Face aux menaces grandissantes, l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ont signé ce vendredi, un pacte de défense en vue de «renforcer la dissuasion collective contre tout acte d’agression». Cet accord pourrait-il créer un nouvel ordre dans la région ?

Un message clair pour les États-Unis et l’Iran. Ce vendredi, l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ont conclu un accord de défense dans un contexte où les tensions au Moyen-Orient ne retombent pas.

«L’accord vise à renforcer la dissuasion collective contre tout acte d’agression et stipule que toute attaque armée contre l’un des trois Etats sera considérée comme une attaque contre eux tous», a indiqué le ministère pakistanais des Affaires étrangères. 

De son côté, la Turquie voit cet événement comme une «contribution importante à la préservation de la paix» dans la région. «La question était en discussion depuis longtemps, mais les récents développements dans la région en ont accéléré le rythme», a ajouté une source proche de l’armée saoudienne auprès de l’AFP.

Des déclarations qui rappellent sans doute l’article 5 de l’Otan stipulant que «les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties».

Qui défendra qui ?

Si les signataires cherchent à transmettre un message de force et d’unité face aux menaces régionales, personne ne sait encore dans quelle mesure ce pacte obligerait ses membres à défendre les partenaires de cette alliance, a estimé la chaîne Al Jazeera.  

En effet, chaque partie prenante du Mecca Joint Defence Pact (Pacte de défense commun de La Mecque) est engagée dans des conflits avec ses voisins qui ne concerne pas les autres : depuis mai 2025, le Pakistan entretient des relations tendues avec l’Inde, et avec l’Afghanistan depuis février dernier

De son côté, l’Arabie saoudite se heurte régulièrement à des attaques iraniennes, pendant que la Turquie lutte contre des groupes kurdes armés et voit ses liens avec Israël se compliquer.

«La Turquie devra donc défendre l’Arabie saoudite des Houthis du Yémen ? Le Pakistan également ? Cela reste à voir», a assuré à Al Jazeera, Harlan Ullman, le président du cabinet de conseil Killowen Group.

Un nouvel ordre régional

Comme l’a rappelé le média qatari, l’escalade des conflits marquée par l’attaque du 7 octobre 2023 et les tensions grandissantes entre l’Iran et Israël ont poussé les autres pays de la région à protéger leurs intérêts et à mettre leurs différends de côté, à l’image de l’Arabie saoudite et la Turquie. Pour rappel, le meurtre, en 2018, du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat de son pays à Istanbul avait entraîné une profonde rupture entre les deux pays.

Avec l’apaisement des tensions entre Riyad et Ankara depuis 2022, cette alliance, à laquelle s’ajoute le Pakistan, réunit plusieurs atouts dissuasifs : un arsenal nucléaire avec le Pakistan, un membre de l’Otan avec la Turquie et des capacités financières conséquentes pour l’Arabie saoudite.

Reste désormais à savoir si ce pacte attirera de nouveaux membres comme le Qatar, l’Égypte, la Syrie et les Émirats arabes unis. Rien n’est moins sûr d’après les experts, compte tenu des divisions passées et des divergences d’intérêts dans la région.