reste la principale puissance militaire européenne, s’appuyant sur ses capacités nucléaires et sa relation privilégiée avec Washington.

Le troisième niveau[6] comprend les autres États membres, dont la Roumanie, dont l’importance est renforcée par des contributions régionales, une spécialisation opérationnelle et la participation aux initiatives multinationales de l’Alliance.

Cette interprétation n’implique pas l’existence d’une hiérarchie formelle entre les membres de l’OTAN. Elle reflète plutôt des différences observables en matière d’influence stratégique tout au long des processus d’élaboration et de mise en œuvre des politiques.

Une Alliance unie[7], mais non sans différences

Le sommet d’Ankara a également confirmé l’existence de positions divergentes parmi les Alliés sans pour autant compromettre la cohésion globale de l’OTAN.

Les débats sur les niveaux de dépenses de défense, la position de l’Espagne, l’intérêt persistant des États-Unis pour le Groenland et l’opposition du Danemark sur cette question démontrent que l’unité de l’Alliance n’implique pas l’uniformité des points de vue. Au contraire, l’OTAN continue de fonctionner comme une alliance d’États souverains, chacun poursuivant ses propres intérêts nationaux au sein d’un cadre stratégique commun.

De ce point de vue, Ankara transmet un message important : la cohésion de l’OTAN ne découle pas de l’absence de divergences entre ses membres, mais de leur capacité à gérer ces divergences sans compromettre les objectifs fondamentaux de l’Alliance[8].

Le Moyen-Orient devient partie intégrante de l’équation stratégique de l’OTAN

L’une des conclusions les moins visibles, mais pourtant parmi les plus significatives du sommet, est l’élargissement de l’agenda stratégique de l’OTAN vers le Moyen-Orient.

La reprise de la confrontation militaire entre les États-Unis et l’Iran[9], la détérioration du climat diplomatique, les inquiétudes croissantes concernant la sécurité du détroit d’Ormuz, ainsi que l’attention portée aux développements en Syrie et au Liban démontrent tous que la sécurité euro-atlantique ne peut plus être dissociée de la stabilité de cette région.

Dans ce contexte, la Syrie a acquis une importance stratégique renouvelée. Les événements à Damas sont susceptibles d’affecter directement la position régionale de l’Iran, ses relations avec le Hezbollah et la stabilité du Liban. La visite annoncée du président libanais à Washington confirme en outre que l’administration américaine cherche activement à consolider un nouvel équilibre régional.

De ce point de vue, Ankara marque également un tournant conceptuel. Alors que l’OTAN était largement perçue ces dernières années comme une alliance centrée principalement sur l’Europe et l’Ukraine, ce sommet démontre que les développements au Moyen-Orient font de plus en plus partie intégrante de l’analyse stratégique euro-atlantique.

Ankara et la validation du concept « OTAN 3.0 »

Le concept d’OTAN 3.0 a fait son entrée dans le débat stratégique américain par l’intermédiaire d’Elbridge Colby, en marge de la Conférence de Munich sur la sécurité en février 2026. Dès lors, j’ai adopté et développé ce concept[10], en proposant un cadre analytique permettant de comprendre la transformation en cours de l’Alliance et d’évaluer ses implications pour les relations transatlantiques et la sécurité européenne. La présente analyse vise à évaluer ce cadre conceptuel à la lumière des résultats du sommet de l’OTAN à Ankara.

Selon notre évaluation, les développements observés à Ankara confirment largement cette hypothèse. L’OTAN n’a ni modifié sa mission fondamentale ni dérogé aux principes consacrés par le Traité de Washington. Ce qui change, c’est la manière dont l’Alliance génère et utilise sa puissance.

Si l’OTAN 1.0 était l’Alliance de la dissuasion bipolaire, et l’OTAN 2.0 l’Alliance de la gestion des crises et des opérations hors zone, l’OTAN 3.0 s’impose comme l’Alliance de la concurrence stratégique mondiale, où la dissuasion repose simultanément sur cinq piliers qui se renforcent mutuellement : la puissance militaire, la base industrielle de défense, des mécanismes financiers dédiés, une infrastructure logistique stratégique et la supériorité technologique, le tout soutenu par la cohésion politique de l’Alliance. Contrairement à ses étapes d’évolution précédentes, l’OTAN 3.0 exige également l’intégration rapide de l’intelligence artificielle, des systèmes autonomes et des technologies numériques dans toutes les composantes de la dissuasion et de la défense.

Vu sous cet angle, le sommet d’Ankara ne marque pas la naissance de l’OTAN 3.0. Il constitue plutôt la première confirmation concrète que cette transformation est entrée dans sa phase de mise en œuvre.

Ce que le sommet de l’OTAN à Ankara n’a pas résolu

Bien que le sommet d’Ankara puisse à juste titre être considéré comme un succès en termes de préservation de l’unité des Alliés et d’avancement de décisions importantes sur le développement des capacités de défense, il n’a pas éliminé plusieurs défis stratégiques qui continueront de façonner l’évolution de l’OTAN dans les années à venir.

Premièrement, la relation transatlantique entre dans une nouvelle phase caractérisée à la fois par une plus grande maturité et une plus grande complexité. Les États-Unis ont réaffirmé sans équivoque leur engagement envers l’article 5 et la défense collective, tout en appelant simultanément leurs alliés européens à assumer des responsabilités nettement plus importantes. Le sommet n’a pas résolu cette équation ; il a simplement établi le cadre dans lequel elle continuera d’évoluer.

Deuxièmement, la question ukrainienne reste en suspens. Le soutien militaire et financier à Kiev se poursuit[11], mais l’adhésion à l’OTAN a une nouvelle fois été reportée. Cela reflète à la fois la détermination à préserver la cohésion des Alliés et la difficulté persistante à concilier les intérêts stratégiques de tous les États membres.

Les relations entre les Alliés n’ont pas perdu de leur complexité. Les divergences sur les dépenses de défense, les débats concernant le Groenland, les approches divergentes face aux enjeux régionaux et les intérêts économiques concurrents confirment tous que l’OTAN reste une alliance d’États souverains au sein de laquelle le consensus doit être sans cesse négocié plutôt que considéré comme acquis.

Dans le même temps, le Moyen-Orient continue de représenter une source majeure d’incertitude stratégique. La reprise de la confrontation militaire entre les États-Unis et l’Iran, l’évolution de la situation en Syrie et au Liban, ainsi que la vulnérabilité des infrastructures énergétiques critiques démontrent que l’OTAN devra de plus en plus gérer des défis simultanés provenant de théâtres d’opérations multiples et géographiquement distincts.

La conclusion la plus importante réside toutefois peut-être ailleurs. Le sommet d’Ankara n’a pas résolu le défi fondamental de l’Alliance : la nécessité de s’adapter en permanence à un environnement international caractérisé par des crises qui se chevauchent et un rythme accéléré de changements géopolitiques. Ce défi ne peut plus être relevé par un seul sommet ou un seul document stratégique.

Ce que « Ankara 2026 » signifie pour la Roumanie

Pour la Roumanie, le sommet de l’OTAN à Ankara confirme à la fois les opportunités créées par la transformation de l’Alliance et la nécessité d’une adaptation plus rapide au nouvel environnement stratégique.

La position géographique de la Roumanie au bord de la mer Noire, les infrastructures logistiques développées ces dernières années et sa contribution constante à la sécurité du flanc oriental de l’OTAN constituent des bases solides pour renforcer le profil stratégique du pays au sein de l’Alliance. Parallèlement, la participation à des initiatives visant à élargir la base industrielle de défense et aux nouveaux mécanismes financiers pourrait générer des opportunités significatives pour l’économie et l’industrie de défense roumaines.

Le sommet a également mis en évidence plusieurs vulnérabilités.

Bien que les dépenses de défense de la Roumanie aient augmenté ces dernières années, elles restent inférieures au niveau convenu au sein de l’Alliance et, à notre avis, en deçà de ce qu’exigent la position géostratégique du pays et les besoins opérationnels réels des forces armées. Toutefois, la manière dont ces ressources sont investies importe davantage que le pourcentage lui-même. Le développement d’une industrie de défense nationale compétitive, l’extension des capacités de recherche et de production, ainsi que l’intégration de la Roumanie dans des programmes industriels multinationaux devraient devenir des priorités stratégiques.

Tout aussi importante est la participation active de la Roumanie aux nouveaux mécanismes financiers et industriels mis en place tant au sein de l’OTAN que de l’Union européenne. Sans stratégie nationale cohérente, le risque existe que les retombées économiques et technologiques générées par ces programmes se concentrent dans les pays qui disposent déjà de bases industrielles solides.

Le sommet souligne également la nécessité pour la Roumanie de promouvoir ses intérêts nationaux avec davantage d’assurance au sein de l’Alliance. La solidarité entre alliés reste la pierre angulaire de la sécurité de la Roumanie, mais elle doit s’accompagner d’une promotion cohérente des priorités stratégiques nationales, notamment la sécurité de la mer Noire, le développement d’infrastructures logistiques stratégiques et la protection des intérêts économiques et industriels de la Roumanie.

Dans la nouvelle phase de développement de l’OTAN, l’influence de chaque État membre dépendra moins de sa taille et de plus en plus de sa capacité à prendre des initiatives, à contribuer à des projets multinationaux et à apporter des solutions pertinentes aux défis de sécurité collective. La Roumanie dispose des atouts nécessaires pour jouer un rôle plus influent, à condition qu’elle fasse un usage judicieux de ses avantages stratégiques.

Une précision constitutionnelle s’impose néanmoins[12]. Les engagements pris par la Roumanie lors du sommet d’Ankara expriment la volonté politique de l’État roumain et définissent son orientation stratégique. Ils n’entraînent toutefois pas d’effets juridiques ou financiers automatiques. En vertu de la Constitution roumaine, l’affectation des ressources budgétaires, l’approbation des dépenses publiques pluriannuelles et l’adoption des programmes de marchés publics impliquant des fonds publics relèvent de la compétence des autorités constitutionnelles compétentes, au premier rang desquelles le Parlement, par le biais de l’adoption du budget de l’État et de la législation d’application nécessaire. Par conséquent, la réalisation des objectifs approuvés à Ankara nécessite le respect intégral des procédures constitutionnelles nationales de la Roumanie.

Conclusions

Le sommet de l’OTAN à Ankara ne restera pas dans les mémoires pour la longueur de sa déclaration finale ni pour une décision spectaculaire en particulier. Son importance historique réside dans la confirmation d’une transformation structurelle qui remodèle progressivement le fonctionnement de l’Alliance atlantique.

Une comparaison entre l’analyse prospective publiée avant le sommet et les décisions adoptées à Ankara montre que les principales tendances anticipées ont été largement confirmées. L’OTAN renforce simultanément ses dimensions militaire, industrielle, financière et logistique, tandis que l’Europe assume une plus grande responsabilité en matière de sécurité sans pour autant diminuer le rôle indispensable des États-Unis.

Le sommet a également confirmé l’émergence de la Turquie en tant qu’acteur stratégique incontournable, l’élargissement de l’agenda stratégique de l’OTAN vers le Moyen-Orient, ainsi que la consolidation de la mer Noire en tant que région d’une importance stratégique majeure.

Dans le même temps, Ankara a démontré que l’unité de l’OTAN n’exclut pas l’existence de divergences d’intérêts entre ses membres. Au contraire, la maturité de l’Alliance réside dans sa capacité à gérer ces divergences sans compromettre ses objectifs stratégiques communs.

Les développements observés à Ankara conduisent également à une conclusion plus large. L’OTAN ne peut plus être définie uniquement comme une alliance militaire. Elle évolue vers une organisation stratégique intégrée au sein de laquelle la puissance militaire est renforcée par une capacité industrielle, des mécanismes financiers dédiés, une infrastructure logistique moderne, l’innovation technologique et une coopération politique adaptée à un environnement international en mutation de plus en plus rapide.

Dans ce contexte, nous estimons que le sommet d’Ankara confirme la transition de l’Alliance vers une nouvelle phase de développement, que nous avons précédemment définie comme l’OTAN 3.0. Ses caractéristiques déterminantes comprennent la gestion simultanée de multiples théâtres stratégiques, la redistribution des responsabilités entre les États-Unis et l’Europe, le renforcement de la base industrielle et financière de la défense, ainsi qu’une adaptation continue à un environnement de concurrence stratégique mondiale.

Pour la Roumanie, la conclusion est tout aussi claire. Sa position géographique et son statut d’allié crédible lui offrent des opportunités significatives. Toutefois, ces opportunités doivent s’accompagner d’un investissement accru dans la défense, du développement d’une industrie de défense nationale compétitive, d’une participation active aux nouvelles initiatives multinationales de l’Alliance et de la promotion cohérente des intérêts nationaux de la Roumanie.

L’héritage stratégique du Sommet d’Ankara ne réside pas seulement dans les documents qu’il a adoptés, mais dans la confirmation que la sécurité euro-atlantique est entrée dans une nouvelle phase où le succès de l’OTAN dépendra de sa capacité à intégrer les puissances militaire, industrielle, financière, logistique, technologique et politique au sein d’une stratégie cohérente, capable de répondre simultanément aux défis émanant de l’Europe, du Moyen-Orient et d’autres théâtres de la concurrence stratégique mondiale.

Le sommet d’Ankara n’a pas marqué la fin de la transformation de l’OTAN, pas plus qu’il n’a résolu tous les défis stratégiques de l’Alliance. Il a toutefois confirmé que l’OTAN est entrée dans une phase où la rapidité d’adaptation deviendra tout aussi importante que le volume des ressources disponibles. Dans un monde multipolaire, le pouvoir n’appartiendra plus exclusivement à ceux qui possèdent les plus grandes capacités, mais de plus en plus à ceux qui sont capables d’intégrer plus rapidement les ressources militaires, industrielles, financières, logistiques et technologiques dans un cadre stratégique cohérent.

De ce point de vue, l’histoire déterminera si Ankara 2026 restera finalement dans les mémoires comme le début d’une nouvelle phase dans l’évolution de l’OTAN. Les premiers développements qui ont suivi le sommet laissent déjà entrevoir qu’Ankara 2026 présente toutes les caractéristiques d’un véritable tournant stratégique dans l’histoire de l’Alliance.

Un résumé de cet article a été présenté le 9 juillet 2026 lors du webinaire international « Post NATO Summit 2026 – The Complexity of the New Security Environment », organisé par Eurodefence Romania.

Bibliographie sélective :

OTAN, Concept stratégique, Madrid, 2022.

Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), Déclaration du sommet d’Ankara, Ankara, 8 juillet 2026.

Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), Forum de l’OTAN sur l’industrie de la défense – Ankara 2026, Division de la diplomatie publique de l’OTAN, juillet 2026.

Reuters, « L’OTAN dévoile d’importantes initiatives en matière d’achats de défense lors du sommet d’Ankara », juillet 2026.

Reuters, « Neuf pays s’engagent en faveur de la Banque pour la défense, la sécurité et la résilience (DSRB) », juillet 2026.

Reuters, « Les alliés de l’OTAN de la mer Noire renforcent leurs mesures conjointes de lutte contre les mines et de protection des infrastructures », juillet 2026.

Corneliu Pivariu, « OTAN 3.0 ou la maturation forcée des relations transatlantiques », Financial Intelligence, 17 février 2026.

Corneliu Pivariu, « Ankara 2026 : entre la dissuasion de la Russie, la montée en puissance de la Turquie et l’affirmation de l’intérêt national », Financial Intelligence, 2 juillet 2026.

The Military Balance 2026, Institut international d’études stratégiques (IISS), Routledge, Londres, 2026.

Corneliu Pivariu, membre du comité consultatif de l’IFIMES et fondateur et ancien PDG d’INGEPO Consulting

IFIMES – Institut international d’études sur le Moyen-Orient et les Balkans, basé à Ljubljana, en Slovénie.